Médias

Paysage médiatique burundais en 2025 : Un équilibre fragile entre restrictions et ouverture

Dans un rapport rendu public, le Centre pour la Promotion de l’Information et du Développement (CEPID) dresse un état des lieux contrasté du paysage médiatique national. Si quelques signaux positifs ont été observés au plus haut sommet de l’Etat, l’année 2025 a surtout été marquée par des faits jugés préoccupants pour la liberté de la presse.

Selon Patrick Niyonkuru, président du CEPID, au Burundi, la radio demeure la principale source d’information pour la population, tandis que les médias en ligne gagnent progressivement en visibilité, surtout en milieu urbain.

Le Centre pour la Promotion de l’Information et du Développement (CEPID) a rendu public un rapport annuel sur le paysage médiatique du Burundi de 2025. L’activité a eu lieu le 10 février 2026 à Bujumbura à travers une conférence de presse. Selon Patrick Niyonkuru, président du CEPID, l’année 2025 a été caractérisée par plusieurs situations perçues comme des entraves à l’exercice libre du journalisme. Ces entraves se sont traduites notamment par des mises en garde adressées à certains médias, des suspensions d’émissions, voire des convocations de certains responsables de rédaction par le service national de renseignement.

Parmi les cas emblématiques relevés dans le rapport figure la suspension, le 27 mars 2025, du journal Yaga par le Conseil National de la Communication (CNC). L’organe de régulation reprochait à ce média de ne pas remplir certaines conditions administratives requises pour exercer légalement. Cette décision a entraîné une interruption temporaire des activités de Yaga avant que le média ne soit finalement autorisé à reprendre son travail quelques jours plus tard. Si la situation s’est normalisée, cet épisode a suscité de vives inquiétudes au sein de la profession.

Autre fait marquant, au mois d’août 2025, le CNC a suspendu une synergie des médias consacrées à la pénurie du carburant au Burundi. Cette décision est intervenue dans un contexte de tensions liées à l’approvisionnement du pays en produits pétroliers. Un sujet sensible qui affectait directement la vie quotidienne des citoyens. Pour plusieurs observateurs, limiter la couverture médiatique d’un tel enjeu d’intérêt public a renforcé le sentiment d’un rétrécissement de l’espace de débat. En décembre 2025, certains responsables du journal Iwacu ont été convoqués et auditionnés par le service national de renseignement. Bien que les détails de ces auditions n’aient pas été largement rendus publics, le CEPID estime que ce type d’initiative contribue à installer un climat d’incertitude au sein des rédactions.

Un climat propice à l’autocensure

Au-delà des cas spécifiques, le rapport met en lumière une tendance plus diffuse, mais tout aussi préoccupante : l’augmentation de l’autocensure. Face aux risques de sanctions administratives, de convocations ou d’avertissements, de nombreux journalistes préfèrent éviter certains sujets jugés sensibles, notamment ceux liés à la gouvernance, aux activités des partis politiques, aux questions de sécurité, etc.

Cette autocensure ne se limite pas aux salles de rédaction. Le CEPID observe qu’elle touche également des sources potentielles d’information. Des responsables administratifs ou des citoyens hésitent de plus en plus à s’exprimer publiquement ou à fournir des informations aux journalistes, craignant d’éventuelles répercussions. Cette situation aurait pour conséquence une réduction de la transparence et un accès plus restreint à certaines informations d’intérêt public.

Pour le CEPID, l’ensemble de ces éléments témoigne d’un espace d’expression qui tend à se rétrécir malgré l’importance cruciale du rôle des médias dans une société démocratique.

Des signaux encourageants au sommet de l’Etat

Malgré ces constats, l’année 2025 n’a pas été dénuée de signaux positifs. Le CEPID souligne notamment certaines prises de position du Président de la République Evariste Ndayishimiye en faveur d’un meilleur accès à l’information. Le 1er décembre 2025, lors d’une conférence de presse tenue à Ntare Rushatsi House avec des professionnels des médias, le Chef de l’Etat a déclaré que certaines autorités qui retiennent l’information ou refusent de collaborer avec les journalistes devraient changer de comportement. Cette déclaration intervient dans un contexte où les médias dénoncent régulièrement le manque de transparence de certaines institutions publiques.

Plus tôt, le 28 août 2025 à Gitega, le Président s’était également exprimé sur la décision du CNC d’interdire aux médias d’aborder librement la question de la pénurie de carburant. Il avait estimé qu’il valait mieux que les médias informent ouvertement la population lorsqu’une pénurie survient, afin que les citoyens puissent s’organiser et que des solutions soient recherchées collectivement. Une prise de position interprétée par plusieurs observateurs comme un soutien au droit à l’information.

Entre restrictions administratives et appels à la transparence, le paysage médiatique burundais en 2025 apparait donc traversé par des tensions contradictoires. Le rapport du CEPID invite les autorités, les organes de régulation et les professionnels des médias à renforcer le dialogue afin de garantir un environnement plus favorable à l’exercice libre et responsable du journalisme au Burundi.

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A propos de l'auteur

Gilbert Nkurunziza.

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