En marge d’une séance de formation sur la critique cinématographique organisée par l’Institut Français du Burundi (IFB) et le FESTICAB, Burundi Eco a pu s’entretenir avec le journaliste culturel béninois Espéra Donouvossi sur l’état du cinéma africain. S’il a encore des lacunes et des défis à relever, le marché du cinéma africain a un avenir prometteur. Mais encore faut-il bien l’organiser pour en tirer la meilleure partie
« Nous avons un cinéma africain qui se porte bien contrairement à certaines analyses des uns et des autres. Certes il a un potentiel inexploité, mais il est porté par une jeunesse qui a une soif immense de créer. De par sa culture très riche, son art et sa beauté, le continent africain constitue une source intarissable pour la création cinématographique. En Afrique, on a encore besoin de parler de nos histoires, de notre culture, de nos vies et de notre avenir. C’est pour cela que le cinéma africain a de beaux jours devant lui », a indiqué Espéra Donouvossi, spécialiste en politique culturelle et critique de cinéma.

Des atouts, mais aussi des défis
Si le cinéma africain possède des atouts en ce qui concerne le potentiel et la source d’inspiration que le critique de cinéma a bien mis en évidence, il fait face aussi à quelques difficultés. Comme toute entreprise humaine, il n’est pas parfait. Il a besoin d’être organisé. Malgré sa source intarissable et de jeunes cinéastes dynamiques grouillant d’idées intéressantes du point de vue artistique, il subsiste encore quelques lacunes qui devraient être comblées. Il s’agit entre autres de la production et de la distribution qui constituent des défis majeurs que le cinéma africain devra relever tôt ou tard pour pouvoir atteindre le niveau des autres cinémas. Donouvossi a fait remarquer que les compétences de certains ne sont pas encore consolidées. Pour cela, il faut des écoles de cinéma et des centres de formation pour leur apporter les capacités nécessaires. Il faut que les jeunes qui veulent faire du cinéma aillent à l’école pour apprendre les techniques du cinéma moderne. Il y a aussi le besoin de trouver des moyens pour le distribuer. A ce propos, le critique de cinéma Donouvossi a rappelé qu’en Afrique, il y a un manque criant de salles de cinéma.
Un marché prometteur
L’Africain est un grand consommateur de cinéma. Il consomme des films qui proviennent de l’étranger. Heureusement que certaines productions cinématographiques africaines commencent à s’imposer sur le continent. Avec Nollywood, malgré ses insuffisances techniques ou artistiques, le Nigéria constitue un bon exemple. Le circuit de distribution existe déjà. Il faut que les maisons de distribution arrivent à l’exploiter correctement. Les films Hollywoodiens sont largement consommés dans presque tous les pays africains. S’ils y arrivent, les producteurs africains devraient y arriver aussi. Les cinéastes africains existent et participent avec succès à des festivals internationaux. Le hic est que les films qu’ils produisent sont visionnés ailleurs et pas en Afrique à cause des droits d’auteur que les producteurs cèdent aux maisons de distribution. C’est pour cela que le cinéma africain reste dans le circuit des festivals. Ceci étant dit, le marché africain de consommation du cinéma est disponible. Il faut savoir l’exploiter.
Il faut investir dans le cinéma
Il n’y a pas beaucoup d’écoles de cinéma en Afrique. M. Donouvossi a affirmé que le continent africain ne compte pas plus de 10 écoles de cinéma dont celle du Burkina Faso. Il faut une politique culturelle claire et précise en ce qui concerne le cinéma. Ceux qui ont des moyens devraient pouvoir investir dans ce domaine. Mais comme l’a souligné le critique Donouvossi, on ne va pas attendre une école de cinéma pour commencer à travailler. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication offrent un certain accès aux connaissances dans ce domaine. Les jeunes cinéastes ou aspirants peuvent se former en ligne pour acquérir les techniques du cinéma moderne. Si le cinéma africain a de beaux jours devant lui, il faut que les jeunes pensent à développer la créativité. Ce n’est pas en restant les bras croisés que les choses vont bouger. Si on ne fait rien, les productions cinématographiques étrangères vont continuer à envahir le marché africain comme c’est le cas aujourd’hui. Le critique de cinéma ci-haut cité trouve que le cinéma n’est plus seulement un produit culturel. C’est devenu un outil de développement mais aussi de diplomatie, selon lui. D’où les pays africains ont tout intérêt à encadrer et à organiser ce secteur.
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