Les produits comme les jus de fruit, les farines fortifiées, les vins, etc. foisonnent sur le marché local. Le secteur agro-alimentaire attire toutes les convoitises à cause de l’abondance des matières premières. Cependant, les compétences de l’organe de certification ne suivent pas le même rythme. Par conséquent, les industriels éprouvent d’énormes difficultés pour écouler leurs produits
Le secteur agro-industriel a connu des avancées spectaculaires au cours des cinq dernières années. Les unités de transformation agro-alimentaire prolifèrent un peu partout sur le territoire national. Comme la plupart des unités de transformation travaillent artisanalement, de nombreux produits non certifiés se retrouvent sur le marché. Les autorités dénoncent les mauvaises conditions de production dans certaines unités de transformation surtout artisanales. Pour ce faire, la qualité des produits issus de l’agro-industrie est remise en cause en l’absence de certification.
Pour y avoir plus clair, Burundi Eco a visité la société Modern Dairy Burundi et l’unité de transformation de la Coopérative Hope for Jobless (COHOJO).
La fabrication industrielle vs transformation artisanale
La société Modern Dairy Burundi (MDB) s’en sort plutôt bien. La laiterie moderne MBD intervient dans le conditionnement du lait. Des centres de collecte à la laiterie, le transport du lait est assuré par des camions citernes isothermiques pour maintenir le lait à une température constante, décrit M. Alexis Nihabimpundu, superviseur de production chez Modern Dairy Burundi. De la réception du lait cru au conditionnement, le processus se réalise sur des lignes automatiques. La pasteurisation et la stérilisation du lait se font à l’aide des équipements de pointe. Il n’y a aucun contact entre les produits laitiers et les opérateurs. Le procédé de transformation du lait est basé sur le traitement à très haute température (Ultra High Température UHT) Et le conditionnement du lait se fait dans des emballages en papier aluminium aseptiques (désinfectés). L’hygiène est une règle d’or dans cette société, a-t-on constaté.

Les produits Natura sont doublement certifiés. Au niveau national, la société Modern Dairy Burundi dispose d’un certificat de conformité aux normes de qualité délivrée par le Bureau Burundais de Normalisation et contrôle de la qualité. Parallèlement, la société a déjà décroché un certificat international Iso 22000, se réjouit Nihabimpundu.
La coopérative Hope for Jobless (COHOJO) en sigle fabrique 9 sortes de jus à partir du maracuja, du gingembre, des bananes, etc. La fabrication reste semi-industrielle et rudimentaire. Le gros du travail est opéré manuellement. A titre illustratif, pour fabriquer le jus de gingembre très prisé par les consommateurs, les membres de la COHOJO utilisent la méthode d’infusion. « Pour commencer, les tubercules de gingembre sont lavés à l’eau puis épluchées. Ensuite on laisse bouillir les tubercules de gingembre broyées. Après refroidissement, le mélange est filtré avant d’être embouteillé », détaille M. Léopold Ndabarushimana, technicien à l’unité de transformation de la COHOJO. Les initiateurs de la COHOJO affirment qu’ils ont déjà envoyés des échantillons au BBN et que des visites conjointes ont été effectuées à maintes reprises par les experts du BBN et les agents de l’API. Ils ont déjà décroché trois certificats de conformité aux normes de qualité et attendent impatiemment que le BBN se prononce pour les autres produits.
Pourquoi des retards dans la certification des produits ?
Les industriels doutent des compétences du Bureau Burundais de Normalisation et de contrôle de la qualité (BBN). Ils reprochent à cet organe de trainer les pieds dans l’octroi des certificats. Ce qui ralentit leurs activités. « Normalement, le dossier ne doit pas dépasser deux mois car il y a des analyses microbiologiques qui prennent deux ou trois semaines. Là, il faut attendre les résultats pour que l’interprétation soit effective », indique Jean Claude Nderiyimana, responsable de la division documentation et information sur les normes au BBN.
Ce technicien reconnait que le BBN n’a pas tous les équipements pour pouvoir tester tous les paramètres. Dans ce cas, on fait recours à la sous-traitance dans d’autres laboratoires. Le manque de locomotion pour prendre les échantillons là où il faut limite les activités du BBN. De surcroît, les ressources humaines ne sont pas suffisantes pour répondre favorablement en temps réel aux doléances des clients. Ce cadre du BBN demande au gouvernement de renforcer les capacités du personnel du BBN. Selon Ndereyimana, pour booster l’économie du pays, le gouvernement devrait bien équiper le BBN. De plus, cette institution a besoin de moyens financiers suffisants pour bien accomplir sa mission.
