La promotion de la transformation des produits au niveau des coopératives répond à un souci de création de la valeur ajoutée, mais également de renforcement de la vision socio-politique des coopératives. La transformation locale permet aux producteurs de récupérer la valeur ajoutée de la transformation, mais également renforce la position des coopératives au niveau des chaines de valeur locales. Burundi Eco a fait une descente dans la province de Ngozi dans une des unités de transformation du maïs et du riz mise en place par la coopérative « Tubamurikire »
Située à 9 km du cfef-lieu de la commune Ngozi, l’unité de transformation de Mubuga est l’une des unités de transformation mises en place par le projet « Haguruka » appuyé par « Appui au Développement Intégral et à la Solidarité sur les Collines » (ADISCO en sigle). Avec une production de 500 kg de farine de maïs par jour et un stock de plus de 40 tonnes de grains de maïs, cette unité est un lieu d’approvisionnement en farine de maïs dans toute la province, mais aussi un point de ravitaillement pour d’autres marchés du pays. « Nous avons initié la coopérative avec une dizaine de membres, mais maintenant nous sommes à 448 membres et d’autres nouveaux adhérents viennent à chaque saison culturale », indique Moussa Nzobonimpa, un des techniciens de la transformation du maïs. A notre arrivée dans cette usine, une machine neuve a été récemment installée, ce qui constitue une fierté pour les coopérateurs. « Nous avons plaidé auprès de l’Adisco pour qu’elle puisse nous octroyer une nouvelle machine afin d’accroître la production. Celle qu’on avait auparavant pouvait moudre 500 kg de farine de maïs par jour, mais la nouvelle machine nous permettra d’arriver à une production de 1.000 kg par jour », se réjouit-il.
Haguruka, un nom que les agriculteurs apprécient

Depuis la création de la coopérative « Tubamurikire », les agriculteurs de la localité s’approvisionnent facilement en semences. Du fait que cette variété de maïs est plus productive et résiste mieux aux maladies, ils lui ont donné le nom de Haguruka, celui de la coopérative-mère. « Les prix varient selon le cours du maïs sur le marché. Les coopérateurs et les autres agriculteurs préfèrent vendre dans la coopérative parce que, sur le marché, ils craignent l’arnaque de certains acheteurs qui truquent les balances », confie Désiré Bararusize, un des meuniers de la coopérative. La coopérative assure également l’approvisionnement des agriculteurs en intrants agricoles. Ce qui leur permet de ne pas parcourir des kilomètres à la recherche des engrais au centre de la province. « La coopérative Tubamurikire, de par sa notoriété, a gagné le marché de distribution des intrants agricoles. C’est un avantage pour la population qui n’est plus obligée de payer les intrants via la poste. Donc les coopérateurs en profitent aussi », indique-t-il.
Qu’en est-il des emballages et du prix des produits de la coopérative «Tubamurikire» ?
Au début, la coopérative utilisait des sacs estampillés d’un simple logo avec les numéros de téléphone des représentants de la coopérative. Ce qui causait un blocage dans la commercialisation, car la farine se vendait au niveau local. Avec l’appui de l’Adisco dans sa plateforme « Union Haguruka des Coopératives Multifilières (UHACOM en sigle), nous avons pu avoir une autre adresse reconnue au niveau national et nos produits peuvent se vendre partout dans le pays. Même nos stocks se trouvent à Bujumbura et trouvent facilement un marché d’écoulement », se réjouissent les coopérateurs. Les clients apprécient beaucoup les produits de la coopérative par rapport aux autres produits importés. « Quant au prix, un sac de farine de maïs de 25 kg se vend à 28.000 FBu au niveau de la coopérative, mais dans les stocks de l’UHACOM, le prix baisse à 26.000 FBu ». La promotion des produits des coopératives par leur marketing sur des marchés ciblés ainsi que leur vente a été au cœur de l’action des coopératives et de leur plateforme. S’ils ne sont pas vendus directement à la coopérative, c’est fait par la plateforme UHACOM pour les marchés locaux des produits au label Gasimbo.
