Le parcours d’un entrepreneur est assimilable à celui d’un combattant. Il ne doit pas baisser les bras, mais plutôt il doit affronter les défis. Pourtant, les jeunes entrepreneurs rebroussent chemin après un échec dans les affaires. La soirée des jeunes entrepreneurs animée ce mardi 28 mai 2019 était consacrée aux contraintes rencontrées par les jeunes dans leur parcours entrepreneurial et surtout aux gestes à poser devant l’échec
En date du 28 mai 2019, l’ambassade des Pays Bas a organisée pour la troisième fois la soirée des jeunes entrepreneurs. « L’objectif de cette soirée était d’amener les jeunes entrepreneurs à échanger sur les difficultés entrepreneuriales et les moyens de les contourner. Bref, se connecter et se faire connaître », a précisé Mme Caecilia Wijgers, ambassadeur des Pays-Bas au Burundi. Pour elle, on a besoin des échecs pour réussir. Pourtant, les échecs restent tabous. On s’exprime rarement en public sur les échecs de la vie. Tout le monde veut être parfait. « Faillir ou rater quelque chose c’est douloureux. Ce qui est pire est de craindre de faillir. Il n’y a pas de parfaits entrepreneurs. Il faut toujours être courageux », fait savoir Mme Wijgers.

L’échec, un chemin vers la réussite
En marge de la soirée des jeunes entrepreneurs, cinq d’entre eux sont passés au podium pour partager leurs expériences. Ils ont insisté sur les difficultés rencontrées et comment faire face à ces défis. Jean Claude Irambona a investi dans les arts plastiques, notamment le design et la sérigraphie. Mais comme il n’avait pas de plan d’affaires bien élaboré, il a connu un échec cuisant. Tout commence quand il est à court de moyens pour exécuter un marché dépassent les capacités financières de l’entreprise. Irambona décide de contacter un ami pour lui avancer une somme d’argent. « J’ai réalisé que mon prêteur d’argent exigé des intérêts élevés et j’ai dû me rabattre sur une institution de microfinance pour avoir un crédit consistant», se rappelle-t-il. Et de là, les choses n’ont fait qu’empirer. Les créances envers l’institution financière s’accumulent.Il sera obligé de vendre un des équipements pour rembourser la dette. Pour lui, le projet n’était pas bien étudié. D’où les investissements n’ont pas été rentables. Cet entrepreneur a bénéficié de formations sur l’élaboration des plans d’affaires bancables et la bonne gestion d’une entreprise. Il est reparti sur de bonnes bases cette fois-ci. Son entreprise compte neuf emplois qui travaillent jour et nuit pour maximiser les recettes.
A l’issue de ses études universitaires en France, Aurèle Igor Ntwari s’est lancé dans le commerce en ligne. Il crée alors la plateforme Baza qui propose plusieurs services en ligne allant de la vente et de l’achat des produits jusqu’à la location des chambres d’hôtels en passant par l’événementiel. Ntwari et son équipe ont constaté que les Burundais semblent comprendre le fonctionnement de la plateforme, mais n’adhérent pas à leur technologie. « Certains nous disaient qu’ils ne peuvent pas acheter un articlequ’ils n’ont pas vu. Et d’autres aimentle marchandage. Il y a même ceux qui nous accusaient de gagner de l’argent sur leurs dos », regrette Ntwari. Pour ce faire, les activités de la plateforme ont été suspendues pour redéfinir les objectifs. « On a dû réinventer la roue. Nous avons constaté que les connaissances que nous avions du marché n’étaient pas exactes. Les hypothèses émises au départ étaient complètement erronées », fait savoir M. Ntwari. Par la suite, la plateforme Baza s’est spécialisée dans l’évènementiel. Ces initiateurs se sont concentrés sur la billetterieélectronique. Lors des grands événements comme les concerts, les participants achètent les droits d’entrée en ligne. Ainsi la startup est sur une bonne voie. « Au fur et à mesure qu’il se passe des événements, il y a plus de gens qui achètent les billets. Le récent concert de Shebaa été un succès. Nous avons venduautour de 3 000 tickets en ligne », s’émerveille le patron de Baza.
Success story de Mme Krystal Bella Shabani
Les stylistes étaient également de la partie. Krystal Bella Shabani a partagé à l’audience son parcours en tant que modéliste-styliste. Elle a commencé à bricoler des bijoux qu’elle vendait à ses copines de l’université. Petit à petit, l’envie de devenir styliste professionnel la gagne. C’est ainsi qu’elle a créé la marque Krysbel. Comme elle n’avait pas d’adresse professionnelle, ce n’était pas facile pour elle d’avoir la clientèle.Elle a organisé des défilés de mode mais, de la 1ère à la 6ème édition, elle ne parvenait pas à pénétrer le marché. La visibilité de sa marque sur les réseaux sociaux lui permis de participer à une foire d’art en Ouganda. Curieusement, toute la collection été vendue. Mme Shabani réalise qu’il avait un problème de prospection de marché. Elle a remarqué qu’elle a investi dans la mode de haut standing, les prêts-à-porter. Or, les Burundais adorent les habits qu’ils peuvent porter n’importe où pas seulement lors des festivités ou des cérémonies officielles. « J’ai dû m’adapter aux exigences du marché. En juillet dernier, j’ai ouvert une boutique de mode après huit ans d’exercice. Je projette créer un autre point de vente de mes produits le mois prochain », se réjouit Mme Shabani.
Les échecs ne sont pas insurmontables
Pour Stephan DOUKHOPELNIKOFF, coach en entrepreneuriat, l’échec et la réussitevont de pair. Néanmoins, on a le sentiment négatif en ce qui concerne les échecs.« En cas d’échec, la réaction normale d’une personne est d’être frustrée. Mais il est souhaitable que cette frustration ne perdure pas au risque de tomber en faillite », dit-il.En définitive, l’échec permet de prendre du recul pour analyser la situation qui prévaut. Le coach DOUKHOPEL NIKOFF conseille aux jeunes de faire preuve de patience pour identifier les causes de l’échec. Cela permet, estime-t-il, à l’entrepreneur d’apprendre et de se corriger. Il ne devrait pas être influencé par les opinions erronées des autres par rapport à l’échec. Et DOUKHOPEL NIKKOFF de conclure que la persistance et la confiance en soi-même sont des choses élémentaires pour un entrepreneur.
Il est difficile de trouver un capital pour entreprendre au Burundi. C’est un défi pour les jeunes entrepreneurs. DOUKHOPEL NIKOFF prodigue des conseils pour surmonter ce défi. « Il est judicieux de commencer avec ce qu’on a ou ce qui est disponible dans son environnement immédiat, de se poser toujours la question qu’est-ce que je peux faire en ce moment avec ce que j’ai ? Ne pas être désespéré ». Il reste plutôt optimiste quant à la mise en place de la banque des jeunes en perspective. Le gouvernement donne un signal que l’entrepreneuriatest l’une des solutions pour combattre le chômage.
Pour faciliter les échanges entre les jeunes entrepreneurs, une plateforme de réseautage dénommée « Umva » a été créée. Elle permettra notamment aux habitués du secteur entrepreneurial de nouer de bonnes relations d’affaires.
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