Les effets liés aux inondations et à la sécheresse augmentent la vulnérabilité de la population et compromettent le développement socio-économique des ménages. La Banque Mondiale (BM) estime qu’environ 98 % des Burundais sont vulnérables sur le plan socio-économique aux effets du changement climatique. Elle évalue les besoins en investissements climatiques pour la résilience à 1,5 million USD par colline

Le changement climatique affecte davantage l’accès des femmes aux services sociaux.
« Je vis toujours sous le choc. De graves inondations m’ont contraint à quitter le quartier Mushasha II, de la zone de Gatumba, commune Mutimbuzi, province de Bujumbura. Je suis installée depuis 2020 dans le site Sobel de Maramvya de la commune Mutimbuzi destiné aux déplacés internes », déplore Ruth Bararumba, sexagénaire et mère de 9 enfants, rencontrée dans ledit site, samedi le 10 juin 2023.
Pour elle, avant les inondations qui ont ravagé des champs et détruit des maisons, la population vivait de l’agriculture et de l’élevage. Et de se rappeler : « On mangeait un repas équilibré ». Actuellement, continue Mme Bararumba, nous ne bénéficions que d’une aide vitale dont l’accès n’est pas si facile.
Plus d’un frappés
Jean Marie Niyomwungere âgé de 27 ans a quitté son quartier Mushasha I de la zone de Gatumba, commune Mutimbuzi, province de Bujumbura pour rejoindre le site Sobel il y a de cela 3 ans. Cela à cause des inondations qui ont frappé sa zone. Il regrette que la tente qui lui sert d’abri ne peut pas contenir des chambrettes. « Les parents et les enfants dorment ensemble. Ce qui est à la base de l’inceste ou du vagabondage sexuel », s’inquiète M. Niyomwungere.
Steve Barinduruvugo, père de six enfants, habitant le site Sobel se désole que la vie a changé par rapport à la vie menée avant les inondations. « Aujourd’hui, nous ne mangeons qu’une à deux fois par jour. Le menu est presque le même tous les jours, soit la pâte du maïs ou la pâte du manioc accompagnée par du haricot. Pourtant, avant les inondations qui m’ont poussé à quitter Gatumba où je vivais, je mangeais trois fois par jour. S’il m’arrivait de manger la pâte, elle était accompagnée par du poisson, du ndangala ou de la viande », informe le quadragénaire avant de se lamenter qu’il avait un projet d’élever les poules et les canards ainsi que la mise en place d’un bar-restaurent qui a foiré à cause des inondations.
Jérémie Butoyi, président du site Sobel reconnait que pas mal de défis hantent plus de 1500 ménages qui vivent dans ce site.
Selon lui, les habitants du site Sobel n’ont pas une alimentation équilibrée. Ce qui fait qu’ils mènent une vie fragile.
Et de faire remarquer : « La maladie fréquente ici est la malaria » avant d’ajouter que les médicaments et les services de soins ne sont pas suffisants. Dans le site Sobel, martèle-t-il, on a qu’un dispensaire de la fondation Stam.
Les activités quotidiennes et le changement climatique sont inséparables
Antoine Kantiza, consultant sur les effets du changement climatique précise qu’il existe une relation étroite entre le changement climatique et les activités quotidiennes.
« La façon de gérer le patrimoine foncier et le couvert végétal a entraîné des changements climatiques dans notre pays », explique-t-il avant de rappeler que le pays est constitué de plusieurs régions naturelles avec des changements climatiques spécifiques à chaque région naturelle.
Et de poursuivre : « La bonne production agro-pastorale est conditionnée par les conditions météorologiques. Ce qui influe sur les récoltes et les conditions de vie des ménages ».
Tout le monde n’est pas affecté de la même manière
Daniel Makasi Mahamba, consultant en journalisme vert rappelle que le réchauffement climatique entraîne la hausse de la température planétaire.

Daniel Makasi Mahamba, consultant en journalisme vert : « le réchauffement climatique n’affecte pas tout le monde de la même manière. Cela sur le plan social ou économique ».
« Plus les températures montent, plus il devient difficile pour les hommes de vivre normalement. Des perturbations des saisons, des inondations, des feux de brousse, la sécheresse et la progression du désert sont autant de conséquences réelles et visibles du changement climatique dans plusieurs régions du monde », notifie-t-il.
M.Daniel Makasi Mahamba avoue que les périodes prolongées de températures anormalement élevées peuvent également avoir des effets graves sur les populations vulnérables, comme les personnes âgées et les malades.
De façon plus spécifique, signale-t-il, le réchauffement climatique n’affecte pas tout le monde de la même manière. Cela sur le plan social ou économique.
