La commune de Bukirasazi est parvenue à se hisser à la première place au classement des meilleurs élèves lors de l’évaluation des performances des communes de 2018. Comment et pourquoi cette commune sans ressources particulières a-t-elle remporté la « palme d’or » dans la gestion de la chose publique ? Un reporter de Burundi Eco a pris le bâton de pèlerin pour visiter cette contrée paisible, mais éloignée de la province de Gitega

Sur les hauts plateaux du centre du pays, en pleine région de Kirimiro au sol rougeâtre et ocre, s’étend une commune dénommée Bukirasazi. C’était en début d’après-midi quand le journalise de Burundi Eco a débarqué au chef-lieu de cette commune. Les voitures de transport en commun communément appelées ‘’Probox’’ font les navettes entre Gitega et Bukirasazi. La cadence des rotations de Probox reflète peut-être le dynamisme de l’activité économique de Bukirasazi. Mais pour qu’un ‘’Probox’’ prenne la route, il faut remplir ses 4 places de passagers. Or, au téléphone, l’administratrice a donné au journaliste l’impression d’être pressée. Ce dernier a donc choisi de faire recours à un autre moyen de locomotion pas très confortable certes, mais rapide et très en vogue à Bukirasazi : le taxi-moto. Si la cadence des Probox est très élevée, celle des taxis-motos l’est encore plus. Elle est presque infernale. Après moult négociations quant au prix du transport, les deux parties tombent d’accord et c’est parti pour la grande vadrouille. A quelque chose, malheur est bon, dit-on. Ce périple sur un deux-roues a permis au journaliste de découvrir la majesté du paysage verdoyant et magnifique du centre du pays. De l’imposante montagne de Songa aux collines douces de Makebuko à l’orée du Kumoso, le paysage est envoûtant…, époustouflant. Bukirasazi est composée de 2 zones regroupant 18 collines. Elle ne fait pas partie de ces communes très vastes car sa superficie est de seulement 87 km2 pour à peu près 52 mille habitants.
Bukirasazi : calme, mais très entreprenant
Ce n’est sûrement pas l’affluence et la vie trépidante des villes chinoises qui caractérisent Bukirasazi. Mais la vie est là, calme et conviviale comme celle que connaissent les autres campagnes du pays. Les portes des boutiques construites en briques adobes attendent les clients qui viennent à compte-gouttes. Les chèvres dépecées attendent d’être rôties sur la braise incandescente des Mbabura. Plus loin, un camion Fuso (une marque japonaise) décharge les produits Brarudi. Un fait a particulièrement attiré l’attention du reporter : un nombre impressionnant de pancartes indiquant les projets déjà exécutés ou en cours d’exécution dans la commune. Une autre surprise ! Au lieu de bâtiments vétustes et vieillissants de certaines communes, les locaux de la commune Bukirasazi sont en bon état. Ils sont spacieux et presque neufs. Pas loin de ces locaux, un stade de football est en chantier.
La convergence, une des forces de Bukirasazi
« Ce n’est pas sorcier. On met juste les gens ensemble pour réfléchir au développement de la commune. Les responsables des services se réunissent régulièrement ainsi que le conseil communal. Quand nous parlons de mettre les gens ensemble, nous n’oublions pas les représentants des confessions religieuses, des partis politiques et du secteur privé. Tout le monde est mis à contribution quand il s’agit de la conception des projets de développement », a indiqué de prime abord Mme Suavis Habonarugira, administrateur de la commune Bukirasazi. Personne n’est laissé au bord de la route quelque que soit son appartenance politique, religieuse ou ethnique, a déclaré cette femme au tempérament calme, mais dont la force de caractère impose le respect. Il y a des groupes sectoriels qui travaillent d’arrache-pied pour le bien de tous. Il y en a qui sont chargés de l’agriculture, de la santé, de la bonne gouvernance entre autres, mais tous visent le but ultime : le développement de la commune. Les partenaires ne sont pas passés sous silence. GIZ/ADLP a dispensé une formation sur la gestion de la chose publique. ADIC est intervenu auprès de la population dans le secteur agricole. CAPAD intervient également dans ce secteur. Il sensibilise la population à se regrouper dans des coopératives. Nous avons également pu compter sur d’autres partenaires comme CARE et FVS/Amade pour atteindre la performance qui est la nôtre. Concernant les mutualités de santé, nous avons l’association MAFICO qui est en train de s’implanter dans la commune Bukirasazi, a fait savoir Mme Habonarugira.

Le tout est de savoir bien s’organiser
« Tous les six mois on présente un rapport aux citoyens de la commune. Ces derniers ne viennent pas pour écouter seulement. Nous leur présentons l’état d’avancement des projets en cours d’exécution et ceux qui sont en préparation. La population a son mot à dire quant à la conception et à l’exécution des projets entrepris par la commune. Mais il est important de signaler que quel que soit l’initiateur du projet, il doit se référer au PND que le gouvernement a mis en place. Le tout est de savoir bien s’organiser», a souligné l’administrateur de Bukirasazi. Les ressources communales viennent des taxes communales et des subventions du gouvernement. La force de la commune vient de cette capacité de gérer d’une manière transparente le peu qu’elle possède. En outre, les employés de la commune sont payés régulièrement et la commune paie à temps leurs cotisations sociales. Ce qui fait qu’ils deviennent performants au travail. Par ailleurs, « pour éviter les fuites ou les irrégularités dans la collecte des fonds, nous avons ouvert un compte unique pour la commune. Le comptable, le caissier ou l’administrateur ne peut plus conserver l’argent de la commune dans leurs tiroirs. En plus de cette stratégie, on organise des séances de sensibilisation de la population pour qu’elle nous aide dans la vigilance contre la corruption. Nous pensons que c’est pour ces raisons que les recettes de la commune vont crescendo », a déclaré l’administrateur de Bukirasazi. L’année passée, la commune a récolté 96 millions de FBu de recettes contre 76 millions de FBu en 2017. « Cette année, nous pensons pouvoir recueillir facilement 115 millions de FBu », a affirmé l’administrateur de Bukirasazi. Concomitamment, les dépenses d’investissement, mais aussi de fonctionnement de la commune ont augmenté. A ce propos, les dépenses d’investissement pour l’exercice 2018 de la commune Bukirasazi étaient de 559. 353. 226 FBu comme on peut le constater sur le budget primitif exercice 2018 affiché au bureau de cette commune.
