Les influenceurs peuvent avoir des effets positifs ou négatifs dans la société. Leurs actions et leurs messages sont plus réceptifs. Certes, l’artiste doit être responsabilisé, mais cette responsabilité revient également au diffuseur. On fait le point avec Christian Nsavye, animateur des émissions musicales à la Radiotélévision Isanganiro

Christian Nsavye, animateur des émissions musicales à la Radiotélévision Isanganiro. « Les dérapages qui peuvent donc s’observer ne sont pas délibérément commis mais sont dus, à mon sens, à l’inconscience ou bien au manque d’éducation ».
Dans le secteur musical, c’est un artiste vedette, une star qui a toute une audience qui le suit du jour au jour, qui écoute des messages véhiculés à travers sa musique ou ses clips vidéo ou encore dans tout ce qu’il fait, que ce soit dans la vie courante, à travers différents canaux de diffusion, surtout les réseaux sociaux à l’instar d’Instagram qui font du zoom sur sa vie, précise Christian Nsavye, animateur des émissions musicales à la Radiotélévision Isanganiro Il explique qu’il y a toute une gamme parmi la population, surtout les jeunes, qui suivent les artistes vedettes stars dans tout ce qu’ils font. C’est cela les influenceurs, ajoute-t-il.
Leur rôle dans la consolidation de la paix est non négligeable
Le rôle des artistes dans la consolidation de la paix est important et l’exemple n’est pas à chercher très loin. « Dans les années 94-95-96, avec la balkanisation des quartiers de Bujumbura, les artistes du groupe « Lion Band » ont animé des karaokés les weekends, au centre-ville. Et ils ont joué un rôle important dans la création d’espaces de rencontre, de détente, de réapprentissage du vivre-ensemble. Nous étions fatigués à cause des divisions et ces karaokés nous ont permis de souffler en peu et d’oublier un tant soit peu les moments difficiles que nous vivions dans nos quartiers », se souvient Nsavye.
Ils peuvent aussi détruire…
Selon l’analyse de Nsavye, il n’y a pas d’artistes vedettes au Burundi qui véhiculent des messages de haine. Il y a eu avant 2015, ce qu’on a appelé des artistes ou musiciens « engagés ». Toutefois, ailleurs les chanteurs véhiculent des messages de haine. C’est une triste réalité. Il donne l’exemple de l’Afrique du Sud, où, à l’époque de l’apartheid, avec deux visions différentes entre les pour et les contre, des artistes ont versé dans la haine ethnique. Mais également en Côte d’Ivoire pendant la crise post-électorale, des artistes se sont positionnés par rapport à leur appartenance ethnique et ont lancé des messages de haine pour s’attaquer au camp adverse.
En cas de dérapage, la responsabilité est partagée
« Si un artiste pense sortir une chanson avec un message de haine, la première responsabilité incombe au diffuseur ». Par exemple, il fait savoir qu’à la radio Isanganiro, on écoute systématiquement d’abord la chanson avant de la diffuser. Il trouve également qu’un artiste qui sortirait une chanson dans laquelle il y a un message de haine ne ferait pas long feu. Premièrement, il a un temps limité en tant qu’artiste. Deuxièmement, il va perdre énormément parce qu’une grande majorité de gens va comprendre, mais ne le suivra pas. Troisièmement, il risque d’être traduit devant la justice, car ces actes sont répréhensibles par la loi et donc il peut se retrouver en prison.
Il faut un cadre pour améliorer les textes des artistes
L’animateur explique que dans le temps, l’Amicale des Musiciens du Burundi a voulu prendre cette responsabilité : avant qu’une chanson soit envoyée aux diffuseurs, il devait la faire passer d’abord à l’Amicale des Musiciens. Mais, cela a duré le temps de la rosée parce que les artistes se sont sentis limités dans leur liberté. Le ministère en charge de la culture a ensuite pris ses responsabilités et a décidé de ne plus censurer la musique, mais de responsabiliser l’artiste lui-même ainsi que le diffuseur. « Les dérapages qui peuvent donc s’observer ne sont pas délibérément commis mais sont dus, à mon sens, à l’inconscience ou bien au manque d’éducation ».
Nsavye explique que, lors d’une émission qu’il présentait, Léonce Ngabo et Africa Nova (des vedettes de la musique burundaise) disaient que dans les années 70 et 80, avant même l’étape du studio d’enregistrement, chaque artiste amenait son texte pour qu’il soit amélioré au niveau du fond et de la forme. Des concepts ou messages inappropriés étaient supprimés. « Donc il faut trouver un autre cadre pour améliorer les textes de nos artistes », juge-t-il.
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