Fonctionnaire de l’Etat pendant plus de 40 ans, Marie Bukuru a contribué au développement du pays en liant les prestations professionnelles à la promotion et à la défense des droits sociaux. En retraite maintenant, elle continue à partager ses expériences avec les autres. Elle nous décrit son parcours
« J’ai commencé ma retraite il y a 9 mois. J’ai travaillé pendant 42 ans et demie comme infirmière à l’hôpital Prince Régent Charles », déclare Marie Bukuru, mariée, âgée de 65 ans 10 mois et mère de quatre enfants.
Celle-ci est une infirmière diplômée d’Etat le 30 juin 1976. Après 2 mois et demi de la fin de ses études, elle a commencé son travail.

Marie Bukuru, professionnelle de la santé et leader syndical : « Les femmes doivent donc être créatrices d’emplois, défenseuses de leurs droits, s’adapter à l’utilisation des nouvelles technologies et être plus dynamiques »
Elle se réjouit que depuis l’exercice de sa profession jusqu’à la retraite, elle n’a connu aucune sanction administrative, ni même une remarque écrite. Les managers l’appréciaient sans aucun lien ni familial ou ni d’appartenance partisane ou idéologique comme elle l’explique.
« Dans mon cursus de formation, j’ai bénéficié d’une bourse d’étude financée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour suivre une formation de spécialisation en enseignement et administration des soins infirmiers (gestion des soins infirmiers).J’ai obtenu un diplôme de technicien supérieur en enseignement et administration des soins infirmiers. C’était au Cameroun au cycle d’enseignement supérieur des soins infirmiers qui appartenait à la faculté de médecine de Yaoundé (centre universitaire d’enseignement supérieur des sciences de la santé) », précise Mme Bukuru.
La formation visait la contribution à l’amélioration de la qualité des soins infirmiers généraux et obstétricaux et l’enseignement des soins infirmiers dans les écoles africaines. Et d’ajouter : « Le programme était cumulé sur deux ans, mais valait trois ans ».
Une personnalité engagée
Marie Bukuru a exercé le leadership syndical depuis l’hôpital Prince Régent Charles jusqu’au niveau national dans le secteur de la santé et dans tous les secteurs en tant que leader dans la Confédération Syndicale du Burundi (COSYBU).
« J’ai presté plus de 15 ans en tant que secrétaire exécutive de la COSYBU et 20 ans en tant que leader national. Pour le moment, je préside le Syndicat National des Travailleurs de la Santé (SNTS) », indique la leader syndicale.
Le leadership syndical a été une occasion pour Mme Bukuru de participer a beaucoup de fora internationaux et de formations pour apprendre à défendre les intérêts professionnels et moraux des travailleurs. « Ainsi, j’ai contribué à la mise en place de la charte nationale de dialogue social en 2013. Cela sous l’initiative de la COSYBU à travers les projets tripartites qu’elle a conclu avec le partenaire international ou des formations tripartites entre le gouvernement et les travailleurs », fait-elle remarquer.
Elle annonce par ailleurs qu’elle a participé à une tâche politique sans être politicienne. « J’ai représenté l’hôpital Prince Régent Charles via le ministère de la Santé à l’élaboration du projet de charte de l’unité nationale en 1991 », informe-t-elle.
La journée du 8 mars : une plus value
Le 8 mars a voulu ouvrir les yeux, selon Mme Bukuru, aux autorités et aux familles afin de changer les situations et combattre pour une cause d’intérêt général. Pour elle, il ne faut pas que les femmes se résignent.
Cependant, elle reconnait qu’il existe des hommes qui souffrent. Et de convier ses consœurs à se lever pour protéger ceux-ci, surtout que le bonheur appartient à deux et non à un seul conjoint dans le ménage.
Malgré cela, elle regrette que les femmes s’intéressent moins aux droits sociaux dans le milieu du travail. Elles sont souvent bloquées par leurs conjoints ou ont peur des stigmatisations menées par leurs collègues femmes. Et de renchérir : « Les mythes se dissipent quand on défend leurs intérêts ».
