La province de Cibitoke fait face à un début d’épidémie de choléra depuis le mois de juin. Les autorités sanitaires ont pris le taureau par les cornes. Si le fléau recule, la vigilance reste de mise. Burundi Eco a dépêché un de ses reporters pour se rendre compte de la situation

Le Centre de Santé (CDS) de Rugombo se situe à la première avenue. Il est composé de quelques bâtisses en matériaux durables. Il était aux environ de 10 h quand le reporter de Burundi Eco y a débarqué. Un groupe de gens attendait d’être reçu, des femmes et des enfants pour la plupart, mais aussi quelques hommes. Certains (les plus faibles apparemment) sont assis sur les marches des bâtiments, d’autres se tiennent début à l’ombre sous les arbres. A première vue, rien n’indique qu’il abrite un centre de traitement de choléra. Sauf peut-être une seule chose : juste à l’entrée du CDS, un récipient d’une centaine de litres pourvu d’un robinet contient une solution chlorée qui sert de désinfectant. Toute personne doit se rincer les mains avant d’entrer. Il faut pénétrer à l’intérieur pour découvrir l’installation destinée à accueillir les patients souffrant de choléra. Elle est en retrait des autres bâtiments. Interdiction d’y entrer. Aucun patient ne rôde aux alentours. Un calme pesant règne dans cette partie. Mme Léocadie Nkurikiye, responsable et titulaire du CDS Rugombo a accepté avec beaucoup de réticences de faire visiter le reporter de Burundi Eco le dispositif anti-choléra que les autorités sanitaires provinciales ont mis en place. Le reporter a dû se conformer à l’inévitable rituel de rinçage des mains à l’eau chlorée avant d’entrer dans le « sanctuaire ».

« Le pire est derrière nous »
Léocadie Nkurikiye, une dame d’une apparence austère marche rapidement. En plus d’être pressée, elle a une diction rapide. C’est vrai que des patients l’attendent. En deux temps, trois mouvements. On se retrouve à l’intérieur des installations, une sorte de « poste avancé » dans l’âpre lutte que les autorités provinciales livrent à cette maladie depuis plus d’un mois. On s’avance vers une tente qui abrite les patients souffrant de choléra. Sans crier gare Mme Nkurikiye tonne : « Qu’est-ce que vous faites là ? ». Le reporter ne comprend pas directement ce qui se passe. Les personnes à l’intérieur de la tente tremblent face au regard courroucé de la responsable du CDS Rugombo. En fait, elle vient de découvrir à l’intérieur des tentes réservées aux malades de choléra des visiteurs venus pour réconforter les leurs. Ils ont trompé la vigilance des infirmiers pour se glisser en douce dans la tente des malades alors que c’est interdit. Les visiteurs ne doivent en aucun cas entrer en contacter avec les malades. Il y a une tente leur réservée tout près de celle des malades. Ils peuvent se parler, mais ne doivent pas s’approcher. Les fautifs sortent le regard fixé au bout des souliers. Après quelques remontrances, Mme Nkurikiye les accompagne en personne près du récipient contenant le désinfectant pour être sûre qu’ils se sont bien lavé les mains. « Deux précautions valent mieux qu’une », déclare-t-elle en revenant vers le journaliste qui observe la scène à quelques mètres.

52 personnes sont déjà rentrées
« Nous avons déjà recensé 58 cas de choléra. Le premier est apparu le 3 juin de cette année. Maintenant il n’y a plus de ressortissants de la commune Rugombo qui souffrent de choléra. Ceux qu’on traite actuellement viennent des autres localités comme Ndava, Gasenyi et Cibitoke », déclare Mme Nkurikiye. 52 personnes sont totalement guéries. Seules 6 personnes suivent encore le traitement anti-choléra. Malheureusement, aujourd’hui on en a encore reçu trois, deux en provenance de Cibitoke et un en provenance de Buganda. Mais le pire est derrière. On a connu un pique où on accueillait sept à onze personnes par jour. La bataille est en train d’être gagné », annonce fièrement la dame.
« Il faut que les gens adoptent un comportement responsable »
Il y a un manque criant d’eau potable dans beaucoup de localités de la province de Cibitoke. Par exemple à Mparambo I, sur la sous-colline de Rubuye, les robinets ont tari. Pour cela, Mme Nkurikiye conseille à la population de bouillir l’eau de la rivière Nyakagunda avant de l’utiliser. Il ne faut pas faire ses besoins dans cette rivière ou dans les buissons. C’est mauvais pour la santé, lance-t-elle. Il faut se laver les mains au savon avant de manger. Un autre conseille Mme Nkurikiye prodique un autre conseil aux femmes : « Lavez-vous les mains après avoir changé les couches de vos enfants ! ». Elle conseille aussi de se saluer par un simple geste de la main qu’elle appelle indamutso y’amahoro. «Il n’est pas indispensable de se toucher la main pour se saluer et c’est bien pour tous», ajoute-t-elle
Les responsables sont à la manette
« Effectivement, il s’observe des cas de choléra dans la province de Cibitoke. On a prélevé et envoyé des échantillons au laboratoire de référence nationale de l’INSP et les résultats se sont avérés positifs au vibrion de cholerae », a confirmé Dr Célestin Ndayahoze, médecin chef du district sanitaire de Cibitoke. La prise en charge a immédiatement été déclenchée au CDS de Rugombo. Les premiers cas se sont déclarés dans la zone de Ndava, plus précisément sur la sous-colline de Mahoro et ses environs. Comme le CDS de Ndava ne disposait pas d’un centre de traitement de choléra adapté et remplissant les normes, on a décidé de transférer les patients à Rugombo. La semaine passée les cas de choléra ont commencé à diminuer, a affirmé Dr Ndayahoze.
Une intervention multidimensionnelle
Les intervenants, en l’occurrence l’administration et ses partenaires ont tenu beaucoup de réunions pour mesurer la situation afin d’y apporter une solution adéquate et pour mobiliser d’autres intervenants telle que la Croix Rouge du Burundi. Il a été décidé de distribuer l’eau potable gratuitement dans les localités touchées par l’épidémie de choléra. Le délestage qui était pratiquée dans ces localités a été levé. Les agents de santé communautaire ont été vite mobilisés ainsi que les volontaires de la Croix Rouge. Une campagne de désinfection a été menée au niveau des ménages d’où provenaient les cas mais aussi dans les ménages environnants. Mais à cause de l’augmentation des cas de choléra, on a dû pulvériser tous les ménages de la zone Ndava. Après toutes ces actions, on a pu constater une diminution des cas de choléra depuis la semaine passée. En tout, 62 cas de choléra ont été constatés jusqu’à maintenant.
Des mesures complémentaires ont été prises
Un contrôle des ménages qui ne disposent pas de latrines adéquates a eu lieu. Des sanctions ont été envisagées pour les récalcitrants. Il a été aussi décidé la distribution des aquatabs, c’est-à-dire des comprimés pour purifier l’eau sans oublier la construction d’une unité de traitement au CDS de Ndava. Actuellement, les cas de choléra ne sont plus acheminés de l’eau au CDS Rugombo. Ils sont traités sur place, a indiqué Dr Ndayahoze. On l’a fait pour éviter la propagation de la maladie à d’autres localités qui ne sont pas encore touchées. Et cela pendant le transport des malades. On a aussi procédé à l’installation des bladers qui sont des réservoirs d’eau en plastique de 15 à 20 mille litres dans les zones à risque. Il y en a notamment à Ndava et à Rugombo. Nous sommes en saison sèche l’eau a tendance à manquer, a-t-il fait savoir

