L’Afrique est la seule région au monde où plus de femmes que d’hommes choisissent la voie de l’entrepreneuriat. Une réalité dont on ne débatte pas assez. Cependant, l’entrepreneuriat féminin a de beaux jours devant lui. Des femmes battantes ont déjà compris que l’avenir de leurs pays repose aussi sur leurs épaules. Une inspiration pour la nouvelle génération
D’après « Entrepreneurship Study », une étude menée par le cabinet Rolland Berger pour Women in Africa, c’est sur le continent africain que le taux d’activité entrepreneuriale (TEA) des femmes est le plus élevé. En effet, près de 24 % des africaines en âge d’exercer un emploi sont activement impliquées dans la création d’entreprises. Celles-ci viennent d’être lancées ou comptent déjà plusieurs mois voire des années d’ancienneté. Malgré des difficultés rencontrées, les femmes entrepreneures se débattent et parviennent à tenir les reines de l’entrepreneuriat.

Gaye, Directrice de la stratégie et des opérations de la Banque mondiale pour l’Afrique : « Les solutions à faible coût existent pour soutenir les femmes entrepreneures en Afrique. Des changements minimes, tels qu’une évolution du type de formations offertes aux femmes, peuvent transformer leur destin et celui du continent ».
Une clé du développement
Au Burundi, tout le monde connaît l’entreprise Fruito. Une industrie agro alimentaire derrière laquelle se trouve une femme étonnante : Marie Müque Kigoma. Avec son mari, elle créa Fruito en 1987. Contre vents et marrées et malgré les crises socio-économiques qu’a traversé le Burundi, Mme Kigoma parviendra à diriger l’entreprise tête haute pendant une vingtaine d’années. Comme elle le dit, le début n’était pas facile. C’était une véritable innovation de transformer sur place les fruits en jus.
Si l’entrepreneuriat de cette femme est salutaire, c’est également le pays tout entier qui profite des retombées économiques de cette dynamique féminine. L’entreprise Fruito a créé des richesses et a tiré beaucoup de personnes du chômage surtout les cultivateurs de fruits se sont frottés les mains. Mme Kigoma reste toujours une inspiration pour de nombreuses femmes qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat.
Selon l’étude de Roland Berger de 2016 “New deal, new game for Women in Africa”, lorsque les femmes occupent des postes de direction dans une entreprise, le rendement est de 34 % supérieur à la moyenne.
Entrepreneuriat féminin, une route émaillée d’obstacles
Ketty Ange Dusenge est une figure montante dans le monde du style au Burundi. Cette entrepreneure dévouée est installée en Russie pour les études, mais sa marque « Ketange » fait cartonner aussi bien au Burundi qu’en Russie. Pour cette styliste, si l’entrepreneuriat féminin est donc très dynamique en Afrique, les entrepreneures sont pourtant très vite confrontées à de nombreuses difficultés notamment les conditions d’accès au financement. Cette dernière n’entrave pas le lancement même de l’entreprise, mais empêche par contre son développement. Des données récoltées dans dix pays d’Afrique indiquent qu’en moyenne les entreprises appartenant à des hommes bénéficient de six fois plus de capital que celles aux mains de femmes (source : Banque mondiale).

Ketty Ange Dusenge, fondatrice de la marque « Ketange » : « Il n’y a aucune raison que les femmes africaines baissent les bras. Nous devons nous battre pour notre indépendance économique qui nous est longtemps privée »
Autre obstacle sur la route des entrepreneures africaines est le manque de compétences. Le déficit de formation adaptée à la création d’entreprise empêche les femmes de poursuivre leur activité. « Monter un business plan, tenir une comptabilité… ce sont des choses qu’elles n’ont pas pu apprendre dans leur scolarité, et qui sont pourtant indispensables au développement d’une entreprise », explique Mme Dusenge.
Cependant, malgré les difficultés, l’entrepreneuriat féminin a de l’avenir. Pour Ketty Ange Dusenge, il n’y a aucune raison que les femmes africaines baissent les bras. « Nous devons nous battre pour notre indépendance économique qui nous est longtemps privée ».
Un entrepreneuriat qui brise les barrières
En Afrique, les femmes entrepreneures ont tendance à embrasser les secteurs traditionnellement féminins non pas par manque de compétences ou d’accès au capital, mais par manque d’information d’ouverture vers le mode
Cependant, l’ambition de Leïla Kafeteri (lauréate de Shika Awards, édition 2018 organisé par Burundi Business Incubator) est venue renverser la tendance. Leïla Kafeteri est une entrepreneure qui voudrait changer les mentalités burundaises en protégeant l’environnement. KTF Concept est sa startup écologique produisant des combustibles. Dans ses perspectives d’avenir, Leïla vise à vulgariser un brasero spécial avec ces combustibles propres pour venir à la rescousse d’une nature que l’action humaine dégrade de plus en plus. Un exemple parmi tant d’autres qui montre cette détermination.
« Si les entrepreneurs de tous sexes font face à des contraintes telles que le manque de capital, certains obstacles comme l’absence de collatéral et la discrimination, touchent spécifiquement les femmes », explique Diariétou Gaye, Directrice de la stratégie et des opérations de la Banque mondiale pour l’Afrique. Les solutions à faible coût existent pour soutenir les femmes entrepreneures en Afrique. Des changements minimes, tels qu’une évolution du type de formations offertes aux femmes, peuvent transformer leur destin et celui du continent, ajoute-t-elle.
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