Quant au thème de la journée internationale de la femme 2020: « Je suis de la Génération Égalité: Levez-vous pour les droits des femmes », elle estime qu’aucun pays du monde ne peut gérer de façon discriminatoire les citoyens. Les femmes sont plus intelligentes que les hommes. Il y a des facultés naturelles pour un homme ou pour une femme. La complémentarité profite à tout le monde.
En ce qui est du thème national « Les droits économiques de la femme burundaise : état des lieux, défis et solutions », bien que les femmes soient nombreuses dans la plupart des pays africains (au Burundi, elles dépassent 51 %), la sexagénaire raconte que beaucoup de barrières culturelles ne facilitent pas l’épanouissement socio-économique de la femme, surtout dans les pays à système patriarcal.
Dans le monde rural, la femme est liée au champ. Mais, elle ne profite pas la production à hauteur des efforts qu’elle fournit. Dans quelques ménages, l’argent est géré par l’homme. Or, avec une certaine épargne, la femme doit faire des économies pour améliorer les ressources financières du foyer, satisfaire les besoins de la famille (habillement, paiement de la scolarité des enfants, mais aussi épargner et créer d’autres projets).
« Celui qui détient le pouvoir patriarcal doit comprendre que lui seul ne peut pas exercer ses pouvoirs sans profiter des capacités de sa conjointe », certifie Mme Bukuru.
Le travail à la maternité, une profession honorable
La professionnelle de la santé précise que les paresseux n’ont pas de place dans la salle d’accouchement. Celle-ci n’est jamais parturiente durant au moins trois heures. Le service de maternité est toujours d’urgence.

Il est impossible à l’infirmière de quitter une femme parturiente. Elle peut très bien commencer son travail et, au cours de celui-ci, des complications peuvent arriver.
D’après elle, ce n’est pas facile de sauver deux personnes (la mère et l’enfant) en situation très critique. « La femme parturiente (en train d’accoucher) peut très bien commencer son travail et, au cours de celui-ci, des complications peuvent arriver. Il est impossible à l’infirmière de la quitter », témoigne-t-elle.
Mme Bukuru confirme que le volume de travail, l’insuffisante du personnel et des moyens financiers constituent de grand défis.
Les infirmières et les sages-femmes risquent de fragiliser leur santé à cause du volume de travail. Ce qui est aggravé par le travail loin de leurs ménages. « Si elles travaillaient en rentrant chez eux, je suppose qu’elles se reposeraient au moins. Cela sans toutefois affirmer que la fatigue va s’arrêter », s’inquiète-t-elle.
Mme Bukuru apprécie que la situation au niveau des initiatives féminines s’améliore. Actuellement, les femmes s’engagent beaucoup dans des organisations sociales à caractère économiques, notamment les coopératives les associations et les institutions des microfinances (IMF).
Les politiques encouragent l’épargne. Pour les indigentes, le ministère de la Solidarité donne par exemple une assistance financière de 40 mille de FBu tous les deux mois. Cela depuis trois ans. Le but est d’aider les populations vulnérables à améliorer leur sort. Il y a également des organisations à caractère féminines, des syndicats qui militent pour le bien-être de la femme.
Toutefois, elle déplore le manque d’espace physique et de moyens financiers pour étendre les activités économiques.
La syndicaliste se lamente également que maintenant le monde du travail souffre de manque d’emplois. Comme les femmes sont majoritaires, les transformations économiques ne vont pas souvent dans le sens de multiplier les emplois à cause de l’utilisation des nouvelles technologies. Plus le travail est numérisé, plus le nombre des travailleurs diminue et surtout celui des femmes estimées majoritaires.
Et Mme Bukuru de conclure : « Les femmes doivent donc être créatrices d’emplois, s’adapter aux nouvelles technologies et être plus dynamiques. Le gouvernement doit penser à rendre le travail plus social en protégeant les employés dans les entreprises. Ce qui est à la base des pertes d’emplois et les femmes sont parfois parmi les plus touchées».
Elle souligne enfin que l’année 2020 a été dédiée à l’infirmier (ère) et à la sage-femme par l’OMS
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