La nouvelle technique de culture de manioc est cinq fois plus rentable que l’ancienne. Une bouture peut donner à lui seule 27 tubercules. Initié par l’Union pour la Promotion des Batwa (Uniproba), cette technique est appréciée par la population bénéficiaire puisqu’il permet de produire plus sur une petite superficie
Le nouveau système de culture de manioc consiste à creuser un trou d’un mètre sur un mètre et 60 centimètres de profondeur. Pascal Nsengiyumva, cultivateur de la colline Rutabo en commune Busoni explique que la procédure est simple : « Au fond du trou, on met de la paille, on ajoute de la terre mélangée à cinq capsules d’engrais chimique, puis 5 kg de fumier organique. On introduit une tutelle de sécurité qui sera remplacée par une bouture lors de la plantation pour éviter la blessure de celle-ci ». Avec cette technique, ajoute-t-il, une bouture produit facilement 25 tubercules alors qu’avec l’ancienne technique une bouture ne produisait pas plus de cinq tubercules. M.Nsengiyumva se réjouit de cette initiative de l’Uniproba puisque, selon lui, comme la province de Kirundo souffre d’un ensoleillement répétitif, cette culture de manioc, en plus de sa productivité, est résiliente à ce phénomène. L’UNIPROBA nous a donné des boutures, du fumier organique, de l’engrais chimique et des désinfectants en cas de maladie. Pour faire face à la mosaïque, il informe que l’Uniproba leur a distribué des boutures saines de manioc issue d’un multiplicateur de semences encadré par l’Insitut des Sciences Agronomiques (ISABU). « Le fumier organique, l’engrais chimique et des désinfectants nous ont été donné pour prévenir les champs de manioc contre les maladies », a-t-il indiqué.
Les conditions familiales améliorées
Avec les récoltes issus de cette nouvelle technique, M.Nsengiyumva affirme qu’actuellement il parvient à nourrir sa famille plus qu’il ne le faisait avant. Il a acheté deux lapins qui se sont tous reproduits et il a vendu leurs petits. Il couvre sans problèmes les besoins familiaux de première nécessité. Ces animaux lui permettent aussi d’avoir du fumier organique. Il est membre de l’association « Nikotungana » de la colline Rutabo qui s’est achetée cinq chèvres et un bouc. Ces chèvres ont actuellement quatre chevreaux.

Jean Baptiste Manwangari de la colline Runyonza : « Avec la méthode traditionnelle nous n’allions pas dépasser 20.000 FBu ».
Jean Baptiste Manwangari habite la colline Runyonza de la commune Kirundo. Membre d’une association d’agriculteurs, il reconnait la valeur ajoutée de la nouvelle technique de culture de manioc : « Nous avons déjà vendu une partie de la récolte à 85.800 FBu pour un espace de 5m sur 10 m alors que le champ mesure autour de 100 m de longueur et 80 m de large. Avec la méthode traditionnelle, nous n’allions pas dépasser 20.000 FBu », renchérit-il. Selon lui, son association a constitué une caisse de solidarité. Aujourd’hui si l’un des membres éprouve un problème familial, il lui est facile de demander un crédit dans la caisse sans souci de remboursement.
Evelyne Niyonkuru de la même colline et commune affirme qu’une seule bouture peut nourrir sa famille pendant trois à quatre jours. Elle fait un petit élevage de chèvres et de porcs qui l’aide à trouver du fumier organique mais éprouve un problème d’engrais chimiques. « Je n’ai pas d’argent mais je vais vendre une partie de ma récolte pour acheter l’engrais chimique dont j’ai besoin », précise-t-elle.
Une technique adaptée à la résilience climatique

Léonce Minani coordonnateur provincial du projet : « La nouvelle technique de culture de manioc a pour but de diminuer la pauvreté et d’augmenter les revenus au niveau des ménages »
« La nouvelle technique de culture de manioc a pour but de diminuer la pauvreté et d’augmenter les revenus au niveau des ménages. Nous avons choisi la culture de manioc parce qu’elle résiste à la sécheresse, et peut être manger sous plusieurs formes : soit frais, soit sous la forme de pâte », explique Léonce Minani, coordonnateur provincial du projet Résilience Climatique de l’Uniproba. Il informe que la production n’est pas liée à une quelconque variété de manioc mais plutôt à la technique adoptée. Selon lui, cette technique est possible pour toute forme de tige de manioc, pourvu qu’il résiste aux maladies. Les boutures utilisées sont issues des centres de multiplication des semences encadrés par l’Isabu. Avec le nouveau système de culture, le rendement moyen est évalué à 25 kg par bouture alors qu’il est de5 kg pour le système de butage.
M.Minani s’inscrit en faux contre ceux qui disent que ce projet vise la catégorie des Batwa uniquement. «Le projet n’est pas discriminatoire. Nous travaillons dans toute la province et 12 associations comprenant toutes les catégories sociales ont déjà adhéré à la technique». Il est satisfait de l’état des résultats du projet puisque, rassure-t-il, les revenus des ménages ont sensiblement augmenté. Il conseille les bénéficiaires du projet à s’approprier la technique et que chaque ménage cultive au moins 20 boutures dans sa propriété.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.