Des projets à foison
La commune a des projets en cours d’exécution. « Nous avons pu construire des écoles. L’ECOFO Muremera a pu être construite uniquement grâce aux recettes propres de la commune avec un budget de 200 millions de FBu. Une autre école est en train d’être construite à Nyamisure. Nous avons aussi construit un site touristique sur la colline Rugabano. Ce projet a coûté 24 millions de FBu. Grâce à la gestion rigoureuse des deniers publics nous avons aussi pu construire un dispensaire sur la colline Mpingwe et un hangar de stockage sur la colline Bukirasazi qui a couté 74 millions de FBu. Il ne faut pas non plus négliger le projet « Nzorima » orienté vers les agriculteurs qui a coûté 5 millions de FBu », a fait savoir Mme Habonarugira. Les projets de grande envergure sont financés par les fonds que le gouvernement octroie aux communes, c’est-à-dire les fameux 500 millions de FBU de subvention. On peut citer par exemple le raccordement d’eau à partir de la colline Bunyuka. Outre le dispensaire qui se trouve sur cette colline, le projet alimente entre autres le chef-lieu de Bukirasazi et la localité de Kibeho où est implantée une école. Il a été réalisé avec un budget de 262 millions de FBu. Le chantier de construction d’un stade a déjà commencé et coûtera une bagatelle de 600 millions de FBu en tout. « Nous envisageons aussi de soutenir les coopératives. La commune en compte 25 au total. Nous leur avons demandé de concevoir des projets et la commune sera là pour les soutenir le moment venu », a fait savoir Mme Habonarugira.
Des contraintes ne manquent pas
Il arrive qu’il y ait de petites erreurs dans la conception des projets. Ce qui fait que ceux qui gagnent les marchés sont parfois désagréablement surpris en découvrant des choses qui ne faisaient pas partie du cahier des charges lors de l’appel d’offres, d’après les dires de Mme Habonarugira. Mais généralement on trouve facilement un terrain d’entente avec les exécutants des projets de développement. L’autre écueil est le non-respect des délais dans l’exécution des travaux de développement. « L’expérience nous a montré que ceux qui gagnent les marchés ont souvent d’autres marchés en cours d’exécution ailleurs. Ils dispersent leurs efforts et ne terminent pas à temps. Il serait judicieux que le gouvernement nous aide dans la formation des techniciens, de la conception et le suivi des projets », a plaidé l’administrateur de Bukirasazi.
La population satisfaite des projets déjà réalisés
« C’est bien ce que l’administration a fait. Mes enfants ne font plus des kilomètres pour se rendre à l’école parce qu’il y a école tout près sur la colline Muremera. Nous avons aussi une nouvelle Coopec ici au chef-lieu de la commune sans oublier le hangar de stockage en construction qui sera d’une grande utilité. Tout cela est la preuve que l’administration est à l’œuvre. On ne se plaint pas vraiment. Mais on a encore besoin qu’on nous aide pour les fournitures scolaires. C’est bien de construire une école, mais il faut que ceux qui y étudient aient le matériel nécessaire », a indiqué Oliva Niyonzima, une dame rencontrée dans son champ situé sur la colline Bukirasazi.
Les critères pris en compte dans l’évaluation des performances des communes
D’après les informations recueillies auprès du Secrétariat Permanent au ministère de la Décentralisation et de la Réforme Institutionnelle, il existe un manuel qui fixe les critères d’évaluation des performances des communes. Ce dernier contient pas moins de 74 critères. Difficile de les prendre tous en considération. Cela prendrait sûrement beaucoup de temps et de moyens. Le ministère prend donc au hasard une série de critères qui changent d’une période à une autre. Pour le classement de décembre 2018, les critères qui ont été pris en considération portaient sur 3 domaines, à savoir: celui de la gouvernance de la commune, celui du développement local et celui de la protection sociale et de l’inclusion du genre. Le ministère est en train de finaliser le classement prochain qui devrait être porté à la connaissance du public probablement le 20 août 2019. Bukirasazi pourra-t-elle encore récidiver ? Nous lui souhaitons bonne chance !
Les critères pris en considération dans l’évaluation des performances des communes de 2018
Domaine 1 : Gouvernance de la commune
Critère 1 : L’existence et le fonctionnement des commissions permanentes du conseil communal
Critère 2 : La disponibilité des rapports des groupes sectoriels œuvrant dans la commune
Critère 3 : Le paiement des indemnités des cinq conseillers collinaires
Critère 4 : La fonctionnalité des comités locaux de lutte contre la corruption et les malversations économiques
Critère 5: Le respect de la chaîne des dépenses
Critère 6 : L’enregistrement et le classement des documents comptables
Domaine 2 : Développement local
Critère 7 : La facilitation de la mise en œuvre des initiatives privées
Critère 8 : Le développement d’un partenariat public-privé
Critère 9 : Le reboisement d’au moins 50 ha à partir de l’année 2016
Domaine 3 : Protection sociale et inclusion du genre
Critère 10 : La commune prévoit des critères de détermination des vulnérables précis, objectifs et connus de la population
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