Culture

La réglementation du tambour inquiète les organisateurs des cérémonies

Depuis novembre 2014, le tambour du Burundi figure sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Cependant, une question mérite d’être posée. Quels sont les apports de cette mise en valeur pour l’économie nationale en général et ceux qui exercent le métier de tambourinaire en particulier ?

Après la mise à l’honneur du tambour burundais par l’Unesco en 2014, l’Etat burundais a mis en place une loi protégeant ce symbole sacré de la culture. Par cette loi, l’Etat a montré sa volonté de faire respecter le tambour, mais aussi d’en faire une des sources de recettes.

Toute activité en rapport avec l’exploitation du tambour est désormais régie par des textes légaux. Le décret no 100/196 du 20 octobre 2017 précise les conditions d’exploitation du tambour. Cela, au pays et à l’étranger. « Toute exhibition d’une troupe de tambourinaires en dehors des cérémonies officielles, requiert l’autorisation du ministre ayant la culture dans ses attributions », stipule le décret en son article 5. Au niveau national, l’organisateur de l’événement auquel participe le tambour doit verser une redevance d’un montant de 500 000 FBu dans les caisses de l’Etat.  Les mêmes obligations s’imposent pour les organisateurs d’événements vivant à l’étranger.  En cas de violation des réglementations, une suspension et des amendes sont prévues par la présente loi.

La réglementation du tambour n’a pas été bénéfique pour les tambourinaires. Leur marché a été fortement restreint.

Une loi qui sacrifie les tambourinaires

La reconnaissance du tambour du Burundi par l’Unesco a été acclamée au pays. Pour Prof Mworoha, historien à la retraite, cela constitue une publicité pour le Burundi à travers le monde entier. Un des métiers séculaires au Burundi, l’art de jouer au tambour s’est transformé en une source de revenus pour certaines personnes. Dans la capitale économique comme ailleurs à l’intérieur du pays, des troupes de tambourinaires vendaient leurs talents auprès des organisateurs de cérémonies.  La réglementation de ce genre d’activité a fortement restreint le marché. Depuis quatre ans, la mesure semble ne pas avoir été accueillie favorablement par les tambourinaires. Pour un des présidents des troupes de tambourinaires opérant à Bujumbura interrogé, la loi n’a rien apporté qui soit de nature avantageuse pour les exploitants. « Nous n’avons rien gagné plutôt nous avons tout perdu », confie-t-il.

Ce senior du métier croit que l’Etat a pu en tirer profit, mais pas de façon satisfaisante. Ce responsable à la tête de l’une des troupes de tambourinaires opérant dans la municipalité de Bujumbura trouve inutile de se prononcer davantage sur ce sujet. Il indique plutôt que la balle est dans le camp des décideurs. « Cette question n’est plus l’affaire de petites gens comme nous », a-t-il souligné.  Il affirme que le ministère ayant la culture dans ses attributions connait la question depuis longtemps et ne s’empêche pas de faire croire que la solution finira par être trouvée. Même s’il n’est pas satisfait, ce senior batteur de tambour rassure les férus de la culture burundaise. « Même si les choses sont ainsi, les Burundais peuvent être rassurés. Nous n’abandonnerons jamais le tambour, nous resterons au travail », rassure-t-il, sourire aux lèvres.   Il indique que cette institution avait, dans le temps, invité les responsables des troupes de tambourinaires pour débattre cette question, mais en vain.

Les autorités privilégient la protection de la culture par la loi

Le ministère en charge de la culture évalue positivement le secteur du tambour. Selon Mme Rosette Irambona, chargée de la communication et porte-parole à ce même ministère, la loi est scrupuleusement respectée à travers tout le pays. «Tous demandent la permission avant d’utiliser le tambour dans les événements et tout est en ordre», explique-t-elle. Pour Irambona, cela témoigne que la population est consciente de la préservation et de la protection de la culture burundaise.

Elle rappelle surtout que la loi sur l’exploitation du tambour a été mise en place pour protéger la culture burundaise et appelle plutôt les Burundais à préférer leur culture par rapport à l’argent. «La culture n’a pas de prix», rétorque Mme Irambona à la question de savoir si la somme d’argent exigée par la loi ne décourage pas ceux qui veulent utiliser le tambour dans leurs cérémonies.

A propos de l'auteur

Jonathan Ndikumana.

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Un commentaire
  • NICIMBESHE Laurent dit :

    Vous allez me dire que je suis un conservateur. Eh bien oui, je suis et je le reste. Le tambour était joué à des occasions connues. Pas le jour de mariage de n’importe quel bonhomme. Pas à une festivité où le monarque n’apparaissait pas. Il était sacré. Ne le banalisons pas pour humilier les descendants de la dynastie Ganwa encore en vie. Ce serait tomber aussi bas que MICOMBERO qui se vengeait de la honte dont il avait fait objet lors de l’intronisation du roi NTARE V qu’il a fini par assassiner.

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