Culture

Littérature Burundaise : Le rôle « ambigu » de l’écrivain en période de conflit

Que doit être  la relation de l’écrivain avec les mots en période de conflit ? Faut-il une écriture engagée au risque de tomber dans un militantisme béat ? La salonnière Jeanne d’Arc Nduwayo remet sur le tapis la question de la place de la littérature en période de conflit avec, en filigrane, l’œuvre de l’écrivain Burundais Edouard Bizimana

L’histoire du Burundi est non seulement écrite à travers les récits d’analyse des faits réels, mais aussi  à travers des récits imaginaires en forme de fiction. L’homme de ma colline de Joseph Cimpaye écrit en 1970 est considéré comme le premier roman burundais. Mais il n’a été édité qu’à titre posthume en 2013. Depuis des millénaires, l’oralité a cédé la place à l’écriture et le Burundi n’échappe pas à cette règle. L’écriture permet de pallier au défaut de mémoire et, à ce titre, il est devenu un atout pour la transmission de la culture de génération en génération. Pourtant Mme Jeanne d’Arc Nduwayo trouve que peu d’intellectuels Burundais ont le courage de prendre la plume et de coucher leur sagesse sur papier. Même ceux qui osent franchir le pas ne sont pas lus. Il se pose ainsi la visibilité de leurs œuvres.  Or c’est eux qui devraient éclairer l’opinion sur les problèmes de société. Certains essaient, d’autres le font tellement mal qu’au final ils n’attirent pas le lectorat qui est déjà maigre au Burundi.

Jeanne d’Arc Nduwayo, salonnière : «Comment parler de ses blessures et de ses souffrances sans blesser ou faire souffrir les autres, sans susciter la rancœur et sans être taxé de provocateur ou d’extrémiste ? C’est l’équation que doit résoudre ou non l’écrivain Burundais selon l’orientation qu’il veut donner à son texte »

Ecrire est un devoir dans certaines situations

Mme Nduwayo rejoint Krystyna Budnicka quand elle affirme que chacun doit témoigner des horreurs vécues pour qu’elles ne se reproduisent plus jamais dans le futur dans Stories and faces of Victims of the Holocaust. Edouard Bizimana et Véronique Barindogo, les co-auteurs du roman historique  Une vie à la sauvette, savoir porter sa croix, quant à eux, touchent du doigt les terribles réalités de l’histoire du Burundi. Le calvaire enduré par les personnages de ce roman, est aussi celui des milliers de Burundais, a déclaré Mme Nduwayo au cours du café littéraire de ce jeudi organisé par l’Institut Français du Burundi (IFB). Puisant également dans d’autres ouvrages d’Edouard  Bizimana (Quelle diplomatie pour les pays post-conflits? et Nina la reine au cœur brisé entre autres), l’animatrice du café littéraire a démontré qu’écrire est presqu’un devoir pour les intellectuels quand un pays sort, est ou entre dans une période difficile. Le Burundi comme d’autres pays a besoin d’écrivains  prolifiques pour témoigner et transmettre particulièrement pendant ces périodes. Ce rôle ne doit pas être laissé seulement aux historiens qui ont bien sûr leur rôle à joueur eux aussi.

L’écrivain doit-il se défaire de son identité culturelle, ethnique ou religieuse ?

Un des participants a saisi la balle au bond et a posé la question de savoir si un écrivain devrait se défaire de son identité culturelle, ethnique ou religieuse quand il fait son métier. Cela du fait que, selon lui, quand on lit un écrivain Burundais, on se rend directement compte de sa sensibilité politique ou de son appartenance politique ou ethnique. Au-delà de cette question, il a indiqué en outre qu’une écriture trop tendancieuse n’incite pas à la lecture. Il s’est aussi posé une question sur les thèmes qui sont devenus récurrents pour les auteurs Burundais, en l’occurrence la guerre, la violence, la mort, etc.

« Parler de ses blessures sans blesser quelqu’un d’autre »

Mme Nduwayo a indiqué qu’un écrivain doit être capable de parler de ses blessures sans blesser quelqu’un d’autre. Par ailleurs, il est compliqué de se défaire de son identité en littérature. Parfois ce n’est même pas nécessaire. Comment alors parler de ses blessures et de ses souffrances sans blesser ou faire souffrir les autres, sans susciter la rancœur et sans être taxé de provocateur ou d’extrémiste ?, s’est interrogée l’animatrice du café littéraire. C’est cette équation que doit résoudre ou non l’écrivain Burundais selon l’orientation qu’il veut donner à son texte.

La relation entre l’histoire et la littérature est un problème typiquement littéraire

L’écrivain transparait à travers les personnages qu’il dépeint. Le lecteur devine un certain vécu de l’auteur à travers son œuvre. On ne devrait donc pas s’étonner que les écrivains laissent transparaître leurs tendances ou leur obédience politique ou ethnique, a indiqué Joseph Mukubano, enseignant à l’université qui participait au café littéraire. Car, au demeurant, on peut difficilement écrire une histoire à partir d’une fiction. Plutôt c’est la fiction qui se nourrit du vécu. Un vécu qui, selon l’art de l’écrivain, sera habillé d’une façon ou d’une autre. Il n’existe pas en réalité de vraie fiction, a martelé M. Mukubano. On ne doit pas s’offusquer des tendances des auteurs. Il faut lire leurs textes de manière littéraire pour bien comprendre les valeurs qu’ils défendent.

« Ce qui fouette la poésie est ce qui sort de l’ordinaire »

Il faut voir la littérature burundaise en termes de convergence ou de divergence sociale. Certains textes décrivent des Hutu et des Tutsi opposés tandis que d’autres parlent des Hutu et des Tutsi qui essaient de se mettre ensemble dans un projet  commun. Cela est visible dans les romans Le chant du fusillé de Nadine Nyangoma  et dans le récit La guerre des nez au Burundi de Cyriaque Muhawenayo entre autres. Les thèmes de la guerre, de haine, de la violence, de la mort, etc. font partie de l’histoire du Burundi. On ne s’en défera pas de sitôt. La shoah a eu lieu il  y a plus de 60 ans, mais elle continue de nourrir la littérature. Ce qui fouette la poésie est ce qui sort de l’ordinaire. Une guerre qui a duré 3 ou 4 mois marque toute une génération. Si vous en faites une pendant 10 ans combien de générations elle va-t-elle marquer  ?, s’est interrogé  M. Mukubano. Divergente ou convergente, l’œuvre littéraire contribue d’une façon ou d’une autre à l’édification de l’âme d’une nation. Le Burundi n’est pas un pays à sens unique par ailleurs, a-t-il ajouté. La question qui mérite d’être posée est celle-ci : Est-ce que ces œuvres renferment des valeurs qui caractérisent les Burundais ?

A propos de l'auteur

Parfait Nzeyimana.

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