Agriculture

Accès aux intrants agricoles, la galère pour les agriculteurs

Certains paysans éprouvent des difficultés à s’approvisionner en intrants agricoles de la société Fomi. Leur production en pâtit. Les responsables du ministère chargé de l’agriculture expliquent que les agriculteurs commandent de grandes quantités d’engrais non prévues par la société Fomi    

L’accès aux engrais de la société Fomi est devenu un casse-tête, déplorent certains agriculteurs rencontrés dans les provinces de Cibitoke et Kayanza.  Selon Berchmans Nkwirikiye, agriculteur et membre de la coopérative Abajamugambi située au chef-lieu de la commune Rugombo, la distribution des fertilisants de la société Fomi est lacunaire.  

Les quantités commandées ne sont pas quelquefois celles qui sont servies.  « Imaginez un agriculteur qui dispose d’une propriété de 3 ou 4 ha et qui reçoit 2 ou 3 sacs de fertilisants seulement », s’inquiète-t- il.   

Selon lui, la distribution des quantités insuffisantes génère de mauvais rendement chez les agriculteurs.  A titre illustratif, s’il dispose d’intrants suffisants, la récolte oscille autour de 60 à 70 sacs de 110 kg de riz par hectare.  Pourtant, actuellement, il a récolté entre 30 et 40 sacs sur la même étendue suite au manque de fertilisants suffisants. 

Nkwirikiye fait alors remarquer que cela constitue un signe éloquent que les agriculteurs sont en train de travailler à perte.  Et cela s’observe au moment où ces agriculteurs ont payé tout l’argent nécessaire pour bénéficier des fertilisants.  Selon lui, les agriculteurs ne savent pas à quel saint se vouer et demandent à l’Etat et à la société Fomi d’inverser la tendance.  

Le coût devrait être réduit de moitié car la dose des fertilisants de Fomi est moins élevée par rapport à la dose des fertilisants fabriqués à l’étranger qu’on utilisait auparavant. 

Sur la même étendue, Nkwirikiye indique qu’on peut utiliser 8 kg de fertilisants de Fomi contre 4 kg de fertilisants fabriqués à l’étranger.  Selon Nkwirikiye, tous ces facteurs font que les agriculteurs travaillent à perte.  

Et d’ajouter que c’est la raison pour laquelle les prix des denrées alimentaires restent élevés. Selon lui, c’est pour la première fois qu’un kg de riz s’achète à plus de 2.300 FBu dans la province Cibitoke. 

A côté de l’insuffisance des intrants agricoles, les aléas climatiques, la mauvaise qualité des semences, les maladies influent sur la productivité.

L’accès aux intrants agricoles, un parcours de combattant

Paul Ntwengerabandya, agriculteur rencontré sur la colline Murambi de la commune Buganda dans la province de Cibitoke abonde dans le même sens.  

L’accès aux intrants agricoles est un parcours de combattant à tel point qu’il y a certains agriculteurs qui rentrent bredouille le jour de la distribution des intrants.   

Selon cet agriculteur, c’est un phénomène agaçant car après le paiement de l’argent nécessaire pour s’en procurer, on devrait normalement bénéficier des intrants. 

Il fait savoir que certains agriculteurs jugent bon de se rabattre sur le marché noir pour ne pas croiser les bras en pleine saison culturale, là où le prix d’un sac de fertilisants de Fomi varie entre 50 000 FBu et 70 000 FBu au lieu de 26 000 FBu.  

Ntwengerabandya déplore le fait que certains agriculteurs finissent par se contenter de la fumure organique suite au manque de moyens financiers pour s’approvisionner en engrais de Fomi disponible sur le marché parallèle.  Ce qui fragilise le rendement agricole même s’il ne précise pas le niveau des pertes enregistrées. 

Les mêmes lamentations sur l’accès difficile aux intrants de Fomi sont remarquées dans la province de Kayanza. Elvis Ndayishimiye, agriculteur habitant la colline Gishubi de la commune Muruta dans la province de Kayanza et clair : « J’ai commandé 9 sacs d’engrais. On m’a servi des quantités insuffisantes alors que j’avais payé tout l’argent nécessaire. »  Selon lui, les conséquences de cette situation sont fâcheuses. La production n’est pas bonne comme on le souhaite. 

