D’ici peu, une bête qui sera attrapée en train d’errer sur la colline exposera son propriétaire en une lourde amende, car seule la stabulation permanente est permise. Malgré cela, pas mal d’éleveurs ne sont pas bien préparés pour adopter cette nouvelle politique du gouvernement
A partir du 4 octobre 2021, la loi No 1/21 du 4 octobre 2018 portant stabulation permanente et interdiction de la divagation des animaux domestiques et de la basse-cour au Burundi sera mise en application. Cela a été rappelé par Emérence Nirera, porte-parole du ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage lors de l’émission des porte-paroles des différentes institutions publiques (cette émission s’est déroulée au chef-lieu de la province de Makamba vendredi le 25 juin 2021). Selon cette autorité, la loi appelle les éleveurs à s’habituer soit à la stabulation permanente, au paddocking ou à l’élevage biologique, car aucun animal domestique ne sera autorisé à errer sur les collines pour brouter. Elle estime que les éleveurs ont eu un temps suffisant pour se préparer.
Pourtant, Mme Nirera est optimiste que la loi portera ses fruits, car les éleveurs auront non seulement le temps pour s’occuper du bétail dans les étables respectives, mais également d’autres opportunités de vaquer à d’autres travaux de développement. Les maladies transmissibles entre animaux domestiques seront moins fréquentes. Il y aura aussi une grande production du lait et du fumier sans oublier que les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs (à cause des animaux qui ravagent les cultures) connaîtront une chute libre. Tout cela sera dû au fait que les bêtes ne seront nourries que dans un espace restreint et clos. Cette autorité annonce également que dans les mesures d’accompagnement en cours d’élaboration, il y aura la mise place d’une usine de production des nourritures animales

Les agri-éleveurs ont du mal à adopter la stabulation permanente. Hormis le manque de cultures fourragères, la population n’est pas suffisamment sensibilisée et, en conséquence, l’abandon de l’élevage traditionnel prendra probablement un certain temps.
Une loi qui ne fait pas l’unanimité
Beaucoup d’éleveurs ne sont pas prêts à adopter cette nouvelle politique. Ils ne comprennent probablement pas comment abandonner la méthode traditionnelle d’élevage pour embrasser la stabulation permanente. Ceux qui ont une dizaine de vaches ne savent comment s’y prendre. Il est quasiment impossible de les nourrir à l’étable. Le prénommé Sylvère, un agri-éleveur de la commune Gishubi fait savoir qu’il est au courant de cette loi depuis une année, mais qu’il n’est pas bien préparé pour se conformer à ses exigences. « Je possède quatre vaches, plusieurs chèvres et des moutons. Comme mes voisins éleveurs, je fais paître mes animaux dans la montagne qui surplombe notre village. Et cet espace appartient à l’Etat », confie-t-il. En plus de cela, au fur des années, les terres arables deviennent de plus en plus exiguës. Raison pour laquelle même les cultures vivrières ne peuvent pas être cultivées en suffisance. Dans ce cas, on ne peut pas privilégier les plantes fourragères. Cet agri-éleveur est dans l’embarras. Le jour où cette loi sera appliquée, il ne saura pas à quel saint se vouer. Il avoue qu’il n’a rien à donner à son bétail. Pire encore, pendant cette période d’été, même les herbes de la prairie naturelle auxquelles on pourrait faire recours sont sèches. Il espère que le gouvernement allongera le délai pour mieux se préparer à cette nouvelle pratique.
Nathal Batungwanayo, un éleveur qui est habitué à ce genre d’élevage (il le pratique à Buringa en commune Gihanga) fait savoir que la stabulation permanente du bétail demande des moyens financiers. En premier lieu, on doit avoir des quantités de fourrage que les vaches consomment du jour au jour sans oublier une grande quantité d’eau qu’elles boivent. Elles ont besoin aussi de compléments alimentaires qu’on doit acheter ailleurs. Bref, un élevage pareil doit être bien préparé et nécessite des moyens financiers afin d’aller jusqu’au bout.
Que dit la loi ?
L’article 3 de cette loi stipule que les animaux concernés par cette mesure sont les bovins, les caprins, les ovins, les porcins et les animaux de la basse-cour. Et l’article 33 punira celui qui passera outre cette loi. Ecopera d’une amende tout propriétaire dont le bétail est trouvé en circulation irrégulière ou en état de divagation dans les parcelles, dans les cultures ou plantations d’autrui ou dans les périmètres d’aménagement rural définis par l’administration ou les organismes concessionnaires. Cette amende est comprise entre 1000 FBu et 10 000 FBu selon la catégorie d’animal.
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