Le chômage et le désespoir poussent les jeunes à chercher làoù l’herbe est encore verte. Des milliers de jeunes quittent le pays vers les pays du Golfe et l’Afrique australe à la recherche d’une vie meilleure. Il s’agit d’une aventure qui parfois débouche sur un calvaire. Le journal Burundi Eco a recueilli des témoignages des jeunes établis dans ces pays. Les réactionssont mitigées. Le gouvernement préconise la mise en place d’un cadre légal pour faciliter la mobilitéde la main d’œuvre
« Je travaille en Afrique du Sud dans la ville de Durban dans une société de vente des véhicules depuis bientôt sept ans », indique un jeune Burundais sous couvert d’anonymat. « Pour y arriver, je suis passé par la Tanzanie. Et un ami m’a aidé pour arriver au Malawi. Même chose pour franchir le Mozambique. Via le Mozambique, je suis parvenu à arriver en Afrique du Sud », laisse-t-il entendre. Selon lui, tout ce parcours a duré au tour de deux semaines. Pour échapper à la police de ce pays, il a expliqué aux responsables communaux que c’est un refugié Burundais pour qu’on lui accorde un document qui atteste que c’est un réfugié. En collaboration avec l’ambassade du Burundi en Afrique du Sud, il a eu la chance de bénéficier de cette attestation de réfugié. Avec ce dernier, il devient facile de trouver un emploi. Il se réjouit du fait qu’il a trouvé du boulot et qu’il a les moyens financiers pour vivre. Il travaille dans une société de vente des véhicules, car il a un diplôme de niveau A2 en électromécanique.
La xénophobie, un danger imminent !
Néanmoins, ce jeune Burundais déplore la façon dont les sud-africains traitent les étrangers en général (africains) et les Burundais en particulier qui travaillent dans ce pays. « Ils nous traitent en paria et pillent nos biens au vu et su de tout le monde. Ils arrivent même à nous tuer pour la simple raison que nous ne sommes pas des sud-africains », renchérit-il. Selon lui, les sud-africains ne respectent pas les droits des travailleurs qui ne sont pas de leur pays. Ils les accusent de voler leurs richesses.
Les Burundais qui habitent au Malawi dans la ville de Lilongwe subissent dans le même calvaire. Dans un entretien avec un de ces derniers, les malawites traitent avec mépris les Burundais qui ont émigré dans ce pays à la recherche de l’emploi. « Ils nous tabassent souvent et saccagent nos biens », crie-t-il. Selon lui, cette situation se présente ainsi, car ils savent que la plupart de ces Burundais sont des sans papiers. Et le pire est qu’ils n’ont pas où trouver les documents légaux pour être protégés, car il n’y a pas d’ambassade du Burundi dans ce pays comme en Tanzanie, en Zambie, etc.
C’est le même désarroi pour les Burundais qui sont partis au Mozambique pour chercher de l’emploi. Selon un d’entre eux qui est rentré au bercail ces derniers jours, les mozambicains sont jaloux des Burundais qui travaillent dans ce pays. Suite à cela, ces burundais ne cessent de subir des maltraitances commises par ces mozambicains. Tantôt ils pillent leurs biens, tantôt ils les brulent. Ils sont souvent lynchés et arbitrairement emprisonnés. Pour cette raison, ce burundais a jugé bon de regagner le bercail pour investir dans son pays natal.

Albert Shingiro, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement : «Le gouvernement promet de se donner corps et âme pour signer des accords avec tous les pays qui peuvent embaucher les jeunes Burundais afin qu’ils puissent travailler dans de bonnes conditions».
Vaut mieux investir dans son pays natal
Certains jeunes décident de rebrousser chemin pour tout recommencer. Ils rapatrient leurs capitaux au pays. C’est le cas de Floris, pseudonyme d’un rapatrié qui vend les accessoires des téléphones mobiles et des ordinateurs au centre-ville dans un endroit connu sous le sobriquet de « Bata ». Ce jeune Burundais fait remarquer qu’avant d’arriver au Burundi, il a aussi travaillé au Kenya. «Dans ce pays, la situation n’est pas la même. Toute personne est libre d’exercer son activité. Et ses biens sont protégés. Il suffit de payer les taxes et les impôts», poursuit-il.
Pour toutes ces raisons, ces jeunes Burundais indiquent qu’investir dans ces pays n’est pas rassurant, car la sécurité des biens n’est pas garantie malgré qu’il y ait beaucoup d’opportunités pour trouver de l’emploi. Ils laissent entendre que c’est ahurissant de perdre un investissement qui a une valeur de beaucoup de millions de FBu dans une tierce de seconde pour la simple raison que tu es de telle nationalité.
Selon eux, le fait qu’ils sont du même continent qui est l’Afrique suffit pour coopérer et se développer comme des frères. Pour inverser la tendance, ils demandent au gouvernement de signer des accords pour faciliter la mobilité de la main d’œuvre avec ces pays comme on l’a fait ces derniers jours avec l’Arabie Saoudite. La raison est que malgré l’ oppression qu’ils subissent, ils sont nombreux dans ces pays même si leur effectif exact n’est pas connu. Et, de surcroît, ils ne cessent de migrer vers ces derniers à la recherche d’une vie meilleure.