Les agriculteurs commandent des quantités énormes

Thomas Bukuru, ancien député et directeur général d’une association communale qui appuie Fomi dans la distribution des engrais affirme qu’il y a des agriculteurs qui n’ont pas été servis. 

C’est pour cette raison qu’il y a encore plus de 20 000 jetons des agriculteurs qui ont payé de l’argent pour bénéficier des engrais. Cependant, il n’y décèle pas un défi.  

Selon lui, la raison de cette situation est que les agriculteurs commandent des quantités énormes pour qu’ils ne manquent pas d’engrais dans les prochaines saisons culturales. « Je vous informe que les quantités commandées pour la saison culturale C ne sont pas réellement destinées à cette saison. Elles serviront peut-être dans les saisons culturales A ou B », confie-t- il. 

Edmond Uwobikundiye, chef de service production et protection des végétaux au bureau provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage affirme qu’il y a des couacs dans la distribution des engrais aux agriculteurs.  

A Cibitoke, le constat est qu’au cours de la saison culturale C, les quantités d’engrais commandées n’ont pas été respectées.  Pour le type d’engrais appelé Totahaza, on a seulement distribué plus de 381 tonnes sur plus de 2047 tonnes commandées.  

Pour le type d’engrais appelé Bagara, on a distribué plus de 455 tonnes sur plus de 670 tonnes commandées.   Selon lui, cela influe sur la production agricole même s’il y a d’autres facteurs qui entrent en jeu. 

Ce sont entre autres les effets du changement climatique, la mauvaise qualité des semences, les maladies des plantes comme la chenille légionnaire, etc. 

Pour le maïs, la production est passée de 3,5 tonnes à 2 tonnes par ha et de 5,5 tonnes à 4,8 tonnes par ha. C’est pour cette raison que le coût du riz bat tous les records dans la province de Cibitoke. Il s’achète à plus de 2300 FBu.  

Selon ce chef de service production et protection des végétaux à la DPEAE Cibitoke, la raison est que la production des saisons culturales A et B au cours de l’année 2022 n’a pas été bonne comme on le souhaitait.  D’après lui, les agriculteurs qui ont des moyens financiers suffisants commandent alors de grandes quantités d’engrais pour prévenir la pénurie de ce produit au cours des prochaines saisons culturales. A titre illustratif, il laisse entendre que la quantité commandée à Cibitoke est passée du simple au triple.  

Même son de cloche chez le directeur de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage dans la province de Kayanza.  Les agriculteurs commandent de grandes quantités d’intrants qui ne sont pas dans les prévisions de la société Fomi. Ce qui fait qu’il y a des agriculteurs qui ne sont pas servis.  

Il demande alors à la société Fomi d’augmenter la production pour satisfaire la demande.  Pour ceux qui disent que la qualité des engrais de Fomi est douteuse, ce cadre de la DPEAE Kayanza indique que des études sur la dose minimale sont en cours.  

La société Fomi s’explique

La société Fomi ne nie pas que certains agriculteurs ne sont pas servis. Selon Ir Herménégilde Manyange, directeur général adjoint de la société Fomi, la raison de cette situation est que la quantité des intrants commandée par les agriculteurs va crescendo de saison en saison contrairement aux prévisions de Fomi.

Pour inverser la tendance, cette société compte procéder à une extension II de Fomi pour booster la production des intrants, car la capacité de production de la société est minime au regard des intrants dont les agriculteurs ont besoin. Et la fin des travaux de cette extension II de Fomi est projetée dans 6 ou 7 mois.

A titre illustratif, Manyange a fait remarquer que la quantité des intrants commandée au cours de la saison culturale C, était estimée à 24 000 tonnes contre seulement 8000 tonnes prévue par Fomi.

Notons que le gouvernement affirme que la production agricole a chuté du fait que la distribution des engrais de Fomi a été émaillée d’irrégularités au moment où le Président de la République a annoncé ces derniers jours que l’année 2022 est dédiée à la promotion du secteur agricole.

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A propos de l'auteur

Jean Marie Vianney Niyongabo.

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