Le café burundais longtemps considéré comme un des produits qui génèrent des devises est en voie de disparition. L’Office du Développement du Café (ODECA) est fustigé pour sa gestion. Par conséquent, de nouveaux organes ont été mis en place pour tenter de redynamiser ce secteur. Le ministre ayant l’agriculture dans ses attributions a annoncé des réformes pour suivre et évaluer les intervenants dans ce secteur.

Prosper Dodiko, ministre ayant l’agriculture dans ses attributions : «Seules les stations de lavage et centres de transit qui ont l’aval de la commission de suivi de la campagne café et de l’équipe de suivi de la Présidence de la République du Burundi sont autorisés à collecter le café auprès des caféiculteurs».
«L’ODECA et les autres responsables des usines de déparchage doit fournir endéans une semaine, l’état des stocks du café vert des campagnes antérieures en précisant les stocks invendus et ceux déjà vendus, avec mention de l’acheteur ainsi que la destination», a indiqué Prosper Dodiko, le ministre de l‘Environnement, de l’Agriculture et de l‘Elevage dans un point de presse animé mercredi le 15 mai 2024 après la remise et reprise entre les anciens dirigeants de l’Office du Développement du Café (ODECA) et les nouveaux organes mis en place par le Chef d’Etat burundais Evariste Ndayishimiye pour tenter de rentabiliser cette filière. Une réforme effectuée après avoir constaté que le pays a perdu 40 millions USD dans le circuit de vente du café burundais, selon le chef d’Etat.
Et de renchérir : «Les usines de déparchage devront produire un rapport sur les quantités de café par catégorie réceptionnée pour usinage tout en précisant les propriétaires. De même à la fin de l’usinage, ils devront soumettre un rapport à l’ODECA précisant les quantités de café vert produit par grade et en précisant les propriétaires. Enfin, ils devront informer l’ODECA sur toute sortie du café vert, le motif et la destination».
Le ministre Dodiko indique que dorénavant seules les stations et centres de transit qui ont l’aval de la commission de suivi de la campagne café et de l’équipe de suivi de la Présidence de la République du Burundi sont autorisés à collecter le café auprès des caféiculteurs. « Tout autre acteur qui sera attrapé en train de collecter le café, sera considéré comme fraudeur et sanctionné conséquemment», a-t-il ordonné
Des mesures pour réglementer les stations lavage
Pour collecter et traiter le café cerise, le ministre Dodiko fait savoir que les stations de lavage et les centres de transit doivent avoir l’agrément de l’ODECA .Cependant, il est formellement interdit pour une station de dépulpage –lavage nouvellement construite ou en cours de construction de collecter et de traiter le café cerise avant l’obtention d’un certificat d’agrément délivré par l’ODECA.
Les stations de lavage ont été données un délai limite de 3 jours afin de pouvoir présenter les documents d’agrément et la quantité de café cerise déjà collectée pendant la campagne 2024-2025 à l’ODECA. Le dossier sollicité doit comprendre le certificat d’immatriculation, les Statuts et les numéros d’identification fiscale (NIF) de chaque station de lavage. A cela s’ajoutent les adresses des bureaux et les coordonnées téléphoniques, les pièces d’identité des responsables des sociétés et leurs coordonnées téléphoniques, mais aussi les actes d’engagement à payer aux caféiculteurs la totalité du prix fixé par le gouvernement.
Par conséquent, l’ODECA va informer par écrit, chaque propriétaire d’usine de déparchage et de conditionnement chaque fois qu’il y a confirmation de vente par paiement effectif pour marquage sur le lot.
Des recommandations pour éviter les spéculations
«Les propriétaires des centres de transit supporteront les frais de transport de leur café vers les stations de lavage», a précisé le ministre ayant l’agriculture dans ses attributions avant de clarifier que tout écart de poids et de rendement de la cerise apportée est à la charge du dépulpeur. Il a fustigé toutes les tentatives de tricherie qui pourront être opérées par ces centres de transit. « Toute tricherie sera considérée et sanctionnée comme une fraude», a-t-il indiqué.

Le café burundais longtemps considéré comme un des produits qui génèrent des devises est en voie de disparition.
En outre, les autorités administratives locales doivent veiller à ce que le café cerise ne franchisse pas la circonscription communale lorsque le périmètre de provenance est pourvu de stations de lavage. Ainsi, la circulation du café pendant la nuit est prohibée. «La circulation du café n’est autorisée qu’entre 6h du matin et 18h du soir. Quiconque sera surpris transportant le café en dehors de ces heures sera considéré comme un fraudeur et sanctionné conformément à la loi», a-t-il précisé.
Et de continuer :«Nous lançons un vibrant appel à l’administration, aux forces de l’ordre et à la population en général de rester vigilant pour que le café ne soit pas écoulé vers les pays limitrophes particulièrement pendant la période de collecte du café cerise, de transfert du café parche vers les usines de déparchage et de conditionnement».
Une balance commerciale très déficitaire
Le café est l’un des produits exportés par le Burundi. Outre le café, le Burundi exporte aussi le thé, l’or et les produits manufacturés. Cependant, actuellement les exportations domestiques évoluent en dents de scie bien que le pays dispose d’un large éventail de produits potentiellement exportables. Il suffit d’une bonne planification et d’un bon ciblage de marchés. La balance commerciale de notre pays est très déficitaire. Le pays dépense plus de 1,2 milliards USD dans les importations alors que la valeur totale des exportations oscille autour de 250 millions USD sur une année. Les données du Fonds Monétaire International (FMI) montrent que les produits primaires dominés par le café, le thé et l’or, trois principaux produits d’exportation ne suffisent pas pour couvrir les besoins en importation. Entre janvier et septembre de l’année 2023, le pays a engrangé 330 milliards de FBu, soit 114,6 millions USD issus des exportations. Au troisième trimestre de 2023, les exportations ont enregistré un bond de 116,6% tirées essentiellement par les produits primaires et manufacturés.
Au quatrième trimestre de l’année 2023, les exportations totales ont progressé de 12,9%. L’accroissement des exportations des produits primaires a porté principalement sur les exportations de l’or non monétaire (+82,8%). Par contre, les exportations du café et du thé ont baissé respectivement de -45,0% et de -6,5 % en comparaison à la même période de l’année 2022.
Pour inverser la tendance, le ministre Dodiko recommande à l’ODECA de transmettre au ministère ayant l’agriculture dans ses attributions une note qui précise la proposition de nouvelles mesures et actions nécessaires pour garantir l’atteinte des objectifs majeurs pour rentabiliser ce secteur. Ces objectifs sont entre autres l’augmentation de la quantité et de la qualité de café produit par an, et la recherche d’un circuit officiel de vente directe pour un meilleur prix du café.
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