Le miel est sans doute un produit beaucoup plus prisé par pas mal de personnes pour son goût savoureux et ses bienfaits sur la santé. Pourtant, le secteur apicole n’est pas développé au Burundi. Ce qui fait que la production de cette denrée soit toujours insuffisante. Un expert en la matière expose les causes de cette situation et propose les voies de sortie
L’apiculture est connue au Burundi depuis la nuit des temps. A l’époque monarchique, le miel jouait un rôle important dans les fêtes, car on le transformait en une bonne bière souvent consommée par les membres de la belle famille. Il était souvent indissociable dans des festivités, que ce soit dans les simples fêtes familiales ou dans les cérémonies de grande envergure à la cour du roi ou du prince. Les Burundais d’antan valorisaient beaucoup plus l’« Inturire » (à l’époque c’était une bière à base de miel) grâce à son goût imbattable et, en conséquence, cette boisson était réservée aux personnalités de marque. Le miel était aussi utilisé à des fins curatives. Pour ce faire, les apiculteurs occupaient une bonne place dans la société. Ils pratiquaient leur métier comme bon leur semblaient, même la nature y était favorable par rapport à l’époque contemporaine. Mais pourquoi l’apiculture actuelle est remise en question comparativement à celle des époques antérieures ?

Les ruches traditionnelles sont beaucoup moins rentables que les ruches modernes.
Les défis à relever
Selon Frère Silas Nimpagaritse, expert en apiculture, issu de la Congrégation des Frères Bene-Yozefu du Burundi, la déforestation est la cause principale de l’évolution en decrescendo de l’apiculture. Actuellement, le Burundi a une population galopante estimée à 12 millions d’habitants sur une superficie de 27 834 km2. Quotidiennement, tout ce monde utilise le bois et le charbon de bois pour cuire les aliments qu’il consomme. Ce qui accélère la déforestation. Or, pour que les abeilles vivent et fabriquent du miel, elles doivent trouver le nécessaire c’est-à-dire le nectar et le pollen des plantes dans la forêt. Malheureusement, les forêts sont menacées par l’action humaine. Ce qui met fin à la disponibilité des fleurs dont les abeilles ont besoin du jour au jour. Donc, la déforestation est un problème majeur qui hante l’élevage des abeilles au Burundi ; d’où c’est l’une des causes de la faible production du miel.
Un autre défi que Frère Nimpagaritse évoque c’est le manque d’experts en matière d’apiculture. Même si elle est ancienne au Burundi, actuellement ce sont les personnes âgées qui la pratiquent. Mais les techniques utilisées dans cet élevage des abeilles ne se transfèrent pas beaucoup de père en fils. Ceux qui œuvrent dans ce secteur, ils le font d’une manière archaïque et ne sont pas suffisamment équipés. Nombreux n’ont même pas de kit de protection. Ils utilisent des ruches traditionnelles en lieu et place des ruches modernes. Ces derniers sont beaucoup plus rentables (une ruche moderne produit de 20 à 40 kg de miel par an). Or, une ruche traditionnelle produit au plus 10 kg de miel par an.
Le peu d’apiculteurs qui pratiquent ce métier de façon plus ou moins moderne ne consultent pas les spécialistes en apiculture pour qu’ils leur disent les démarches à suivre pour aller jusqu’au bout. Par exemple, certains apiculteurs ne savent pas les endroits idéals pour l’élevage des abeilles. Ces insectes doivent être protégés contre la pluie et ils ne résistent pas aux tapages, car ils adorent un endroit calme et sain.
L’autre problème qu’évoque Frère Nimpagritse est relatif aux pesticides utilisés dans l’agriculture. Ils sont nuisibles à la santé des abeilles et donc constituent un handicap à la production du miel. Les produits chimiques appliqués sur les cultures ne tuent pas que les insectes malveillants, même les abeilles en pâtissent, sans oublier que cela a des répercussions négatives sur la qualité du miel.
Partout dans le monde, l’usage des produits chimiques dans l’agriculture est en vogue. Ce qui ne favorise pas le bien-être des abeilles. Beaucoup d’agriculteurs ne se rendent pas compte que les abeilles ne produisent pas que du miel, mais qu’elles interviennent également dans la pollinisation des cultures. Bref, les abeilles et les cultures sont interdépendantes.
Malgré tout, le territoire burundais regorge d’opportunités pour l’apiculture
Pour Frère Nimpagaritse, le miel burundais est parmi les meilleurs au monde. Malheureusement, il n’y a pas une quantité suffisante pour pouvoir exporter et de gagner des devises. Pourtant, il y a moyen de relancer le secteur apicole. Même si les forêts sont en voie de disparition, il y a toujours des espaces protégés dont on peut profiter pour élever les abeilles tels que le parc national de la Kibira, le parc national de Ruvubu, la réserve naturelle de Bururi, etc. On peut également cultiver les plantes prisées par les abeilles comme le sarrazin, le tournesol, l’«Ensete Ventricosum» (ikigomogomo), les plantes fruitières… D’autres articles sur l’apiculture seront publiés dans les éditions ultérieures.
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