Commerce

Le sucre : Même importé il reste toujours introuvable

Malgré l’augmentation du prix du sucre, le pays connait toujours une nième pénurie de ce produit. Même avec la libéralisation de l’importation, la demande est toujours insatisfaite. L’incapacité de la SOSUMO à satisfaire le marché est plus qu’évidente, mais surtout la distribution et la commercialisation de la quantité disponible présentent certaines zones d’ombre

En considérant les chiffres donnés sur les besoins annuels en sucre, la production locale, les importations et les exportations, le pays aurait connu un excédant de plus de 28 mille tonnes en 2022.

 

Officiellement, un kilo de sucre coûte 3300 FBu. Mais, il se vend comme la drogue. Dans les boutiques des quartiers de capitale économique, c’est un miracle de trouver ce produit. S’il y en a, les boutiquiers refusent de vendre par kilo, mais détaillent le kilo en terme de cuillères ou vendent le Kilo entre 5000 ou 10 000 FBu selon les quartiers. Ou encore Une fois qu’on en trouve, le prix varie entre 2 500 FBu et 3 000 FBu par kg et les boutiquiers exigent aux clients d’acheter un autre article pour en avoir. Les ménages, surtout ceux qui ont des enfants en bas âge en souffrent énormément.

« J’ai été contrainte d’apprendre à mes enfants à substituer le thé ou la bouillie du matin par d’autres aliments comme la banane cuite assaisonnée (« agatoke »). Je ne pouvais pas m’en sortir avec le sucre détaillé par cuillère. Le sucre de 1 000 FBu ne pouvait même pas suffire pour un seul petit déjeuner », témoigne une maman de Kanyosha.

Le sucre est devenu une denrée rare au point que des institutions s’engagent à faire des commandes directement à la SOSUMO pour leurs employés.

Le 16 août, trois ministres du gouvernement (celui de l’Intérieur, celle du Commerce et celui des Finances) étaient invités à une séance de questions orales au Sénat. Hausse des prix, rareté de certains produits sur le marché, recul de l’activité commerciale, fraude ou vol du sucre ont occupés le gros des questions. Dans cette séance, les sénateurs n’y sont pas allés par quatre chemins et ont plaidé pour la cause de la population. On pouvait comprendre que la population qu’ils représentent est à bout de souffle en ce qui concerne l’accès à ce produit.

Un « ça ne va pas » dans la distribution du sucre

 Avec la rareté de certains produits stratégiques dont le sucre sur le marché, l’administration locale a été amenée à rehausser la vigilance dans leur commercialisation suite aux cas de spéculations qui se sont maintes fois manifestés. Plus d’une fois, les administratifs, la police et les grossistes ont été accusé d’être impliqués dans cette spéculation. Soit les grossistes sont accusés d’être en même temps des détaillants ou encore de stocker de grosses quantités pour les vendre plus chères par après une fois que ce produit serait rare.

 On se souviendra de la société ’’Family Dan and Stacy’’ de la 1ère vice-présidente du Sénat de l’époque, Spès-Caritas Njebarikanuye, qui a été supprimée de la liste des distributeurs du sucre en septembre 2021 ou encore de la quantité de plus de 3 tonnes de sucre saisies à Rumonge.

Récemment, Rénovat Sindayihebura, a été suspendu de ses fonctions d’administrateur de la commune Mukaza. « Il s’est caractérisé par le manque de suivi dans commercialisation des produits de première nécessité destinés à la population de sa circonscription », lit-on dans l’ordonnance ministérielle le suspendant. Cela après que 15 tonnes de sucre qui étaient destinés à la commune Mukaza se soient volatilisées. On citera aussi Dismas Nsavyimana, suspendu de ses fonctions d’administrateur communal de Busoni suite aux cas de vols de sucre dans sa commune.

« Harmonisez le prix mais tenez toujours compte des coûts de transports »

 Depuis la hausse du prix du sucre, certains grossistes ont refusé d’aller s’approvisionner à la Sosumo. C’est le cas de la province Kayanza où le gouverneur de cette province a informé que depuis que les nouveaux prix du sucre ont été rendus publics, aucun grossiste n’amène plus ce produit dans la province. Pour cause, l’administration les oblige à vendre prix officiel alors qu’ils affirment travailler à perte suite aux coûts de transport engagés lors d’approvisionnement.

Le souci des commerçants du sucre est partagé par la sénatrice Benoîte Nizigiyimana qui justifie que certes les commerçants des communes éloignées vont respecter les prix fixés par crainte d’être appréhendés par la police mais vont essayer de récupérer autrement.

« C’est ainsi qu’on va trouver qu’il y aura des grammes de moins pour chaque kilogramme acheté par le consommateur. Le commerçant essayera de récupérer les coûts de transport engagés sur ces grammes », explique la sénatrice Nizigiyimana.

