Connue pour ses nombreuses prestations tant au niveau local que sous-régional, Inangoma a su se frayer le chemin dans cet univers théâtral qui, de prime abord, n’était pas dans son intérêt. Des débuts improbables et difficiles, elle est parvenue à se hisser au-devant de la « scène ». Son parcours
Visage du théâtre Burundais, Laura Sheilla Inangoma est née à Kinanira le 05 février 1994. Coïncidence du jour où Ntaryamira fut investi, son père lui donne comme nom de famille Inangoma, qui signifie approximativement « mère du règne ». Sheilla est le prénom qui lui a été donné par sa mère qui aimait la chanteuse française Sheilla, auteur de « Patrick mon chéri ».

Laura Sheilla Inangoma : « Je suis contre toute forme de discrimination, de harcellement ou mauvais traitement à l’égard de la femme »
Jeune dame de 25 ans, elle grandit à Kinindo où son enfance est beaucoup plus incluse dans les activités paroissiales à la paroisse Regina Pacis. Elle fait ses études primaires à Kinindo, puis le secondaire au lycée Notre Dame de Rohero en Scientifique B. Avec les conseils de ses parents, elle embrasse la médecine qu’elle ne parvient pas à continuer. « Mon père voulait que je devienne docteur parce que lui aussi rêvait de devenir docteur dans l’armée », se souvient Mme Inangoma. En 2012, elle fait une année à l’université de Ngozi « J’ai eu quatre compléments dans ma première année et je n’ai réussi que deux. Donc je devrais reprendre l’année. J’ai fini par renoncer et revenir à Bujumbura pour me concentrer beaucoup plus sur le théâtre », raconte-t-elle.
Des débuts timorés, mais prometteurs
La rencontre avec le dramaturge Marshall Mpinga Rugano, fut une révélation pour Sheilla Inangoma. Autant pour Marshall que pour elle d’ailleurs. « Il était à la recherche de jeunes actifs dans les écoles pour fonder une troupe de théâtre », se souvient -t-elle. Elle qui n’avait eu comme public que sa classe, car rédactrice dans « Oasis » qui était un journal du lycée, est choisi comme actrice. En 2011, sa première apparition est signée dans la pièce intitulée « La vie mesquine » dans laquelle elle incarne le personnage de Gacucu (le nom d’une prostituée). « J’étais réticente, moi qui aspirais devenir « Nonne », je ne me voyais pas devant un public me mettre dans la peau d’une fille de joie », narre-t-elle avec un sourire contagieux. C’est grâce à Diogène Ntarindwa dit « Atome », dramaturge rwandais qui lui apprit comment s’y prendre. « On n’a pas besoin de cette Sheilla lunettée qui est toujours plongée dans les livres, mais plutôt du message de la personne que tu dois incarner. Et, du coup, j’ai appris à m’oublier et j’ai correctement assuré mon rôle », se rappelle-t-elle.
Après ce premier succès, une série de pièces suivra, toujours avec la même réussite. C’est à la suite de la pièce intitulée « Kivu » que la jeune actrice décide de suivre sa carrière. Elle devient même la figure phare de la compagnie « Les enfoirés de Sanoladente » avec laquelle elle fera plusieurs tournées dans la sous-région (Congo, Rwanda, Ouganda). Fin 2017, c’est en Allemagne qu’elle se produit pendant trois mois avec d’autres jeunes comédiens burundais. En tout, 18 représentations de la pièce « Les couleurs du rire » seront faites à Constanz. « C’était une immersion complète dans le métier de comédien. Toute la journée, et la soirée, on ne pensait qu’au théâtre. Et ainsi naquit ma vocation », confie-t-elle.
Ses inspirations, la vie sociale et sociétale
A son compteur, Sheilla a déjà composé 4 pièces théâtrales dont «Umugore n’umugabo» et «Undikazi». Ses pièces, dit-elle, sont des cris de frustration quotidienne, de solitude et de ras-le bol sur la société vis-à-vis de la femme. « Je suis contre toute forme de discrimination, de harcèlement ou mauvais traitement à l’égard de la gent féminine », affirme-t-elle. Sans toutefois plonger dans le féminisme, Inangoma veut être la voix de l’égalité et de l’équité. Dans ses pièces, c’est le sarcasme, l’humour noir, mais surtout un clin d’œil pour faire faire bouger les choses dans la société.
Au-delà du théâtre, un regard critique sur certaines pratiques culturelles
Puisant ses idées et compositions dans la culture Burundaise, Inangoma suit de près l’évolution et la mutation des mœurs. Sur la question de succession de la femme, elle reste perplexe. « La société Burundaise c’est comme une maman. Si elle me montre comment est née l’injustice, elle m’enseigne aussi la voie de sortie. Je respecte beaucoup les décisions de nos ancêtres dans certaines pratiques », affirme-t-elle.
Quant à la dot, la jeune dame regrette que les gens aient changé le sens même de la tradition. «La dot est devenue comme une monnaie d’échange, une fête purement lucrative. Ce qui va à l’encontre de nos aïeux qui considéraient la dot comme un cadeau pour les parents», s’indigne-t-elle. Selon elle, cette pratique ne devrait pas être un tue-l’amour, car beaucoup de couples ne parviennent pas à s’unir à cause de ce fardeau.
Et, pour les amoureux du sixième art, Inangoma appelle tout le monde à faire valoir notre culture : «Puisons dans les petites richesses et les grandes valeurs de notre tradition et faisons-la briller au niveau mondial», tel est son message.
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