« De nos jours, le réchauffement climatique crée ce que l’on appelle la crise de l’eau. A certains endroits, l’eau devient de plus en plus rare. Les femmes sont lourdement affectées. Elles parcourent de longs trajets à la recherche de cet or bleu au risque et péril de leur vie. Parmi elles, il y a celles qui sont victimes des violences durant le trajet à la quête de l’eau », regrette-t-il.
Pour les peuples autochtones, poursuit M.Daniel Makasi Mahama, les politiques de lutte contre le réchauffement climatique leur jouent des fois de mauvaises cartes. Dans le besoin de pouvoir étendre les aires protégées, leurs droits territoriaux sont violés et ils ne sont pas dans la plupart des cas consultés quand il s’agit de mettre en place des aires protégées.
Citant le rapport de mai 2022 de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), M.Daniel Makasi Mahama souligne qu’en 2022, plus de 2,3 milliards de personnes étaient confrontées au stress hydrique et près de 160 millions d’enfants exposés à des sécheresses graves et prolongées.
Et de s’inquiéter : « Chez les personnes atteintes d’albinisme, le cancer de la peau causé par la forte exposition aux rayons ultraviolets est la première cause de leur mortalité. Il leur est difficile de travailler dans des conditions qui les exposent au soleil. Ce qui fait que les personnes atteintes d’albinisme passent des moments prolongés dans l’isolement ».
Les enfants et les femmes durement menacées
« L’impact du climat, de l’énergie et de l’environnement sur les enfants et leurs familles au Burundi », un rapport de 2021 du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) fait savoir que les enfants sont durement touchés par les effets du changement climatique en raison de leur vulnérabilité.
Il annonce qu’un enfant sur deux âgé de moins de 5 ans souffre de malnutrition chronique. Avec 94 % de la population employée dans l’agriculture pluviale, stipule le rapport, la fragilité de cette dépendance est visible pendant les saisons sèches prolongées, les pluies tardives ou intenses. La sous-nutrition chronique est responsable d’un ralentissement de la croissance des enfants. Elle a atteint 52 % des enfants de moins de 5 ans en 2020 et au moins 30 % des enfants de tout le pays.
De plus, le changement climatique peut avoir des effets dévastateurs sur la santé des enfants. Le paludisme étant la principale cause des décès chez les enfants, il s’aggrave à mesure que les régions auparavant froides se réchauffent.
« Le choléra et d’autres maladies d’origine hydrique pourraient devenir plus fréquents en raison de l’eau contaminée, du manque d’eau pour l’hygiène et des infrastructures endommagées à la suite des catastrophes naturelles », insiste le rapport.
Les conséquences du changement climatique ont été observées tout au long de l’année scolaire 2019-2020 avec des perturbations de l’enseignement et de la scolarité quotidienne pour 110 000 enfants dans 1 609 écoles.
Le changement climatique affecte davantage l’accès des femmes aux services sociaux. Pour ce qui est des violences basées sur le genre, dit le rapport, 4 % des femmes et des filles souffrent de violences basées sur le genre lorsqu’elles veulent accéder à des services essentiels, et 4 % lorsqu’elles s’approvisionnent en eau et en nourriture. Ces chiffres pourraient augmenter si, en raison du changement climatique, l’accès aux services essentiels se dégrade et les distances pour aller chercher de l’eau s’allongent.
Plus de 90 % des Burundais sont vulnérables sur le plan socio-économique
Dans l’article intitulé « Burundi : Renforcer la Résilience Climatique au Pays des 3000 Collines », de BM, il est révélé que le pays perd chaque année 1,6 % de son PIB. Il perd également 5,2 % de sa superficie à cause de la dégradation des terres depuis 2020.
« Environ 98 % des Burundais sont vulnérables sur le plan socio-économique aux effets du changement climatique. Mais cette vulnérabilité socio-économique est répartie dans l’espace, les régions du Nord-Est et de l’Est du pays enregistrant la vulnérabilité la plus élevée », lit-on dans l’article.
Par contre, environ 41 % des Burundais sont fortement exposés aux conflits et aux multiples risques climatiques (inondations, glissements de terrain, sécheresses, etc.), surtout dans les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest du Burundi.
D’après l’article, 99 % des Burundais n’a pas la capacité d’adaptation nécessaire pour résister aux effets du changement climatique, tels que les sécheresses, les inondations et les glissements de terrain, qui les affectent déjà tous. Et de conclure : « Une estimation préliminaire de l’étude menée par la BM et le gouvernement évalue les besoins en investissements climatiques pour la résilience à 1,5 million USD par colline ».
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