Samedi le 27 mars 2021 a eu lieu la finale de la compétition Isanganiro Award, 9ème édition. Ce challenge a été remporté par Jean Junior Mugisha connu sous le nom de scène Double Jay grâce à sa chanson « Nopfa ». Cette compétition musicale est organisée par la radio Isanganiro depuis 2010 dans l’optique de promouvoir la musique et les artistes burundais, mais le chemin est encore long pour atteindre la perfection
« Le métier d’artiste n’est pas considéré à sa juste valeur dans notre pays. En tant que radio, si nous optons pour la valorisation des chanteurs, cela fera du bien. Ces derniers peuvent vivre de leur passion. Ailleurs, la musique est enseignée même dans les universités et les artistes s’en sortent bien. Avec des diplômes à leur portée, ils jouent ce qu’ils maîtrisent. Mais chez nous, ils se débrouillent », fait savoir Sylvère Ntakarutimana, directeur de la radio Isanganiro, lors des cérémonies marquant la finale de la 9ème édition d’Isanganiro Award. Malgré tout, il est optimiste que les conditions de travail des artistes peuvent être améliorées beaucoup plus, même au Burundi. Un chanteur burundais peut vivre de sa musique quand il produit de belles chansons. Et pourtant, les artistes locaux en sont capables. Ce secteur mérite d’être promu en vue de soutenir encore plus les artistes. C’est dans cette optique que cette compétition musicale annuelle a été mise en place.

Bien que la compétition musicale Isanganiro Award participe à la promotion de la musique burundaise depuis une décennie, il y a toujours des défis à relever.
Excellent Nimubona, ancien journaliste à la radio Isanganiro va plus loin. Il est à la fois le concepteur et promoteur du projet Isanganiro Award. Pour lui, les principaux défis auxquels font face les artistes sont d’ordre structurel. Ils travaillent dans un environnement qui ne les comprend pas et qui ne les valorisent pas non plus. Malgré tout, un artiste est à la fois créateur, innovateur et concepteur. Pour matérialiser efficacement le trésor qui se trouve en lui, il faut toute une chaîne d’intervenants, entre autres les producteurs, les managers, les agents, les tourneurs, etc. Rares sont les artistes burundais qui disposent d’au moins un de ces intervenants. Ils travaillent en l’absence de tout cela. Pour y arriver, il faut une volonté politique pour garantir leur positionnement sur le plan national et international. Après plusieurs années d’analyse de ces défis qui hantent le monde de l’art et les artistes burundais, M. Nimubona a pensé à créer un cadre de promotion des acteurs de ce secteur. Donc Isanganiro Award est né de la dynamique d’autonomisation socio-économique et d’engagement communautaire des artistes.
La loi sur les droits d’auteur, un atout
Bien qu’il y ait toujours des défis à relever, des avancées à reconnaître ne manquent pas. Premièrement, M. Nimubona salue l’existence de la loi sur les droits d’auteur et la mise en place de l’Office Burundais des Droits d’Auteurs (OBDA). En plus de cela, pas mal de décideurs politiques et économiques ont compris et appuient à titre individuel certaines initiatives des artistes. Malgré tout, le chemin est encore long pour atteindre la perfection.
Pour y remédier, M. Nimubona sensibilise les décideurs, car il estime que ces derniers ignorent le manque à gagner que le pays enregistre par le fait de ne pas investir dans le domaine culturel. « J’espère que nos dirigeants vont commencer à réaliser que le domaine artistique est une opportunité d’affaire à saisir comme tant d’autres. Il est temps qu’on y investisse pour que l’artiste burundais vive de son métier et que son pays tire l’épingle du jeu », estime-t-il.
Le rôle de l’Etat est indéniable
« L’Etat doit valoriser l’artiste en mettant en place une politique culturelle actualisée et impliquer les acteurs culturels dans sa mise en application. Une fois que cela est fait, les privés ne feront que s’y joindre, car ils verront les avantages leur confère la collaboration avec les artistes. Un privé ne peut pas appuyer les artistes tant qu’il ne voit pas son intérêt là-dedans », précise M. Nimubona. Il ajoute qu’un artiste qui travaille dans de meilleures conditions est une entreprise à part entière. Après quoi sa valeur ajoutée dans l’assiette fiscale sera évidente, car la chaîne de valeur si haut évoquée est synonyme de création d’emploi. Les œuvres de l’artiste et son image étant les produits de cette entreprise, ils seront consommés d’une manière ou d’une autre. Ce qui génère des revenus à l’entreprise elle-même et qui contribuent au renflouement des caisses de l’Etat. Même si la compétition Isanganiro Award vise à soutenir les artistes burundais, cette 9ème édition est en quelque sorte controversée.
Au lendemain de cette finale d’Isanganiro Award, les membres du jury ont adressé une lettre à la direction de la radio Isanganiro où ils expriment leur déception par rapport à l’organisation de cette compétition. Ils dénoncent l’ingérence du comité d’organisation dans la proclamation des résultats.
Dans une correspondance sortie ce 1er avril, Sylvère Ntakarutimana, directeur de la radio Isanganiro a réagi. Selon Ntakarutimana, le jury avait été chargé d’attribuer 50% selon les critères de délibération préétablis par les organisateurs. 30% revenaient au vote par SMS tandis que le vote sur les réseaux sociaux était côté à 20% de points. «Nous vous avions chargé uniquement d’attribuer des points. L’addition des voix et la proclamation revenait à la radio Isanganiro», précise Ntakarutimana dans sa correspondance tout en promettant aux membres du jury que l’accès à tout le résultat du vote leur est garanti pour vérification.
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