Le stockage des récoltes, un avantage pour les agriculteurs

A part la transformation du maïs en farine, la coopérative « Tubamurikire » pense aussi à la conservation des récoltes de leurs membres pour éviter le gaspillage. Avec le stockage des récoltes, les coopérateurs sont assurés de ne pas dépenser encore de l’argent pour les futures saisons culturales. Ces stocks ont permis aux membres de mieux maîtriser la variation des prix proposés par les marchés et tirer le meilleur profit de la vente de la production et aux coopératives de disposer de la matière première pour les unités de transformation.
Les délestages, une entrave au bon fonctionnement de la coopérative
Comme nous l’avons constaté au moment de la descente, les moulins n’étaient pas en train de tourner. Selon les témoignages des coopérateurs, les délestages mettent à mal le bon déroulement des activités. « Nous travaillons 4 jours par semaine suite au manque de courant électrique. Le problème est connu par les autorités qui nous disent que le seul transformateur dont la zone Mubuga dispose ne peut pas alimenter toutes les machines à la fois. Il faut que la Regideso fasse quelque chose pour que tous les jours nous puissions travailler », plaide un technicien de la coopérative.
Promouvoir les entreprises d’économie sociale, un des objectifs de l’Adisco
Selon Libère Bukobero, secrétaire général de l’Adisco, la coopérative agricole est une dynamique économique et sociale. Le modèle d’accompagnement veut avant tout appuyer les ménages à accéder aux facteurs de production comme les semences ou plants fruitiers sains et de qualité, les animaux pour le fumier et la formation technique pour pouvoir développer une exploitation familiale intégrée. Les produits de l’exploitation sont valorisés directement ou passent par la création de la valeur ajoutée via l’utilisation des services des coopératives. Les revenus obtenus servent alors à réinvestir dans la production, ou à la mise en place d’une initiative entrepreneuriale ou sociale. Les ressources sont mobilisées au sein des groupes d’autopromotion. Ceci justifie pourquoi la présentation de l’appui au mouvement coopératif au niveau de l’ADISCO comprend à la fois la production des semences et des plants forestiers/agro forestiers/fruitiers, l’acquisition des animaux d’élevage, le développement des Exploitations Familiales Intégrées (EFI), la mise en œuvre des micro entreprises et les services des coopératives incluant l’approvisionnement en intrants, le stockage, la transformation, la commercialisation et la négociation des financements.
Les ménages continuent donc à développer les EFI, un modèle agro-écologique permettant d’améliorer la production tout en sauvegardant les équilibres écologiques.
« Les services développés au niveau des coopératives reflètent la participation des producteurs au niveau des fonctions principales des chaînes de valeur locale sur lesquelles les coopératives sont bâties. Ces services ont pour rôle de faciliter le travail aux membres et de leur permettre d’obtenir de la plus-value », précise-t-il. Ces services incluent l’approvisionnement en intrants, le stockage des produits, la transformation primaire des récoltes, la commercialisation des produits et l’intermédiation des financements.
Nécessité de soutien financier aux unités de transformation
« Pour le moment, il n’y a pas de budget pour soutenir les unités de transformation du milieu rural. Mais il est grand temps d’y réfléchir, car les ONG qui encadrent actuellement les organisations paysannes ne seront pas là éternellement. Donc, il faut prendre le relais. Et d’ailleurs, partout dans le monde, l’Etat doit accompagner les investisseurs locaux. Raison pour laquelle nous plaidons pour la création d’un fonds pour le développement industriel », fait savoir Emmanuel Mbonihankuye, directeur général de l’Industrie au ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme. Ceux-ci peuvent bénéficier des machines ou des équipements à crédit ou des crédits à court terme pour démarrer leurs activités. M. Mbonihankuye reste optimiste que ce fonds jouera un grand rôle dans la promotion de l’agro-industrie. Les entrepreneurs auront la possibilité de fabriquer des produits de qualité, donc plus compétitives quitte à rembourser les crédits après leur commercialisation. Les industriels ont la boulimie de produire mais ils manquent de moyens.
Même si le gouvernement n’injecte pas directement des fonds dans les unités de transformation locales, ces dernières bénéficient des programmes et projets de promotion du secteur industriel sous l’impulsion de l’Etat.
Nous félicitons cette organisation paysanne qui contribue bien dans le développement de entre pays.