Alors qu’il s’observe une fréquentation très limitée de certains marchés de la municipalité de Bujumbura, l’autorité publique s’active pour rentabiliser ces infrastructures publiques. Le 19 septembre 2021, la mairie de Bujumbura a ordonné à certains commerçants grossistes de produits agricoles de s’y installer. Quel est l’état des lieux après la décision salvatrice du maire ? Reportage
Il est avant midi quand nous débarquons à l’entrée grandement ouverte du marché de Ngagara. Les aiguilles de la montre dessinent un angle droit tourné vers la gauche et indiquent 10h 44. C’est l’heure où les professionnels de la cuisine viennent chercher au marché des ingrédients pour le plat de midi. Dans le ciel, les nuages ont réussi à envelopper le soleil et la pluie menace de tomber. Quelques taxis-vélos posent sur leurs vélos. Ils guettent une éventuelle opportunité d’échange de services avec le peu de gens qui fréquentent le marché. Dans la partie ouest du marché, la place où les grossistes déposent leurs produits est déjà vide. « Ils viennent s’approvisionner le matin pour ensuite retourner dans leurs marchés respectifs. Même ceux qui exercent au marché de COTEBU ont préféré rester dans leurs stands », explique-t-il.

Grâce à l’intention du maire de la ville de redynamiser le marché de Ngagara, le flux de demandeurs de stands commence à augmenter.
Toujours des actions à mener
Après sa réhabilitation, le marché de Ngagara est resté pendant longtemps un véritable désert. A l’intérieur du marché, l’ennui a aussi sa place parmi ces commerçants qui attendent dans leurs petits stands souvent à moitié garnis. La plupart d’entre eux sont des femmes. On peut voir quelques-uns qui échangent avec leurs collègues. Cependant, on se rend compte que le nombre de commerçants va crescendo. Les hangars qui étaient vides sont désormais équipés de tables où sont étalés des produits alimentaires comme les patates douces, les bananes, les oïgnons, …. « Oui, il y a une certaine évolution de la situation depuis que les autorités ont ordonné à certains commerçants de venir s’y installer dans ce marché, mais le mouvement reste très insuffisant pour pouvoir y travailler rentablement», explique un vendeur d’oignons qui affirme que certains de ses amis se sont déjà désistés quelques jours seulement après leur installation. Du bout de son index, il montre des installations vides. «Tu ne vois pas que toutes ces tables sont vides ? », interroge-t-il sur un ton gravissime.
Pour un autre commerçant interrogé, ceux qui sont venus s’y installer par obligation finiront par subir des pertes si la situation reste inchangée. « Il faut que tous les grossistes viennent ici. Sinon, nous travailleront à perte », alerte ce père de famille qui se bat encore pour maintenir en activité son business d’oignons.
Les responsables du marché affirment la persistance de gros trous à boucher
Isaïe Minani, Vice-Président du marché de Ngagara se dit reconnaissant de l’initiative de la mairie de Bujumbura. Il indique que des changements sont visibles ces jours-ci. « Tous les hangars sont actuellement occupés même s’il n’y a pas encore beaucoup de monde », fait-il noter. Tout de même, Minani affirme que le flux de demandeurs de stands a augmenté ces derniers temps et soutient que cela relèverait de l’espoir suscité par l’intention du maire de la ville de réanimer ce marché. Cependant, il dit que le retour de ces quelques grossistes n’est pas suffisant pour redynamiser ce marché et que cela risque de leur faire subir d’énormes pertes. Pour ce responsable, la plupart des produits agricoles devraient se vendre au marché de Ngagara.
L’état des lieux des installations
L’hygiène dans le marché moderne de Ngagara pose toujours problème. La plupart des installations qui devraient approvisionner ce marché en eau propre ne sont pas fonctionnelles. Les robinets sont bouchés. Dans les blocs sanitaires, un robinet y est installé, mais la propreté laisse toujours à désirer dans ces lieux d’aisance aux odeurs suffocantes. Entre les stands souvent fermés, on peut observer de petits tas de déchets. Quant à la poubelle, elle n’est plus pleine comme avant. « Les autorités communales en collaboration avec le commissariat du marché ont trouvé les moyens de désengorger de temps à temps cette poubelle du marché et cela ne constitue plus un problème », a expliqué Minani. Même si ce responsable indique que l’hygiène n’y fait pas défaut, il affirme que l’installation électrique n’est plus fonctionnelle. Selon lui, cela pose des problèmes. « Il devient très difficile de sécuriser un marché obscur», souligne –t-il avant d’évoquer la promesse de la mairie de faire réparer cette panne
Depuis son inauguration, le marché réhabilité de Ngagara, un de ces marchés auparavant les plus fréquentés de la capitale économique n’a pas pu attirer à nouveau les commerçants. Plusieurs d’entre ces derniers qui ont tenté d’y implanter un business n’auraient pas réussi, tant les lieux ne constituaient pas la destination favorite des acheteurs. « Il y a de nombreux commerçants qui y ont perdu leur capital en essayant cet endroit », affirme un des commerçants y exerçant. Après une année que nous avons tourné nos projecteurs sur ce marché qui ne semblait pas en être un, nous découvrons actuellement une situation un peu révolue.
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