Le Centre National d’Appareillage et de Rééducation (CNAR) de Gitega, un établissement que l’Etat a mis en place pour venir en aide aux personnes handicapées, une mission noble en soi, connait des difficultés de plusieurs ordres. S’il continue à s’acquitter de ses obligations, son avenir est incertain alors qu’il est le seul organe public à œuvrer dans ce domaine. Si rien n’est fait, les personnes de conditions modestes qui sont nombreux à recourir à ses services subiront des conséquences

Le CNAR tel qu’il est connu maintenant est né en 1986. Avant, il était appelé Centre pour Personnes Handicapées. Au début, c’était une section de kinésithérapie de l’hôpital de Gitega. L’idée est venue d’une none du nom de Sr Marcelle de la congrégation des Bene Theresa. Elle était handicapée de son état. Elle s’est rendue en Espagne pour faire soigner son handicap et a suivi une formation en kinésithérapie. Après sa formation, elle est rentrée travailler à l’hôpital de Gitega au service de kinésithérapie, précurseur du CNAR. Il y avait beaucoup de cas de poliomyélite et de lèpre à l’époque, se souvient Anicet Nibaruta, kinésithérapeute et employé de longue date du CNAR de Gitega. Il y avait la nécessité de se doter d’un centre de kinésithérapie et d’appareillage pour aider ceux qui souffraient de la polio et de la lèpre mais aussi d’hémiplégie et des cas d’accident. C’est grâce à Sr Marcelle, à la collaboration entre l’hôpital de Gitega et sa congrégation que ce centre a vu le jour avec le soutien de l’ONG Terre des Hommes a indiqué Nibaruta. Actuellement, le CNAR ne dépend plus de l’hôpital de Gitega. Le gouvernement de Jean-Baptiste Bagaza a décidé par la suite d’en faire un centre à part entière. C’est ainsi qu’il y a eu des membres du personnel qui sont parties suivre une formation en Espagne en kinésithérapie et en orthopédie.
Depuis sa création, le CNAR a aidé 17.834 adultes et 15.635 enfants
Le centre continue à venir en aide aux personnes en situation d’handicap. Ceux qui souffrent des problèmes de muscles et d’os reçoivent des soins appropriés. Sans oublier les hémiplégiques, ceux qui souffrent du mal de dos, etc. Si actuellement beaucoup d’hôpitaux se sont dotés d’un service de kinésithérapie, très peu proposent des soins à moindre coût et rares sont ceux qui possèdent un centre d’appareillage où on fabrique des prothèses et des orthèses. Le centre fabrique aussi des tricycles qui aident les gens à mobilité réduite. « En 2018, le CNAR a accueilli 3.415 patients. Du 1er au 26 juillet, 249 enfants et 70 adultes ont bénéficié de ses services. Depuis sa création, le CNAR a aidé 17.834 adultes et 15.635 enfants », a déclaré M. Nibaruta pour souligner l’importance cruciale du centre pour les personnes en situation d’handicap. En plus du service d’appareillage, il y a celui de chirurgie et celui d’hébergement. Il faut préciser que le centre offre ses services presque gratuitement car, par essence, les personnes en situation d’handicap sont très vulnérables sur plusieurs plans. Les services pour les enfants de moins de cinq ans sont gratuits. Ceux qui sont âgés de plus de cinq ans paient, mais les prix sont très bas pour permettre aux nécessiteux de se faire soigner. L’hébergement coûte 2000 FBu par jour, mais il y en a qui ne peuvent même pas payer cette modique somme. Ceux qui sont en situation d’extrême vulnérabilité sont soignés gratuitement. Le CNAR emploie 78 personnes. En plus des salaires, la dotation mensuelle de l’Etat est de 1.700.000 FBu. C’est trop peu par rapport aux besoins du centre, a fait savoir Apollinaire Ndikumana, un des employés du centre.
Le CNAR fait face aux défis de plusieurs ordres
Le centre fait face au problème de matériel et de matières premières qui sont de plus en plus chers et difficiles à trouver. Les partenaires qui lui venaient en aide comme Handicap International se sont retirés. Les agents qui avaient suivi une formation de qualité sont vieux ou morts. Très peu sont remplacés. A cause des salaires qui sont trop bas, ceux qui ont été formés préfèrent aller travailler ailleurs. En outre, il y a des problèmes d’ordre administratif. A titre d’exemple, la Carte d’Assurance Maladie (CAM) n’est pas valable au CNAR à cause d’un problème d’aire de responsable et de paquet minimum d’activités qui fixent les compétences du centre, les limites et la répartition des soins couverts par cette carte. En plus de cela, depuis 1986, le CNAR n’est plus rattaché au ministère de la Santé. Il a été intégré au ministère ayant en charge de l’action sociale dans ses attributions qui a changé de nom avec le temps. Maintenant, il est sous la tutelle du ministère des Droits de la Personne Humaine, des Affaires Sociales et du Genre. Cela a des conséquences car le gouvernement a décidé depuis quelques années que seuls les ministères de la Santé et de l’Education peuvent recruter. Le CNAR qui a pourtant une vocation médicale ne peut plus embaucher. Bien plus, du fait qu’il n’est plus rattaché au ministère de la Santé, son personnel ne bénéficie plus des primes et autres avantages du personnel de ce ministère.
52 millions de FBu de dette, une épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête du CNAR
On l’a dit plus haut, en plus d’être chers le matériel et les matières premières utilisés par le CNAR sont importés. A une équipe de journalistes venus visités le centre, son directeur, M. Omer Habimana a indiqué qu’une cargaison de matériel du centre était retenue à l’aéroport international Melchior Ndadaye à Bujumbura à cause d’un problème de dédouanement. En plus de cela, le CNAR a été mis en demeure par la Regideso pour une dette de plus de 52 millions de FBu de fourniture d’eau et d’électricité. Une véritable épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête du CNAR. Or, les machines que le centre utilise sont énergivores. Certaines consomment plus de 400 Volts. Il faut que l’Etat paie cette somme. Au cas contraire, ce sont les nécessiteux qui pâtiront des conséquences. On l’aura compris, le CNAR est d’une importance primordiale pour les personnes en situation d’handicap de conditions modestes. Le pays a le devoir de traiter généreusement et avec respect les personnes vulnérables. Pour le bien de ces personnes, il ne faut pas remettre à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui.
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