Au moment où la période des pluies s’annonce à grande vitesse, les habitants des quartiers Gatunguru, Gahahe et Carama vivent la peur au ventre suite à la menace que fait peser sur eux la rivière Gasenyi. Construites depuis 2018, les canalisations de cette rivière ont été emportées par les eaux de pluie. Ils craignent des inondations éventuelles et appellent au secours

Les riverains de la rivière Gasenyi demandent qu’elle soit canalisée de nouveaux en corrigeant les erreurs qui se sont produites auparavant.
Vendredi le 28 octobre 2022, il est midi pile. Nous débarquons à proximité de la canalisation de la rivière Gasenyi séparant les quartiers Gatunguru et Gahahe de la commune Mutimbuzi dans la province de Bujumbura. Au niveau du petit pont, on aperçoit une marée de gens. Des hommes qui collectent du sable, du gravier et des pierres dans la rivière Gasenyi. Ceux-ci sont apportés par les eaux provenant des montagnes en amont de la RN1. D’autres dont plusieurs femmes sont entrain de casser les pierres collectées pour obtenir du gravier. Des camions bennes font des tours sur place pour charger ces matériaux de construction. Un business prolifique pour certains. A cet endroit se trouve un petit centre commercial en ébullition. Des vendeurs de canne à sucre, d’avocats, de bananes mûres, d’arachides… se la coulent douce. De petits restaurants, des boutiques y foisonnent.
Une menace réelle
Au moment où la rivière Gasenyi se présente comme du pain béni pour les vendeurs des matériaux de construction, elle est un réel danger pour les habitants de Gatunguru, Gahahe et Carama. Pendant cette période où la saison des pluies s’annonce à grande vitesse, ces habitants vivent la peur au ventre. Ils ont peur d’être envahis par les eaux de la rivière Gasenyi. Construites en 2018, les canalisations de cette rivière n’ont duré que le temps de la rosée. Les berges et le lit de la rivière Gasenyi ont été démolies par les eaux de pluie et les objets de tous calibres en provenance des montagnes en amont de la RN1.
Cette situation inquiète les riverains. Ils craignent que les inondations qui se sont produites dans les années passées puissent ressurgir. «S’il pleut, nous craignons d’être emportés par les eaux de pluie. Il n’y a rien qui nous protège actuellement. En cas de débordement des eaux de la rivière Gasenyi, nous risquons d’être inondés», alertent Claude Nduwayo, habitant de Gatunguru. «Quand il pleut la nuit, nous nous réveillons de peur de se retrouver dans l’eau», ajoute Francine Nahayo, un autre habitant de la localité. Les riverains dénoncent que les travaux de canalisation de cette rivière ont été mal réalisés. Ils demandent que la rivière soit canalisée de nouveaux en corrigeant les erreurs qui se sont produites auparavant.
Le bassin d’écrêtement construit à Carama pour atténuer la vitesse des eaux de la rivière semble ne pas être à l’abri de ce phénomène. L’infrastructure en soi présente des fissures. En plus, après quelques précipitations, une grande partie est déjà occupée par la boue que les travailleurs de l’OBUHA tentent d’extraire.
L’absence des travaux de canalisation de cette rivière en amont de la RN1, la principale cause ?
« L’absence des travaux de canalisation en amont de la RN1 est la principale cause des dégâts observés », précisait en 2020, Gordien Hakizimana, directeur technique de l’ABUTIP dans les colonnes du Journal Iwacu. Il fallait travailler en mont d’abord puis en aval de la rivière Gasenyi. Mais seuls les travaux en aval ont été réalisés ».
Pour rappel, les travaux de canalisation de la rivière Gasenyi ont été faites dans le cadre du « Projet d’urgence pour la résilience des infrastructures(PURI) sous le financement de la Banque Mondiale via l’Agence Burundaise pour la réalisation des Travaux d’Intérêt Public (ABUTIP). C’était après les inondations de 2014 qui ont occasionné des dégâts humains et matériels dans les quartiers de la commune Mutimbuzi et de la commune Ntahangwa en mairie de Bujumbura.
Ces travaux ont été réalisés grâce à un don de plus de 10 millions de dollars de l’Association Internationale de Développement (IDA). Plus de trois entreprises de construction se partageaient la réalisation desdits travaux.
L’Union Européenne avait accepté d’accorder un don de 7 millions de USD pour les travaux en amont de la rivière Gasenyi, mais le montant n’a pas été débloqué suite au gel de l’aide de 2015. Le conseil des ministres du 15 juin 2022 a sommé l’ABURIP de clôturer définitivement ses activités. L’agence en question a huit contentieux sur lesquels la justice s’est déjà prononcée et a été condamnée à payer un montant de plus de 2 milliards de FBu.
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