L’eau, une denrée rare à Cibitoke
Il existe un problème d’approvisionnement en eau dans la province de Cibitoke. Dans un ménage du chef-lieu de la province Cibitoke qu’un reporter de Burundi Eco a visité, on lui a affirmé qu’ils passent plusieurs jours sans eau courante. Parfois l’eau vient aux heures avancées de la nuit. Mais ces derniers jours, il n’y en a plus même aux heures avancées. La dame qui a accueilli le reporter et qui a tenu à garder l’anonymat lui a montré un robinet désespérément sec. Sous le robinet se trouvait un grand récipient vide. « Nous avons laissé le robinet ouvert pendant la nuit espérant que l’eau viendrait durant notre sommeil. Il n’y a même pas d’eau eu une goutte durant toute la nuit », a déploré la jeune dame. Dans les localités de Rugombo, Ruhagarika, Ndava, etc. c’est le même cas. L’eau est en quantité insuffisante. Probablement que c’est à cause de cela que le choléra sévit dans cette partie du pays.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres
Au chef-lieu de la province Cibitoke et aux environs, on utilise les eaux de la rivière Nyamagana qui ont la couleur rouge-marron. Le reporter de Burundi Eco a pu le constater quand il s’est rendu sur les rives de cette rivière qui contourne les localités de Cibitoke et Murambi entre autres. Plusieurs personnes étaient en train de remplir des récipients en amont tandis d’autres se lavaient en aval. Berchimans Harerima qui habite près du marché de Cibitoke était venu à vélo remplir 3 bidons de 20 litres à Nyamagana quand le reporter l’a abordé. Il a confirmé qu’il s’approvisionne régulièrement dans cette rivière parce qu’aux fontaines publiques, l’eau ne coule pas surtout pendant la saison sèche. «Le problème est qu’il y a des femmes qui lavent les couches de leurs bébés dans la rivière Nyamagana où on s’approvisionne en eau», a déclaré M. Harerimana. Il sait que ce n’est pas une eau propre qu’il puise, mais il a avoué ne pas avoir d’autres solutions. A Rugombo, c’est dans la rivière Nyakagunda que les familles qui n’ont pas d’eau potable s’approvisionnent. Celles qui ont des moyens recourent aux services des « dalistes », c’est-à-dire les taxis-vélo qui vont chercher l’eau propre là où il y en a. Un bidon coûte entre 200 et 300 FBu. Un « daliste » peut charger 5 bidons de 20 litres chacun. Il peut faire en moyenne 5 tours. Ce qui se situe entre 5000 et 7500 FBu par jour. Une manne qui fait le bonheur des taxis-vélo de Cibitoke.
Les autorités administratives à l’œuvre
Si les partenaires ne se bousculent pas pour résoudre le problème de manque d’eau potable, les autorités locales s’attèlent à chercher une solution. Joint au téléphone, Patrick Icoyitungiye, conseiller économique et social de l’administrateur communal de Rugombo a fait savoir qu’un projet dénommé « Réhabilitation-extension de l’addiction d’eau depuis Nyaruseke (commune Mugina) » est en cours de réalisation. Ce projet financé à hauteur d’1,2 milliards de FBu permettra d’alimenter plus de 7.000 mille ménages des communes Rugombo et Mugina en eau potable. Un début de solution pour résoudre le problème des maladies des mains sales qui est devenu récurrent dans cette province.
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