Comme chaque 3ème jeudi du mois, les amateurs des lettres ont convergé vers l’Institut Français du Burundi (IFB) pour nourrir encore une fois leur passion. Au menu du jour était prévu le recueil de poèmes «La colère des miens» présenté par son auteur Yves Girubuntu

La poésie peut-elle vraiment guérir les maux ? Peut-elle vraiment toucher la sensibilité de l’enfant de la rue dont le premier souci est de trouver le gîte et le couvert ? Le poète Yves Girubuntu en est convaincu et s’est mis en tête d’attirer Mayibobo (enfants de la rue) vers la république des lettres. Les vers lyriques de « La colère des miens » visent à mettre un visage sur la souffrance de l’enfant de la rue. Ils essaient d’humaniser le petit garçon sale en haillons qui sillonne les rues de Bujumbura à longueur de journées pour chiper une poignée de nourriture et quémander la charité. Ils mettent à nu les angoisses de ces petites filles qui tirent le diable par la queue pour se remplir la panse. Un petit extrait du poème «Insomnie» pour nous plonger dans l’univers poétique miséreux de Girubuntu.
Ta silhouette fine sur le sol
Cache le bide creux et retenu
Trouveras-tu au réveil
Quelque miche et moi en éveil ?
Susciter l’empathie avant tout
Yves Irakoze a décidé de chanter les tribulations des enfants de la rue pour susciter l’empathie de ses congénères. Il a réorienté sa plume pour la mettre au service des nécessiteux. Il veut mettre l’humain devant sa responsabilité. Détruire la méfiance envers l’autre pour casser la routine de la précarité dans laquelle se trouvent plongés les enfants qui, pourtant, sont l’avenir du pays. D’où il faut comprendre le thème du café littéraire de ce jeudi qui était « La poésie guérisseuse des maux ». Cette poésie curative d’Yves Girubuntu n’est pas destinée aux seuls enfants de la rue. C’est en premier lieu la société qu’il faut guérir. Cette société qui jette les enfants sur les rues du désespoir a besoin de retourner à la source de l’humanisme. La guérison collective semble être la pensée, l’idée, la substantifique moelle du lyrisme envoûtant de Girubuntu.
YBSP ou la poésie en action
Des mots assourdis par sa gorge sèche
Halte ! L’air décidé et souriant
Il tend la main au benjamin friand
Qui saute de joie et file comme une flèche
(Extrait du poème « Faim »)
On s’en doute. La poésie remplit l’esprit, mais rarement la panse du ventre affamé. Yves Girubuntu s’est joint à l’association Youth Building in Synergy Poverty (YBSP) pour coupler sa poésie à une action concrète envers les enfants de la rue. C’est ainsi qu’ils réunissent tous les dimanches les Mayibobo pour les nourrir d’abord et ensuite les encadrer par le biais des activités récréatives, la poésie en filigrane.
Comme le colibri, Girubuntu fait sa part
Ils ont été nombreux les participants à poser des questions à l’orateur du jour. Certains se demandaient si vraiment la poésie pouvait aider les enfants à sortir de la rue vu que même le gouvernement et d’autres intervenants y arrivent difficilement. L’action de YBSP envers les enfants de la rue a même été qualifiée de coup d’épée dans l’eau par un des participants. Mais un autre lui a rétorqué qu’au moins Girubuntu fait quelque chose. Si justement chacun faisait sa part, peut-être qu’on n’aurait plus d’enfants dans les rues des villes du pays. Peut-être qu’Yves Girubuntu n’aurait pas à raconter la morne existence de Mayibobo, mais chanterait les beautés de la vie comme la plupart des poètes.
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