Le renforcement des capacités des agents et cadres de l’Etat est un outil indispensable pour booster le développement durable. C’est du moins la conviction de l’enseignant formateur Aimé Ndayizamba qui mène ses recherches sur ce domaine. A l’issue d’une table ronde sur l’administration publique tenue à Kampala, il nous partage les leçons tirées de cette rencontre annuelle et son analyse sur les obstacles et limites des formations en cours d’emploi dans notre pays.

Le renforcement des capacités et la formation continue du personnel doivent être encrés dans l’esprit des entreprises locales.
En date du 26 au 29 Novembre 2024, l’Association Africaine pour l’Administration et le Management (AAAPAM) a organisé sa 43ème table ronde. Cette rencontre annuelle a rassemblé à Kampala plusieurs personnalités, des cadres de l’Etat, des experts, etc. provenant de 19 pays africains. Les échanges s’articulaient autour du thème central : « UNE ADMINSTRATION PUBLIQUE AGILE ET RESILIENTE POUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE EN AFRIQUE » décliné à son tour en sous thèmes. Une délégation burundaise de 10 personnes dont l’étudiant Aimé Ndayizamba a part à l’évènement. Il a eu l’occasion d’entretenir les participants à travers le sous-thème : renforcement du leadership et de la capacité de gestion dans l’administration publique.
Dans sa présentation, Docteur Aimé Ndayizamba, Enseignant- Formateur à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) a partagé les résultats préliminaires de son étude sur la formation en cours d’emploi et son impact sur l’administration publique au Burundi. Le choix d’orienter ses recherches vers la formation continue a été motivé par son intérêt accru envers le domaine du renforcement des capacités en tant qu’enseignant formateur à l’ENA. Pour lui, sans un renforcement des capacités, sans développement des compétences des institutions nationales, il n’y a pas de croissance soutenue. De surcroît, le faible niveau des capacités constitue un sérieux obstacle à l’atteinte des objectifs de réduction de la pauvreté. D’où l’intérêt d’investir dans la formation continue des fonctionnaires de l’Etat.
Des leçons tirées de la table ronde
La table ronde a réuni les cadres des Etats de 19 pays africains et leurs partenaires au développement. Dans ce genre de situation, on y gagne beaucoup à travers le networking- sessions de réseautage entre les agents publics et les experts-chercheurs pour échanger sur les pratiques administratives dans leurs pays d’origine. En marge du séminaire, on six meilleures institutions africaines parmi 67 qui ont candidaté ont franchi la phase finale pour sélectionner trois qui ont été primées. Cela incite les autres institutions à mieux travailler pour améliorer leur score.
A l’issue de la table ronde, nous avons constaté que les pays africains doivent mobiliser des efforts supplémentaires pour lutter contre la corruption endémique dans les services publics. Ils doivent arrêter des stratégies pour renforcer l’administration afin d’améliorer les prestations publiques et rendre un service public de qualité. C’est par exemple à travers la digitalisation des services pour faciliter leur accès aux citoyens. « La digitalisation est une potion magique aux tracaseries administratives du moment qu’elle est accessible. Elle favorise la promotion des pratiques de l’e-gouvernance et le télétravail. Il suffit juste d’investir dans les infrastructures numériques de qualité et la formation des agents sur les usages et l’exploitation des outils digitaux ».
La formation comme outil de développement
Dans les années 1960, l’Afrique avait d’énormes potentialités par rapport aux pays asiatiques pour se développer. Cependant, la différence au niveau de la scolarisation des futurs cadres et dirigeants des pays fait que les pays asiatiques devancent de loin ceux du continent africain en matière de développement. Ce chercheur reste convaincu qu’un fonctionnaire qui passe 10 ans en poste sans être formé éprouve des difficultés pour s’adapter à l’environnement de travail hyper dynamique. Il suggère la planification régulière des sessions de formation et de recyclage du personnel. D’ailleurs, la formation professionnelle et continue des employés figurent parmi les obligations de l’employeur (art. 93 alinéa 16 du Code du travail).
Normalement, le renforcement des capacités intervient à trois niveaux, à savoir : sur le plan individuel (expérience, connaissances, compétences techniques), au niveau organisationnel (politiques internes, conventions, procédures, cadres) et par rapport à l’environnement de travail (politique, législation, relation de pouvoir, normes sociales).
Des formations à faible portée
Chaque année, le gouvernement et ses partenaires mobilisent des fonds pour organiser des sessions de formation à l’endroit des cadres et agents de l’Etat. Pourtant, la qualité des services publics laisse à désirer. Le chercheur Ndayizamba tente d’expliquer les causes profondes de ce phénomène. Certes, le renforcement des capacités des fonctionnaires de l’Etat a un impact sur la qualité des prestations, mais le problème réside au niveau de l’identification des participants. La formation doit répondre à un besoin réel. Par contre, « dans nos pays les renforcements des capacités coûtent une fortune à l’Etat et certains les considèrent comme des opportunités pour gagner des sous via les perdiems et les frais de mission surtout pour les formations à l’étranger. Le choix des participantes est donc subjectif au lieu d’être objectif ».
D’autres limites au niveau national sont liées aux langues d’apprentissage. Dans la plupart des cas, les programmes de formation sont conçus dans des langues étrangères. Certains participants éprouvent d’énormes difficultés d’assimilation des contenus des sessions de formations car ils ne maîtrisent pas la langue de formation. A cela s’ajoute, l’insuffisance du Budget et du matériel alloué aux sessions de formations.
Le renforcement des capacités et la formation continue du personnel doivent être encrés dans l’esprit des entreprises locales. Parallèlement, chaque employé du secteur public ou privé doit investir dans sa formation personnelle pour apprendre de nouvelles connaissances. Avant d’organiser une formation, il faut identifier au préalable les besoins et définir le profil des participants tout en impliquant les partenaires. « La condition sine qua non pour qu’un renforcement des capacités soit couronné de succès est de réaliser une étude préalable des besoins en termes de formation. En ce sens, toutes les parties prenantes doivent être impliquées. Et les agents formés sont sensibilisés qu’ils doivent rendre des comptes sur la mise en application des connaissances acquises », conclut-il.
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