Des filles de plus en plus jeunes continuent d’être unies à des hommes plus âgés au moment où l’âge légal du mariage est de 18 ans pour les filles et 21 ans pour les garçons et la coutume semble l’emporter sur la loi. Pourtant, ces unions précoces et/ ou forcés ont des conséquences néfastes sur la santé physique et mentale de ces femmes-enfants
Bien qu’il n’existe pas de chiffres précis sur le nombre de mariages précoces et/ou forcés au Burundi, ces derniers restent une « réalité » au pays des mille collines et une colline. Il suffit que tu sois un médecin ou un psychiatre pour remarquer nombre de cas de ces femmes-enfants qui viennent souvent à l’hôpital pour des remèdes contre des maladies physiques ou psychiatriques dixit Claudette Kaninahe, psychologue au Centre Clinique de l’Education et de la Psychothérapie de Rohero II.
Elle indique que dans les pays en développement, une fille est souvent considérée comme un fardeau. Les mariages précoces ont pour causes en premier lieu la pauvrette. Son mariage permet aux parents d’avoir une bouche en moins à nourrir, de s’enrichir et de créer des alliances stratégiques avec une autre famille. Par exemple une fille qui termine le premier cycle de l’école fondamentale (niveau 9ème) et qui n’a pas réussi au Concours National, elle n’a ni moyens de continuer l’école ni les moyens de faire le commerce, si petit soit-il. Une fois qu’elle aura en face d’elle un garçon qui souhaite la prendre en mariage, elle ne tardera pas à accepter sa proposition.

Mme Claudette Kaninahe, psychologue au Cabinet Clinique de l’Education et de la Psychothérapie de Rohero II
L’inégalité des sexes
Le Burundi est parmi les pays qui confèrent aux femmes et aux filles un statut inférieur à celui des hommes. De ce fait, les filles sont mariées jeunes, car elles sont considérées comme une charge pour la famille et que leur bien-être n’est pas une priorité. Cela est perceptible en cas de grossesses non désirées où la jeune fille préfère suivre le père de l’enfant malgré les faibles moyens financiers dont il dispose pour fuir la colère de sa famille. Cela s’observe également dans les provinces où certaines pratiques traditionnelles persistent encore. L’honneur d’une famille passe par la virginité féminine et les parents marient leurs filles bien avant qu’elles ne soient prêtes à avoir des relations sexuelles afin d’éviter qu’elles ne tombent enceinte précocement et ne puissent plus être mariées.
L’ignorance des parents
Il y a aussi l’absence de certificat de naissance. Beaucoup d’enfants n’ont pas été enregistrés à l’état civil. La non application des lois même quand le mariage précoce est interdit illustre bien l’ignorance des familles et aussi il y a des situations d’urgence, des conflits, des crises humanitaires qui augmentent la pression économique qui pèse sur les foyers entrainant les familles qui ne l’auraient jamais envisagé à marier leurs filles trop jeunes. Il y a enfin l’adolescence qui est parfois difficile à gérer.
Selon Mme Kaninahe, les conséquences sont nombreuses et variées et affectent énormément la fille et ses enfants. Elle cite entre autres le divorce et les violences faites aux femmes, les risques pour la santé. Il s’agit notamment des risques liés aux grosses précoces, première cause de mortalité chez les jeunes filles, mais aussi au VIH aux dépressions. Il s’agit d’une union accidentelle. Il y a de fortes probabilités de destruction de cette union maladroitement ficelée.
Les enfants qui naissent de cette union ne jouissent suffisamment de la tendresse de leurs parents. Sans oublier que ces derniers ne trouvent pas suffisamment de moyens pour satisfaire les besoins de leurs enfants.
Autre conséquence, c’est la déscolarisation. Une fois mariée, une fille est considérée comme adulte et est prise en charge par son mari. Elle n’a donc plus d’intérêt à aller à l’école. Les tâches domestiques et l’éducation des enfants ne leur en laissent de toute manière pas le temps.
Briser le tabou dans les familles
Mme Kaninahe propose des solutions. Nous devons lutter contre les mariages précoces parce qu’ils confinent les filles à un statut inférieur à celui de l’homme. Il faut que les parents soient responsables de l’éducation de leurs enfants (dialogue, pas trop de liberté…), et que le gouvernement punisse les auteurs de ces mariages précoces. Dans cette optique, les sensibilisations sont de mise auprès des parents et des autorités locales afin de les informer sur les dangers de mariage précoces et les droits des filles. De belles initiatives offrant plus d’opportunités aux jeunes afin de se développer sont à prendre en compte. Cela dans le but d’inculquer aux filles que le mariage est une étape réservée aux adultes qui s’y sont bien préparés et non une contrainte. L’éducation des filles est le meilleur instrument de lutte contre la pauvreté. Une fille instruite met au monde moins d’enfants est sensibilisée à l’importance de l’éducation. Elle veille à ce que ses enfants aient une éducation de qualité et lutte ainsi contre le mariage précoce.
Plaider en permanence pour la promotion de l’égalité des droits et des chances entre les hommes et les femmes à travers le monde est un combat de tous les jours. Des sensibilisations auprès des enfants et des jeunes pour les informer sur leurs droits et leur apprendre à les défendre s’avèrent nécessaires. En un mot, il faut faire un plaidoyer auprès des gouvernements pour acter des lois contre le mariage précoce ou renforcer les lois existantes.
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