Environnement

Municipalité de Bujumbura : Les glissements de terrain menacent toujours les berges des rivières

Les rivières de la municipalité de Bujumbura ne se calment pas. Dernièrement, la rivière Ntahangwa a encore englouti les bâtiments, semant le désarroi. A Mutanga Nord, quartier du Nord Est de la capitale économique du Burundi, les berges de cette rivière se sont effondrées, emportant les bâtiments environnants. D’autres rivières comme Mpimba représentent également une menace pour les populations. Reportage…

Au quartier Mutanga Nord, le glissement de terrain a englouti quatre bâtiments et six au total sont concernés .

 

Il est 15 heures de l’après-midi. Nous arrivons dans la localité appelée « Kukabasazi », un petit marché spontanément développé entre la rivière Ntahangwa et le quartier résidentiel de Mutanga Nord. Les pneus de notre véhicule se stabilisent sur le macadam. Nous posons le pied à terre, notre matériel en main. Nous sommes à quelques mètres du lieu de la catastrophe. Nous devons marcher à pied. A quelques dizaines de mètres plus loin, nous apercevons de petits attroupements de gens. Nous continuons. Calmement. On n’a pas à suer. Deux minutes environ suffisent pour atteindre le premier bâtiment détruit par un affaissement spectaculaire de terrain.

Devant nous s’étend ce qui ressemble à un chantier en pleine construction. Une dizaine d’ouvriers sont au travail. Il ne s’agit pas de reconstruire les murs de la maison déjà détruite. Ils cherchent à récupérer les matériaux encore utilisables : portes, fenêtres…De cette infrastructure qui a abrité une école secondaire pendant quelques années, presque rien n’est resté.  « Le propriétaire veut profiter des restes de sa maison. On a commencé par enlever les tôles, les portes et les fenêtres et maintenant c’est le moment de récupérer extraire les matériaux en métalliques qui restent dans les décombres », explique volontiers une des personnes rencontrées sur le site.

La catastrophe n’a pas frappé un seul bâtiment. Sur un espace de plus de 200 mètres de longueur, quatre maisons ont été emportées par cet affaissement des berges de la rivière Ntahangwa.

Erreur dans le choix du terrain à construire ?

Selon les sources rencontrées sur le lieu, la catastrophe n’a surpris personne. Le danger était apparent. « Ceci n’est pas arrivé en une seule seconde. Les propriétaires l’on vu venir et ont pu déménager leurs effets à temps », réplique un homme rencontré sur place à la question de savoir les circonstances exactes de cet accident de terrain.

Le tour des lieux permet de découvrir les vraies raisons à l’origine de cette catastrophe. Les maisons détruites étaient construites sur une bande de terre enserrée entre le quartier Mutanga Nord et la rivière Ntahangwa. Sur la partie de devant, les passants peuvent voir une énorme fissure longeant la route. Le terrain s’est littéralement affaissé. A l’endroit où se trouvaient les clôtures autrefois, on peut voir un fossé de plus d’un mètre de profondeur. Tout près des maisons détruites, des camions bennes sont postés. L’exploitation du gravier et du sable dans la rivière Ntahangwa continue malgré cette déconvenue.

Nous nous déplaçons derrière les bâtiments actuellement transformés en débris, sur le côté Sud donnant sur le bord de la rivière Ntahangwa. On observe un énorme fossé préexistant. Les arbres plantés sur les bords de la rivière n’ont pas pu retenir la terre qui se déplaçait sous la pulsion du poids. Un gros mur de soutènement a cédé. Même de grands arbres se sont déplacés avec la terre. Au fond, on aperçoit de l’eau stagnante. De grosses fissures se sont ouvertes dans le sol, béantes. La menace est toujours là, réelle. Le glissement des berges de la rivière Ntahangwa continue.

Des conséquences sur le monde environnant

Au quartier Mutanga Nord, le glissement de terrain a englouti quatre bâtiments et six sont concernés au total. Deux d’entre eux étaient des maisons d’habitation et les occupants ont dû déménager avant la survenue de la catastrophe. A part ces pertes énormes subies individuellement par les familles victimes, les intérêts publics ont été touchés. Le terrain qui a glissé touche le bord de la route goudronnée et risque de provoquer une cassure dans cette infrastructure publique.

Avec ce glissement de terrain, le petit centre de négoce communément appelé « Kukabasazi » n’est plus connecté à l’eau potable distribuée par la Regideso. Le seul robinet où s’approvisionnaient en eau potable les petits commerçants et d’autres usagers du centre est à sec. Dans plusieurs endroits, les odeurs nauséabondes chassent les passants.

Kukabasazi n’est pas seulement un centre de négoce destiné à l’achat et à la vente des biens. On y trouve beaucoup de petits restaurants. Des centaines de gens viennent manger et se souler la gueule dans ce lieu. En passant entre les constructions anarchiques abritant les petites affaires de ce petit « Kasoko » (petit marché), on découvre une circulation intense. De nombreuses femmes y exercent des activités rémunératrices. Devant les entrées des petits restaurants en planches, on perçoit des assiettes qui baignent dans de l’eau sale, colorée en jaune et puante. Dans un coin une femme est en train de laver son enfant avec une eau répugnante.