L’absence de certification limite l’industrie locale
Les membres de la coopérative COHOJO ont fait savoir que la certification handicape l’épanouissement de leur unité. « Nous avons des clients en provenance de la République Démocratique du Congo et locaux qui ont apprécié nos produits. Malheureusement, nous ne pouvons pas répondre à leurs doléances à cause de l’absence de certification », s’indigne M. Gaspard Ngenzahayo, un des responsables de la COHOJO. Pour le moment, ils se contentent de produire de petites quantités pour maintenir leur unité de transformation fonctionnel.

Un autre gestionnaire d’une unité de transformation qui a requis l’anonymat déplore un climat d’affaires qui reste fermé. Il estime que la certification le freine dans son élan. « J’ai introduit mon dossier de demande de certification il y a deux ans, mais les lignes ne bougent pas. J’ai même demandé l’autorisation de faire certifier mes produits par les autres organes de certification sous-régionales mais en vain », déplore cet entrepreneur. Il menace de délocaliser son unité de transformation dans les autres pays limitrophes où l’environnement des affaires est favorable. Pour le cas des produits certifiés par BBN mais qui ne franchissent pas les frontières , explique un cadre du BBN, cela est dû au fait qu’ils sont certifiés sur base des normes nationales. « Pour qu’un produit soit commercialisé dans la sous-région, il doit être répondre aux normes de la sous-région. Il en est de même pour écouler les produits au niveau international », justifie-t-il.
Comment certifier ses produits ?
Le directeur général de l’Industrie fait savoir qu’avant d’implanter une unité de transformation, il faut une autorisation préalable du ministère en charge de l’industrie. L’entrepreneur adresse une correspondance au ministère en charge de l’industrie pour demander une autorisation d’implémentation. Après analyse du dossier, le requérant bénéficie d’une autorisation provisoire valable pour une année. Cela lui permet de produire des échantillons à soumettre aux analyses du BBN. Si le BBN atteste que ses produits sont conformes aux normes standards. L’entrepreneur retourne au ministère de l’Industrie pour avoir une autorisation définitive.
Quant aux limites de certification du BBN, le directeur général de l’industrie s’en défend. « Si on saisissait l’importance de la certification, on devrait arrêter tout pour résoudre les problèmes que le BBN connait (le manque d’équipements, main d’œuvre non qualifiée) », dit-il. Le directeur général de l’Industrie n’y va pas par quatre chemins : « Nous produisons et les produits ne sortiront jamais de notre pays pour être écoulés à l’extérieur ».
La certification n’est pas une fatalité
Pour redresser la situation, tout le monde doit être sensibilisé sur le rôle de la certification. Les industriels doivent veiller à la qualité de leurs produits. « La certification n’est pas du tout une contrainte, mais c’est l’intérêt des industriels de faire certifier leurs produits », estime le directeur général de l’Industrie. Tout le monde doit être sensibilisé sur le fait qu’un produit non certifié ne peut pas être mis sur le marché et être de surcroit compétitif, renchérit le directeur général.
L’autorité publique ne va pas dans les industries et/ou les unités de transformation comme un policier pour cerner mais plutôt pour encadrer les activités des industriels, rassure le directeur général. Elle privilégie une approche participative qui tend à instaurer un climat de confiance entre les différents partenaires. « Petit à petit, les entrepreneurs comprendront la nécessité d’améliorer les conditions de production, et partant, de se conformer aux normes standards », espère-t-il.
En ce qui concerne les défis liés à la certification, une lueur d’espoir se profile à l’horizon. L’Union Européenne finance un programme d’accès au marché dénommé Market Access Upgrade Program (MARKUP) dont le Burundi est bénéficiaire. Le programme vise notamment le renforcement des capacités des agents du BBN et l’équipement de cet organe de certification. En ce sens, un atelier de formation sur les normes standards de certification à a été organisée en avril dernier à l’endroit des officiels des organismes de certification, à savoir : le Bureau Burundais de Normalisation et de contrôle de qualité (BBN), le Centre National de Technologies Agroalimentaires (CNTA) et l’Agence de Régulation de la Filière Café (ARFIC).
Cet article a été produit dans le cadre du concours « Tuyage » du projet dénommé TUYAGE initié par l’Agence des Etats-Unis d’Amérique pour l’Aide au Développement (USAID) mise en œuvre par l’ONG Search for Common Ground et les médias partenaires.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.