Depuis le début du mois d’août, la peste porcine africaine s’est déclarée sur les collines de Magara II et Mugendo de la commune Bugarama en province de Rumonge. Les éleveurs de ces localités tentent tant bien que mal de faire face à ce virus. Le commerce aussi en pâtit. Burundi Eco a effectué une descente sur les lieux et a constaté que les mesures de prévention sont suivies dans un ordre dispersé
Commune Bugarama, à 43 km de la capitale économique Bujumbura. Nous sommes samedi 22 août 2020 à Magara II, un petit centre naturellement animé pendant le weekend, mais ce jour-là une ambiance plutôt fade s’y observait. Cette localité est l’épicentre de la peste porcine. Les brochettes à la sauvette ne se vendent plus. Et, pour cause, la peste porcine africaine s’y est déclarée depuis ce mois d’août. Ce qui a bouleversé le commerce des produits carnés. A côté de la RN3, nous trouvons Michel Ndikuriyo, tenancier d’un petit bar. Près de lui, deux jeunes hommes discutent agréablement. Au cœur de la discussion, la finale de la Ligue des Champions qui va être jouée le soir tandis qu’ils seront entrain de siroter leurs bières. Ndikuriyo est aussi un vétérinaire. On peut voir devant sa porte un foyer, mais sans feu. « J’attends mon employé que j’ai envoyé chercher une chèvre à Rumonge. Maintenant, il est interdit d’abattre des porcs, une viande qui était pourtant prisée il y a quelques mois », nous révèle ce quadragénaire. C’est un coup dur pour les tenanciers de bars comme lui, car la consommation a été réduite à moitié à cause de la peste. Les gens avaient pris l’habitude d’acheter la viande au kilo. Ce qui influait aussi sur la consommation des boissons. « Maintenant c’est un point mort commercial. Nous vendons à peine une demi chèvre par jour comparativement à tout un porc il y a quelques semaines.

Dans les porcheries de la colline Mugendo, les éleveurs essaient de respecter les mesures de prévention contre la PPA.
Du côté des consommateurs, c’est une méfiance totale. Les deux jeunes hommes ne cachent pas leur préoccupation quant à l’interdiction de la consommation de la viande de porc. « Je ne peux pas risquer ma en consommant toute sorte de viande. Même celle de la chèvre je ne suis pas sûr qu’elle ne soit pas infectée vu que ces chèvres vivent à côté des porcheries », raconte Bernard. Pour son ami, l’ambiance s’est éclipsée depuis l’interdiction d’akabenz. «Les bars ne sont plus fréquentés sans viande de porc. Comment acheter une brochette à 2.000 FBu alors qu’on avait pris l’habitude de s’offrir un kilo de viande de porc à 7.000 FBu ?», s’indigne-t-il.
Dans les familles, la mesure de prévention est partagée
Nous nous rendons sur la colline Mugendo de la commune Bugarama pour rencontrer les éleveurs. Ils sont plusieurs à élever les porcs, car ceux-ci se multiplient vite et se vendent très bien. Mais avec la peste porcine, certains voient leurs porcins mourir à leurs yeux. Martin Ndabirinde est un père de famille à Mugendo « Nous avons constaté un peu tard le virus. Deux porcheries de nos voisins ont été les premiers à souffrir de la peste porcine. On croyait que c’est la fièvre normale avant de voir trois porcs succomber », nous témoigne-t-il. Selon lui, n’eût été l’interventions des vétérinaires, il y aurait eu beaucoup de dégâts. Du côté de ses voisins, c’est aussi la suspicion. « On ne peut même pas se prêter les ustensiles de cuisine. Nous avons entendu que la Peste peut passer à travers les objets et tout le monde s’éloigne de nous », relate Justine Nibaruta, une dame qui a enregistré deux cas de peste dans sa porcherie avant d’ajouter que c’est aussi un espoir, car elle suit à la lettre les recommandations des vétérinaires. Ce qui lui a permis de mettre à l’abri du virus ses 15 porcins. Elle demande aux services vétérinaires de tranquilliser les éleveurs et de continuer le dépistage pour contrer les idées reçues sur le virus.
Des mesures prises pour endiguer la PPA
Comme nous l’a indiqué Côme Nduwarugira, un vétérinaire rencontré sur le centre de Magara II, le ministère ayant l’élevage dans ses attributions a mis en place des mesures pour venir à bout de la peste. Ce qui permet jusqu’ici de limiter les nouveaux cas de contamination. «Nous essayons de rappeler à la population de ne pas consommer la viande de porc pendant cette période d’épidémie. Les éleveurs ont également compris qu’il faut clôturer les espaces où sont implantées les porcheries et de ne pas mélanger les porcs contaminés avec ceux qui sont encore indemnes», souligne-t-il.
Pour rappel, la PPA est causé par un virus chronique sans vaccin ni traitement. L’animal meurt trois ou cinq jours après l’apparition des symptômes et parfois même sans symptômes selon les formes de la maladie. Malgré qu’elle soit très contagieuse, elle n’est pas transmissible à l’homme.
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