« Il y a déjà 3 jours que nous n’avons pas accès a l’eau sale dans ce marché à la suite de la coupure d’eau occasionnée par le glissement de terrain ci-haut mentionnée », affirme une jeune femme propriétaire d’un restaurant à Kukabasazi.  Selon elle, ils doivent se rendre dans des quartiers éloignés de cet endroit pour s’approvisionner en eau potable. Ils doivent payer jusqu’à 300 FBu le bidon de 20 litres d’eau. Or, cette femme qui ne veut pas dévoiler son nom indique que ce coût est plutôt prohibitif. « Mais on ne peut pas faire autrement. On s’arrange », conclut-elle.

La rivière Mpimba menace les infrastructures riveraines

La rivière Ntahangwa n’est pas la seule cours d’eau qui représente un danger pour la ville de Bujumbura. Dans la commune Muha, la rivière Mpimba constitue une menace réelle pour plusieurs ménages du quartier Gitaramuka de la zone Musaga. Quand nous sommes arrivés sur les lieux aux environs de 16 heures, la journée avait été ensoleillée. Nous étions obligés d’abandonner le véhicule pour y aller à pied en empruntant un sentier battu pour arriver au bord de la rivière Mpimba.

Le quartier Gitaramuka semble n’avoir pas été créé sur base d’un plan cadastral. Les maisons sont construites anarchiquement. Pour arriver à la rivière Mpimba, nous devons nous faufiler à travers de nombreuses maisons. La plupart des habitants de ce coin mènent une vie modeste. C’est peut-être un de ces quartiers périphériques anarchiquement mis en valeur où se retirent les citadins de faibles revenus.

Après quelques minutes de faufilement à travers les maisons, nous atteignons les bords de la rivière Mpimba. Comme d’autres rivières qui traversent la ville de Bujumbura, le lit est très profond alors que la quantité d’eau qui y coule est très négligeable. Des femmes, des enfants ou des hommes traversent à pied une rivière à demi sec. Cette image d’une rivière asséchée ne garantit pourtant pas la paix aux citoyens habitant les maisons environnantes. La hauteur et la verticalité des parois de la rivière Mpimba inspire frayeur.

Vivre la peur au ventre

Les habitants de Gitaramuka ne sont pas dupes. Ils reconnaissent l’ampleur du danger qui les guettent. « Prenez en photos notre maison pour montrer aux autorités le risque que nous courrons », recommande un jeune homme habitant une maison construite tout près de la rivière Mpimba. Sur l’autre rive, beaucoup de maisons sont visiblement menacées par la rivière. On peut voir des tuyaux d’évacuation des eaux usées laissées à découvert par une partie de terre qui a cédé.

Les végétaux qui se sont développés sur les bords de la rivière ne suffisent pas pour arrêter l’effondrement progressif de ses berges.  « Il y a 11 ans que je vis ici et, pendant cette période, la rivière a continué à s’élargir », indique un jeune homme qui vient de traverser la rivière. Il affirme que cette rivière constitue une vraie menace pour les riverains, mais qu’ils ne peuvent pas faire autrement.

Une ville sous menaces

Le professeur Jean Marie Sabushimike l’affirme haut et fort. Les glissements de terrain, les ravinements et les inondations constituent une menace grave pour le développement durable de la ville de Bujumbura. Cet expert et enseignant d’université détaille quelques facteurs à l’origine des catastrophes qui s’abattent sur la capitale économique du Burundi. Ces facteurs sont à la fois naturels et anthropiques. Pour Sabushimike, le contraste géomorphologique se suffit à lui seul pour expliquer l’exigence d’une gestion des risques extrêmement surveillée. Les contrastes géomorphologiques s’expliquent par l’exposition brutale de la plaine de l’Imbo aux escarpement des Mirwa.

Professeur Jean Marie Sabushimike, géomorphologue et enseignant d’Université : « Les glissements de terrain, les ravinements et les inondations constituent une menace grave pour le développement durable de la ville de Bujumbura ».

 

Il évoque également le caractère hydrologique qu’il associe à la pression démographique dans les hauteurs de la ville de Bujumbura. Le professeur Sabushimike explique que la destruction du couvert végétal diminue la capacité du sol à retenir l’eau. Sabushimike est également revenu, tour à tour, sur le non-respect du code de l’eau et l’extraction continue des matériaux de construction dans les rivières. Des pratiques qui, selon lui, aggravent l’agressivité des cours d’eau, notamment de la rivière Ntahangwa.

La politique préventive, un impératif

Pour prévenir ces catastrophes, Pr Sabushimike propose notamment le respect du code d’eau et la décentralisation des plans de prévention des risques au niveau des communes. Selon lui, chaque commune devrait connaître l’état des lieux des terrains à risque. Il croit que la prévention des risques s’impose avec acuité.

Dans ses dernières interventions dans les colonnes de Burundi Eco, Anicet Nibaruta, directeur général de la protection civile et président de la plateforme nationale pour la prévention et la gestion des risques de catastrophes a affirmé que le phénomène de ravinement est une réalité au Burundi. Pour lui, ces problèmes de ravinement découlent du changement climatique et exigent une résilience communautaire. « Nous devons développer une résilience communautaire afin de nous y adapter », a-t-il précisé. Il a invité les services chargés de l’aménagement du territoire à accompagner les habitants chaque fois qu’ils veulent construire des maisons.  Pour s’installer dans une zone quelconque, Nibaruta indique qu’on ne le fait pas pêle-mêle. Il faut d’abord que cette zone soit viabilisée.

A propos de l'auteur

Jonathan Ndikumana.

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