Le flétrissement bactérien du bananier dénommé Banana Xanthomonas Wilt (BXW) constitue un casse-cou pour les agriculteurs. La production baisse. Burundi Eco fait le point sur le danger que présente cette maladie, le taux d’incidence, les symptômes et les stratégies de lutte contre cette maladie dans la province de Muyinga. Il revient aussi sur d’autres maladies des plantes et insectes ravageurs qui sont à l’ origine de la disparition de certaines cultures au Burundi

Jean Claude Mbarushimana, inspecteur phytosanitaire au BPEAE Muyinga: «Depuis qu’on a adopté la technique dénommée SDSR, les résultats dans la lutte contre le BXW sont satisfaisants»
Le Banana Xanthomonas Wilt (BXW) ou simplement le flétrissement bactérien du bananier est une maladie bactérienne dévastatrice qui menace la production de bananes au Burundi, indique Jean Claude Mbarushimana, inspecteur phytosanitaire au Bureau Provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage (BPEAE) de Muyinga. Présente dans le pays depuis 2010, BXW continue à menacer la sécurité alimentaire des ménages ruraux vulnérables pour lesquels la banane est une source majeure d’alimentation et de revenu. Il affecte toutes les variétés de bananier et il n’y a pas de remède connu ou une variété de bananier qui résiste à cette maladie.
Des stratégies pour prévenir la maladie
Selon Mbarushimana, un paquet de stratégies de gestion de BXW a été largement diffusé au Burundi à travers le BPEAE pour contrôler et prévenir la propagation de la maladie. A titre d’exemple, les agriculteurs étaient auparavant recommandés d’éliminer les plants présentant des symptômes de BXW en dessouchant l’ensemble des touffes associées. Le constat est que les agriculteurs n’ont pas été motivés à utiliser cette méthode de manière volontaire du fait que leurs moyens de subsistance dépendaient du bananier. Les agriculteurs précisent que dessoucher toute la touffe de bananiers alors qu’il s’agit d’un seul pied de bananier attaqué est une perte colossale. C’est la raison pour laquelle les agriculteurs étaient souvent réticents à enlever la touffe dans son entièreté du fait qu’un seul bananier ou deux présente des symptômes de BXW. Ils s’inquiètent d’avoir beaucoup perdu en dessouchant la touffe toute entière. En pratiquant cette technique, ils ont cru que la maladie avait totalement disparu. Néanmoins elle est encore présente dans cette région.
Avec la technique SDSR, les résultats sont satisfaisants à Muyinga
Mbarushimana fait savoir qu’on a changé de stratégie de lutte contre le BXW en adoptant la technique dénommée Single Diseases Stem Removal (SDSR). Avec ce système, seuls les pieds présentant les symptômes de BXW sont coupées au niveau du sol. L’élimination continue des pieds qui présentent les symptômes de BXW dans le champ de bananiers réduit la concentration bactérienne à l’intérieur de la touffe et empêche les bactéries de se déplacer vers les autres rejets. Cela réduit rapidement l’incidence de la pathologie à un niveau acceptable. L’élimination immédiate des pieds de bananiers infectés réduit également le délai de transmission de la maladie aux plantes saines avoisinantes. Le SDSR réduit l’incidence du BXW à moins de 2% en 4 mois. Par conséquent, il est actuellement utilisé par environ 20 000 ménages en RD Congo et en Ouganda pour gérer BXW. On veut étendre cette technique à plus de 37 000 ménages supplémentaires en 2019.