Une véritable aventure
La rédaction a contacté certains jeunes qui exercent leurs activités au Mozambique. Notre interlocuteur a fait savoir que les défis ne manquent pas. Pour arriver dans ce pays, c’est une aventure ! Même si tu as des documents authentiques, il est difficile de fouler le sol mozambicain sans visa. Les autorités nous refusent de franchir les frontières arguant que nous ne sommes pas les bienvenus dans leur pays.
Certains jeunes prennent le risque de passer par les points de passage informels. Pour ce faire, les gouvernements des deux pays devraientnégocier des accords de partenariat pour faciliter la circulation des biens et des personnes. L’autre défi concerne le rapatriement des fonds. Les banques exigent des commissions exorbitantescomparativement aux institutions financières établies en Afrique du Sud ou ailleurs sur le continent. Dans ce cas, le transfert des fonds s’avère difficile et complexe. A ce sujet, les entrepreneurs burundais établis dans ce pays suggèrent la collaboration entre les institutions financières locales et les banques de la sous-région. Ils suggèrent également l’ouverture d’une ambassade pour résoudre d’éventuelles questions qui peuvent surgir sur le plan diplomatique.
Le revers de la médaille
Les jeunes interrogés se réjouissent de la libertééconomique qui prévaut au Mozambique. Il y a une large gamme d’articles. Jamais on n’està court de marchandises dans ce pays. Le Mozambique s’approvisionne en permanence dans les pays voisins avec des accords préférentiels sur l’importation des biens et services. Il n’y a pas de tracasseries dans les activités commerciales. Les grands commerçants et ceux qui se cherchent encore œuvrent en toute tranquillité.
D’ailleurs le gouvernement n’impose pas ceux qui ont de petits capitaux. Pour payer les taxes, il faudra avoir uneadresse fixe. Ce qui encourage les jeunes à se lancer dans le petit commerce. On ne parle pas de chômage. Chacun a une occupation. Au niveau des créditsbancaires, les banques n’exigent rien comme hypothèque. Donc le gouvernement devrait s’impliquer davantage pour mettre en place un cadre légal facilitant la mobilité de la main d’œuvre dans les pays de destination des jeunes Burundais. Il importe de signaler que ces derniers participent au développement du pays de destination. Ils envoient des fonds à leurs familles, ils investissent dans les infrastructures socio-économiques surtout au niveau du logement.
Plus de 8 000 jeunes prestent en Arabie Saoudite
Albert Shingiro, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement promet de se donner corps et âme pour signer des accords avec tous les pays qui peuvent embaucher les jeunes Burundais afin qu’ils puissent travailler dans de bonnes conditions. Selon Shingiro, la raison principale de ces efforts du Gouvernement est que plus de 60% de la population sont des jeunes. « Nous comptons signer de tels accords avec les pays du Golfe qui sont entre autres le Koweït, l’Oman, le Qatar, les Emiras Arabes Unis, etc car, il a été constaté que la plupart des jeunes Burundais migrent en grande partie vers les pays du Golfe », confie-t-il.
A titre illustratif, il a été remarqué qu’autour de 8700 jeunes Burundais travaillent en Arabie Saoudite. Avec la signature des accords avec les autres pays du Golfe, il martèle qu’on pourra atteindre entre 30 000 et 50 000 jeunes Burundais qui pourront trouver de l’emploi dans ces pays.
Vers la signature des accords avec les autres pays
Le chef de la diplomation burundaise annonce que bientôt de tels accords pourront être signés entre le Burundi et les autres pays africains comme la Tanzanie, la République Démocratique du Congo (RDC), le Nigeria, le Congo Brazzaville, la Guinée Equatoriale, etc, car il s’observe que les jeunes Burundais y sont aussi présents à un effectif non négligeable. Les atouts de ces accords sont que ces jeunes et leurs biens seront protégés. Leurs contrats de travail ne seront pas violés. Leurs salaires seront payés via les comptes bancaires. Ce patron du ministère ayant les affaires étrangères dans ses attributions tranquillise que la signature de ces accords ne va pas renforcer le phénomène de la fuite des capitaux. « Ce sont seulement des accords qui concernent les petits métiers comme la mécanique, la maçonnerie, la plomberie, le travail domestique, etc. Ce ne sont pas des métiers qui nécessitent de grands universitaires qui peuvent influencer beaucoup la fuite des cerveaux », éclaire Shingiro.
D’après une enquête réalisée par la chercheuse Catherine Fournet-Guérin sur la présence des commerçants étrangers d’origine africaine au Mozambique, le Nord du paysregorge de nombreux étrangers attirés par l’activitéminière.La situation est fort différente à Maputo située à l’extrême Sud du pays dans une région qui ne regorge aucune ressource naturelle particulière. Les migrants africains s’insèrent alors dans la vie économique de la capitale. Il s’agit de personnes qui développent dans leur immense majorité une activité de commerce de détail, formelle et installée dans des locaux fixes, c’est-à-dire non ambulante. Là se trouve la singularité de Maputo : en majorité, les commerçants de quartier y sont étrangers à tel point qu’ils sont désignés par le terme générique de « Burundais » (O Burundês) et ce quelle que soit leur nationalité, qu’il s’agisse d’un Rwandais, d’un Congolais, d’un Tanzanien ou bien d’un Burundais. Leur présence est attestée depuis le début des années 2000.
En d’autres termes, les Burundais gagnent la confiance du peuple mozambicain. Ceux qui prestent dans ce pays défendent les couleurs nationales. Ils méritent un soutien en dépit des contraintes liées à leur métier.
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