Des discours violents entre membres influents d’un même groupe traduisent un faible niveau de culture politique et risquent de conduire vers les violences de masse, alertent le politologue Elias Sentamba. Il conseille aux leaders d’opinion de se retenir, de faire preuve de fairplay. Au public, Sentamba propose de faire preuve d’intelligence

Elias Sentamba, politologue : « Chaque leader devrait comprendre qu’il n’est pas tenu d’être d’accord avec son adversaire, mais qu’il est tenu de le respecter ».
Il est tout à fait normal pour chacun des leaders politiques de percevoir, de lire, de comprendre le leadership à sa façon parce qu’étant humain, chacun perçoit les faits à sa façon en fonction des intérêts qu’il défend, explique Prof Elias Sentamba. Il admet toutefois que ces derniers jours certains leaders d’un même groupe se lancent des messages pas gentils. « Malheureusement, ils se lancent ces messages à travers leurs publics, tout se faisant comme si chacun est le seul bon et que l’autre, son adversaire, est mauvais », s’inquiete-il.
Un problème à ce niveau?
Pour Prof Sentamba, le problème survient lorsque les messages de haine lancés invitent l’auditoire à se mobiliser contre son adversaire et vice versa. « En fin de compte, il mobilise à la violence générale et la violence générale est toujours contreproductive, y compris pour le leader qui l’instrumentalise. Cela traduit, pour le politologue Sentamba, une faible culture politique en direction de la démocratie. «Chaque leader devrait comprendre qu’il n’est pas tenu d’être d’accord avec son adversaire, mais qu’il est tenu de le respecter. Il n’est pas tenu d’aimer que son adversaire prenne le pas ou occupe les fonctions du pouvoir avant lui, mais il est tenu de respecter l’Etat de droit».
Ces discours peuvent-ils conduire aux violences de masse ?
Il y a des ouvrages en sciences sociales, en histoire qui montrent que lorsque la haine commence par le sommet, elle se répand rapidement vers la base, affirme Sentamba. Il conseille aux leaders d’opinion de se retenir, de faire preuve de fairplay, de respecter tout le monde, y compris leurs opposants ou adversaires parce que « c’est normal qu’ils soient opposants. En plus, les postes intéressants sont peu nombreux alors que ceux qui y aspirent sont nombreux. Plus ces postes sont peu nombreux, plus il est difficile de les occuper. Il faut que les gens fassent preuve de fairplay.
Quel comportement du public face à ces messages de haine ?
Que la population fasse preuve d’intelligence. Il faut faire preuve de patience et ne pas suivre l’exemple des gens qui se chamaillent, recommande le politologue Sentamba. « Il faut que nous Burundais, de la colline comme de la ville, moins instruits comme plus instruits, sachions que les postes de responsabilité ou de leadership sont là, mais que peu de gens les occupent. Et du coup, que nous fassions preuve de fairplay ».
Les leaders d’opinion devraient comme au football faire preuve de fairplay où les équipes adverses se serrent la main même en cas de défaite de l’une d’entre elles. Mobiliser les gens par des discours haineux, c’est malsain, trouve Elias Sentamba. Il recommande aux leaders de montrer à l’opinion et à la société que les leaders se respectent mutuellement qu’ils respectent l’Etat de droit.
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