Le BXW réduit la production de la banane
Dans le cadre du projet AMASHIGA, on a appliqué le système SDSR dans la province de Muyinga de septembre 2016 à septembre 2017. L’objectif primordial de cette recherche était de confirmer l’efficacité technique du SDSR au Burundi. Depuis qu’on l’a initié dans la lutte contre le BXW, des résultats satisfaisants s’observent, car les agriculteurs coupent directement le pied qui présente les symptômes de cette pathologie. Néanmoins, il s’inquiète que le taux d’incidence de la maladie reste élevé dans certaines localités de la province Muyinga.
Incidence de BXW par commune dans la province de Muyinga
Communes |
Collines |
Nombre total de ménages |
Nombre de ménages présentant des bananeraies ayant des symptômes de BXW |
Butihinda |
Buhorana |
1646 |
1149 |
Kavumu |
622 |
28 |
|
Kamaramagambo |
2705 |
69 |
|
Cagizo |
1846 |
57 |
|
Rukira |
1027 |
32 |
|
Gasorwe |
Jani |
786 |
2 |
Bwasare |
819 |
4 |
|
Kizi |
972 |
7 |
|
Gashoho |
Murama |
740 |
35 |
Musama 1 |
472 |
115 |
|
Musama 2 |
624 |
53 |
|
Buvumbi |
1076 |
80 |
|
Burenza |
601 |
65 |
|
Mirwa |
568 |
10 |
|
Giteranyi |
Giteranyi |
913 |
9 |
Bisiga |
1315 |
14 |
|
Rugese |
501 |
3 |
|
Tura |
1080 |
7 |
|
Mihigo |
1124 |
10 |
|
Ruzo |
496 |
6 |
|
Kagugo |
1507 |
4 |
|
Muyinga |
Gitongati |
550 |
8 |
Ruganirwa |
562 |
2 |
|
Cibari |
1237 |
1 |
|
Total |
24 collines |
23 789 |
1770 |
Qu’en est-il des symptômes ?

Le BXW entraîne le flétrissement des régimes avec maturation prématurée et coloration interne brun rougeâtre des fruits.
Les symptômes s’observent surtout après le stade rejet à feuilles lancéolées (se dit d’un organe dont l’extrémité a la forme de lance), particulièrement à la floraison : décoloration et flétrissement des bractées florales, noircissement et racornissement (devenir coriace, dur) du bourgeon mâle. Les feuilles jaunissent, flétrissent, noircissent, se fanent et se cassent (y compris le faux tronc). On observe des rayures (traces laissées sur un objet par un corps tranchant) jaunes ou marron au niveau vasculaire sur l’ensemble du bananier et sur une section à la base du faux tronc ou de la souche, une sécrétion jaune pâle bactérienne. Ceci entraîne le flétrissement des régimes avec maturation prématurée et coloration interne brun rougeâtre des fruits. Le bananier meurt dans le mois de l’apparition de n’importe lequel de ces symptômes (un mois après l’infection). La transmission se fait par les insectes butineurs, le matériel végétal infecté (rejets, régimes, feuilles), les outils et les hommes, mais aussi par les animaux, l’eau de ruissellement, les éclaboussures d’eau de pluie et le vent. Il n’y a pas de variétés résistantes. La lutte consiste en une mise en quarantaine de plusieurs mois, mais aussi à détruire et éliminer les bananiers infectés et ceux avoisinants. La divagation des animaux est interdite. Ce flétrissement a été observé et décrit en Ethiopie vers 1968, puis en Ouganda où il progresse depuis 2001.

La culture de la colocase tend à disparaître suite aux maladies des plantes
Méthodes de lutte contre le BXW
Mbarushimana fait remarquer qu’aucune méthode chimique n’est possible pour lutter contre le flétrissement bactérien du bananier. Pour limiter les dégâts, il demande à la population d’enlever les bourgeons mâles à l’aide d’un bâton fourchu dès la sortie de la dernière main du régime de banane et de désinfecter régulièrement les outils avant de les réutiliser dans les autres bananeraies, d’éviter l’utilisation des résidus de bananiers infectés, de garder les animaux loin des bananeraies contaminées et de détruire les plants infectés.
En plus de la culture du bananier menacée par le BXW, les agriculteurs se lamentent du fait que la chenille légionnaire d’automne est un défi majeur pour la culture du maïs dans toutes les provinces du pays. Cette situation se répercute sur sa production. Malgré les efforts fournis par les représentants des BPEAE et l’ISABU, cet insecte ravageur fait couler beaucoup d’encre et de salive. Et les agriculteurs ne savent pas à quel saint se vouer. Ils demandent la mise à disposition d’un produit phytosanitaire capable de le mettre hors d’état de nuire. Ce ne sont pas seulement pas le maïs et le bananier qui sont menacés car les cultivateurs de la colocase qui se sont entretenus avec Burundi Eco s’inquiètent aussi du fait que cette culture tend à disparaître et que les maladies virales et les champignons sont à la base de cette situation.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.