Et Emmanuel Sinzohagera, président du Sénat de demander au ministre : « …Nous reconnaissons que le gouvernement a le souci de combattre la spéculation sur ces produits stratégiques mais, si nous n’y prêtons pas attention, ces produits risquent d’être commercialisés comme la drogue. Nous vous demandons Mme la ministre d’essayer de faire comme pour le carburant…Que les prix soient fixés en fonction de l’éloignement du point d’approvisionnement »

 Les chiffres en disent long

 Selon les statistiques mises à disposition par la Banque de la République du Burundi, la plus faible production que la SOSUMO ait connue est celle de 1988 avec 4658 tonnes, la plus grande est celle de 2013 avec une quantité de 25821 tonnes.

Quant aux importations, elles n’ont cessé d’augmenter d’une façon exponentielle même dans les périodes où importer le sucre n’était réservé qu’à la SOSUMO. Elles sont passées de 13 564, 5 tonnes en 2010 à à 45 022 tonnes en 2022)

C’est au moment où la BRB fait état de 50,5 tonnes exportés en 2022 alors que pour les 3 années précédentes, les exportations du sucre représentaient moins d’une tonne.

Où va la quantité du sucre importé ? 

Dans le compte rendu du conseil des ministres du 7 juin 2023, on lit : « La SOSUMO produit chaque année une quantité de sucre qui oscille autour de 20 000 tonnes. Cette quantité reste insuffisante par rapport à la demande locale car les besoins annuels en sucre sont estimés à 36 000 tonnes et ne cessent d’augmenter. En vue de satisfaire la demande locale en sucre, la SOSUMO fait recours à l’importation du sucre pour compléter sa production ».

En se basant sur ce compte rendu et en considérant que pour l’année 2022, la production intérieure est de 19 479 tonnes, que le pays a importé 45 022 tonnes et qu’il a exporté 50,5 tonnes (données de la BRB), il  aurait eu un excédent de sucre de 28 500 tonnes. Au premier semestre (de janvier à juin) de l’année 2023, plus de 16 000 tonnes (chiffres fournis par la BRB) ont été déjà importés. A noter que, la campagne sucrière commence en mai et que les récoltes de sucre inondent le marché soit de juin à novembre soit de juillet à décembre de chaque année.  Avec les quantités produites par la SOSUMO, ajoutées aux celles importées, il devait y avoir un léger mieux, au moins au deuxième semestre de l’année.

La question que n’importe qui pourrait se poser est de savoir où va toute cette quantité importée. Pourquoi, les effets de cette augmentation des importations ne se font pas sentir sur le terrain.  Une question qui n’est pas facile à répondre d’autant plus qu’aucune étude n’est menée pour s’enquérir des besoins du marché et comparer la quantité disponible et la quantité demandée.

Le marché n’est pas bien étudié

 A la création de la SOSUMO, la population du Burundi était évaluée à 5 millions d’habitants. Le constant est qu’aujourd’hui, elle est incapable de satisfaire la demande locale. Quant à la population, elle connaîtra une croissance exponentielle. Elle est estimée à 12 millions d’habitants actuellement, alors que la production de la SOSUMO stagne toujours autour d’une vingtaine de milliers de tonnes voire moins. Les unités de production utilisant le sucre comme matière première ont sensiblement augmenté ces dernières années. Pour en faire une idée, il suffit de s’acquérir d’une centaine de boissons certifiées par le Bureau Burundais de Normalisation (BBN). La demande n’est plus domestique mais industriels. Le marché est devenu grand, trop grand. Les organes dirigeants de la Sosumo n’ont pas su anticiper cette augmentation de la demande à temps.

Elle vend sa production sans réellement connaître la taille du marché.

Pourtant, la SOSUMO se porte bien mais nécessite une extension

 Au moment où la performance des entreprises étatiques et para-étatiques est remise en cause par leurs états financiers, le cas n’est pas identique, pour la SOSUMO. Aujourd’hui, le capital de la SOSUMO est reparti comme suit : Etat du Burundi (99%), Brarudi (0,5%) et ECOBANK (0,5%).

Certes en 2010, cette sucrerie a failli mettre les clés sous la porte après des années de mauvaise gestion. Elle parviendra à garder la tête hors de l’eau grâce à l’intervention de feu Audace Bukuru, un banquier qui fut nommé à sa tête. Le rapport annuel de 2016-2017 de la SOSUMO, le dernier en date d’ailleurs fait état d’un résultat net en augmentation par rapport à l’année qui précédait. Il est passé de 2.820.254.816 FBu à 7.385.475.320 FBu.

Toutefois, soucieux de redynamiser la Sosumo, l’Etat Burundais a entrepris plusieurs actions pour tenter de maintenir la société en équilibre. Dans son communiqué du mercredi 07 avril 2021, le conseil des ministres a dévoilé le coût de l’investissement qu’il faut pour la mise en exécution de ce projet. Sur fond de l’étendue des actions à mener, le gouvernement a promis de débloquer une somme de 132 189 556 593 FBu. Dans les prévisions de l’Etat comme indiqué dans le communiqué, 105 993 994 078 FBu seront affectés à la réhabilitation et à la modernisation- extension de l’usine alors que 26 195 562 515 FBu iront au projet d’implantation d’une distillerie.

A propos de l'auteur

Dona Fabiola Ruzagiriza.

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