Le théâtre est relégué au second plan dans le système éducatif burundais. Pourtant, sa valeur ajoutée dans l’épanouissement intellectuel et culturel des jeunes est incontournable. Le ministère de tutelle est invité à retrousser les manches pour redynamiser le théâtre

La quasi-inexistence des représentations de pièces de théâtre dans différents établissements scolaires est en grande partie liée au manque de motivation des encadreurs affectés à cette activité. Eric Manirakiza, professeur de français et encadreur des pièces de théâtre au lycée du Saint Esprit de Bujumbura explique qu’il n’y a pas de budget alloué à cette activité. Selon lui, les séances de répétition sont organisées dans les temps libres et l’encadreur est obligé de quitter son domicile pour retourner à l’école les après-midis sur ses propres moyens. C’est un don de soi parce que cette activité est organisée en dehors de la charge horaire lui impartie en tant qu’enseignant. Ainsi, avec ce manque de motivation, les encadreurs se désengagent et s’orientent vers d’autres occupations plus rémunératrices. Il fait remarquer que les gens n’ont plus la culture du théâtre par manque de motivation.
Les élèves en sont victimes puisque, indique Manirakiza, ils aiment le théâtre et sont capables de jouer. Il rassure que le théâtre contribue au développement de l’éloquence, de l’expression devant un grand public et met fin à la timidité. Un autre défi qu’il évoque est le manque de salle de spectacle qui soit adaptée à ce genre d’activité. Il demande aux Directeurs Communaux de l’Enseignement (DCE) à mettre en place ce type d’infrastructures pour faciliter cette activité.
Des initiatives en gestation
Arthur Banshayeko, comédien et metteur en scène burundais et Coordonnateur de « Umunyinya company » reconnait la quasi-inexistence du théâtre dans le milieu scolaire, mais affirme qu’il monte à grande vitesse du côté des professionnels « Nous sommes en train d’y mettre beaucoup plus de techniques. Si tu assistes à une représentation de théâtre aujourd’hui, tu trouveras que c’est extrêmement différent de celui de 2012-2015. Nous y mettons plus de saveur par rapport à la beauté du spectacle », indique-t-il. Il tranquillise les amateurs de cet art que des initiatives allant dans le sens de relever le niveau du théâtre et la participation des élèves à cette activité sont en cours d’analyse. Parmi ces initiatives, il évoque la possibilité de restaurer les clubs de théâtre dans les écoles pour voir comment recréer les troupes de théâtre dans les écoles secondaires. Selon lui, le théâtre aide dans le développement de l’expression orale et de la capacité de rétention de la matière apprise à l’école. Le théâtre stimule le cerveau à faire penser beaucoup plus et à se détendre. Laure Sheilla Inangoma, actrice de la troupe « Enfoirée de Sanoladante » abonde dans le même sens que Banshayeko. Elle ajoute que le théâtre est un bon moyen de sensibilisation et de cohésion sociale.
Des talents confirmés
« Il y a des personnes qui décident de faire le choix de ce qu’ils vont faire et des choix qui s’opèrent envers toi et que tu acceptes », indique Arthur Ban. Il rassure qu’au départ en 2005 il était extrêmement timide de telle sorte qu’il lui a été impossible de prêter serment à l’église lors des cérémonies de promesse dans le mouvement Scout. Il ne pouvait pas se rappeler le texte. Pour sortir de cette situation, il a évolué en jouant des sketches, puis en tant qu’acteur jusqu’à devenir réalisateur de pièces de théâtre. « C’est quelque chose que j’aimais beaucoup. C’est un talent qui était déjà installé en moi et que je continue à nourrir jusqu’à présent », rassure-t-il. Il précise que le théâtre le fait vivre autant que d’autres personnes qui évoluent dans d’autres disciplines. Il demande au gouvernement de financer le théâtre comme il le fait pour le football, l’athlétisme, etc.
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