Malgré pas mal de défis auxquels elles font face, les mères célibataires peuvent mieux réussir à subvenir à leurs besoins et ceux de leurs enfants si elles sont bien encadrées. La participation dans les groupes de solidarité peut constituer un remède non seulement pour cicatriser leurs blessures, mais aussi pour une autonomisation financière durable
« L’idéal est que les enfants soient élevés par leurs deux parents. Mais en l’absence du Papa, rien n’empêche qu’une maman les élève seule et réussisse mieux à subvenir à leurs besoins », fait savoir Josette Nsabimana, 32 ans et mère de 3 enfants qu’elle élève seule depuis bientôt 8 ans.
Une maison héritée de ses parents a été comme une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Son mari voulait que cette maison soit enregistrée sous son nom, ce que Mme Nsabimana a refusé. «Je pressentais déjà qu’il voulait s’approprier de cette maison et nous abandonner par après», fait-elle savoir. Effectivement, après le refus catégorique de cette dame, ils ont dû divorcer et dès lors elle s’occupe seule de ses enfants. Comme elle l’a témoigné, au départ la vie était tellement dur qu’elle croyait qu’elle allait finir dans la rue avec ses enfants.

« Être une mère célibataire n’est pas une excuse pour mendier ou envoyer ses enfants dans la rue ».
Malgré tout, elle garde la tête hors de l’eau
Au lieu de baisser les bras et être victime de cette situation, Nsabimana a choisi plutôt de se lever et de travailler pour le bien-être de ses enfants. Heureusement qu’elle a découvert via une amie un groupement de solidarité encadré par Foi en Action, une organisation locale sans but lucratif œuvrant pour la promotion de la justice sociale en faveur des personnes défavorisées et à risque et le développement intégral centré sur la famille.
Du crédit contracté dans ce groupe de solidarité (GS), elle a initié un petit commerce. Lorsque nous l’avons rencontré, elle était en train de vendre des patates douces au marché communément appelé «Ceceni» à Musaga dans la commune Muha. Actuellement, elle témoigne que de ce commerce, elle parvient à nourrir ses enfants et à payer leurs frais de scolarité. Selon elle, être une mère célibataire n’est pas une excuse pour mendier ou envoyer ses enfants dans la rue. Elle estime que la participation dans les associations a été pour elle un remède non seulement pour cicatriser ses blessures, mais aussi pour une autonomisation financière durable.
Les enfants toujours victimes
Si Nsabimana a si peiné pour élever seule ses enfants, au moins ses enfants étaient enregistrés à la commune. Yvette Ndayishimiye a 35 ans. Elle s’est mariée à 15 ans. De cette union illégale, elle a eu 6 enfants. Sa famille était hébergée dans une maison en location. Lorsque son « mari » l’a quitté il y a 7 ans, elle a été obligée de retourner chez sa maman avec ses 6 enfants qui sont enregistrés nulle part à l’Etat civil. « Je n’ai jamais trouvé d’intérêt à faire enregistrer mes enfants jusqu’à ce que je mette au monde un enfant ayant une malformation qui nécessitait une opération. On m’a exigé un extrait d’acte de naissance de l’enfant pour qu’elle puisse être soigné gratuitement. Mais malheureusement, je ne l’avais pas. Jusqu’aujourd’hui ma fille est en 2ème année primaire et elle n’a pas encore bénéficié de cette opération», regrette cette mère.
Même si elle se bat corps et âme pour subvenir aux besoins de ses enfants et surtout pour les maintenir à l’école, leur avenir n’est pas rassurant selon elle. Jusqu’aujourd’hui, les enfants savent bien que leur papa les a abandonnés et ils ne le réclament même plus. Les plus petits ne se souviennent même pas de son visage. Pour elle, le pire sera le jour où sa maman et ses frères qui le soutiennent jusqu’ici changeront d’avis. « Où est-ce que je vais loger tous ces enfants ? », se demande-t-elle. Toutefois, elle regrette que ses enfants soient victimes de l’irresponsabilité de leurs parents.
Des Associations au secours de ces femmes
Selon Acqueline Nshimirimana, program manager de l’organisation Foi en Action, à maintes reprises, les mères célibataires ont prouvé que leur autonomisation financière est possible si elles sont bien encadrées. Depuis 2007, Foi en Action a encadré 1055 groupements de solidarité composés de 20884 membres dont 16446 femmes, soit 80%. 14036 de ces femmes ont déjà initié des activités génératrices de revenu et sont devenus des filets sociaux de Protection Sociale dans leurs communautés.
Dans son programme AGACIRO visant le renforcement de l’estime de soi pour un bon développement des compétences à la vie, 534 mères adolescentes ont été accompagnées par cette organisation. Ce programme promeut les activités génératrices de revenus par la formation professionnelle en coupe-couture, le renforcement des capacités socioéconomiques, la gestion des conflits, Street Business, etc.
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