« L’entrepreneuriat inclusif pour un développement durable » ; tel est le thème de la Semaine mondiale dédiée à l’entrepreneuriat pilotée par la BBIN (Burundi Business Incubator), en partenariat avec la Brarudi. Cette semaine lancée officiellement ce lundi 18 novembre avait pour but de promouvoir la culture entrepreneuriale au Burundi
Les jeunes entrepreneurs, les chefs d’entreprises, sont unanimes : l’entrepreneuriat des jeunes au Burundi fait face à plusieurs défis. Entre autres, la non inclusivité des personnes minoritaires, une culture qui ne favorise pas l’esprit entrepreneurial, le manque de financement, l’insuffisance d’information sur la situation socio-économique.

Les panélistes sur le thème « Entrepreneuriat inclusif pour un développement durable ». De gauche à droite : Sacha Rwamibango de la Brarudi, Ginette Karirekinyana, vice-présidente de la CFCIB, Athanase Nsabumwami du ministère du Commerce, Caecilia Wijgers, Ambassadeur des Pays-Bas au Burundi et Pierre Claver Nduwumwami, directeur du BBIN
Pierre claver Nduwumwami, directeur général du BBIN, une entreprise de coaching en entrepreneuriat se dit satisfait du niveau atteint en matière de changement de mentalités, surtout chez les jeunes concernant la culture entrepreneuriale. Néanmoins, il reconnait que le non accès aux moyens financiers est le plus grand des défis. Il déplore le fait que les banques exigent toujours des garanties dont les jeunes ne disposent pas. « Espérons que la situation va changer avec la mise en place de la banque des jeunes» souhaitent-il. Ainsi cette semaine, permettra aux jeunes entrepreneurs de comprendre qu’ils peuvent vraiment contribuer au développement durable et de rencontrer des personnalités qui l’inspirent.
Le patron du BBIN leur demande de se lancer avec le peu de moyens dont ils disposent. « Beaucoup de jeunes de Bubanza, Ngozi et Gitega sont partis de rien, mais sont actuellement capables d’embaucher d’autres jeunes. Ils vendent des champignons, de la farine composée. Et c’est une nouvelle dynamique qui va bientôt porter des fruits».
Il faut que le développement soit inclusif
«Lorsque l’entrepreneuriat n’est pas inclusif, il n’est pas durable», rappelle Nduwumwami. Et d’appeler tous les partenaires, le gouvernement, les grandes entreprises, les donateurs, etc., à inclure les groupes de personnes dites minoritaires, notamment les personnes vivant avec un handicap car eux aussi peuvent travailler et produire. A titre d’exemple, explique-t-il, son organisation a déjà formé des personnes sourdes-muettes qui peuvent entreprendre moyennant des compétences à acquérir, notamment au niveau de l’épargne et du crédit. Il incite les jeunes à oser entreprendre. « Ils ne peuvent pas tout attendre de l’Etat ou des entreprises. Ils doivent d’abord commencer eux-mêmes ».
Régis Bigirindavyi, un jeune malvoyant souligne que les jeunes en situation d’handicap sont conscients qu’ils n’ont pas de place sur le marché du travail. La plupart des appels d’offres d’emplois n’encouragent pas les candidats vivant avec un handicap. Certaines entreprises privées ont peur de les embaucher craignant qu’ils soient plus lents et moins dynamiques.

Régis Bigirindavyi, un jeune malvoyant : «Les personnes vivant avec un handicap sont aussi concernées par l’entrepreneuriat »
Ce jeune diplômé de l’école fondamentale du lycée Notre Dame de la Sagesse de Gitega soutient que les personnes vivant avec un handicap sont aussi concernées par l’entrepreneuriat comme toute personne qui a l’ambition de se développer pour améliorer ses conditions de vie. Malheureusement, elles ont toujours été marginalisées par le milieu social dans lequel elles évoluent. « Nous avons toujours été bloquées par la culture burundaise selon laquelle une personne handicapée est incapable ou est à ignorer. Je garde espoir que petit à petit la société comprendra que nous sommes capables au même titre que les autres».
La progression de la culture entrepreneuriale a encore du chemin à faire
Serges Nsabimana, directeur a.i de l’Agence de Promotion des Investissements (API) se veut rassurant. Son agence se bat bec et ongles pour que le programme de l’entrepreneuriat pour les jeunes soit une réalité. Ils organisent des sessions d’entrepreneuriat dans différentes universités du pays et des formations en technique de rédaction du plan d’affaire bancable auprès des jeunes entrepreneurs potentiels qui ont des idées d’affaires. Ces formations sont organisées chaque année. L’API en est à sa 5ème édition.
Christian Niyomwungere, un des jeunes entrepreneurs responsable de la maison qui fait le commerce en ligne « Eagle Market » précise que la progression de la culture entrepreneuriale a encore du chemin à faire. « Nos ainés nous ont transmis une culture de se contenter de chercher du travail au lieu de créer nos propres emplois. Toute initiative de création d’emploi ou de réalisation de nos rêves est découragée déjà parfois au sein de nos familles et de notre entourage ». Il invite le gouvernement burundais à promouvoir l’employabilité de ces jeunes avec des formations professionnelles tenant compte de leur cursus de formation habituelle.
Jean Marie Niyokindi, ministre du Commerce, procédant à l’ouverture officielle de cette semaine, a félicité le BBIN pour l’organisation de cet évènement. Selon lui, les entrepreneurs burundais ont des talents qu’ils peuvent mettre au service de la société Burundaise, aussi bien dans le secteur primaire que dans les secteurs secondaires et tertiaires. Il rassure que le gouvernement a déjà adopté une stratégie nationale de développement du secteur privé dont un des objectifs stratégiques est le soutien à l’entreprenariat.
Le ministre du Commerce insiste sur les quatre sous-objectifs stratégiques identifiés comme vitaux pour le renforcement de l’entreprenariat à savoir : une amélioration des infrastructures nationales, un meilleur accès au financement, la valorisation du capital humain et l’accès à l’information. Le Gouvernement du Burundi promet de poursuivre ses efforts de créer un environnement propice aux affaires, condition sine qua non pour attirer les investissements directs étrangers ou nationaux.
Protéger l’environnement, un idéal pour l’entrepreneuriat durable
Le deuxième jour de la semaine mondiale de l’entrepreneuriat a été marqué par une conférence-débat sur « la protection de l’environnement et l’entrepreneuriat ». L’Ambassadeur Albert Mbonerane était parmi les orateurs du jour. Selon lui, l’écosystème est menacé par les hommes qui devraient le protéger du fait qu’ils vivent des biens de l’environnement. Les entrepreneurs sont invités à prendre le devant dans la protection de l’environnement. Des jeunes parmi les entrepreneurs présents se sont montrés engagés à combattre la pollution de l’environnement.

Darlène Ndorimana, directrice de « RC Retraining » : « la fumée produite par la combustion des sachets plastiques contient des dioxines cancérigènes ».
Darlène Ndorimana, directrice de «RC Retraining» a exploité son idée pour protéger l’environnement et lutter contre la pauvreté, surtout pour l’autonomisation de la jeune femme burundaise. Selon elle, les emballages plastiques mettent environ 400 ans pour se décomposer. Et, malgré les effets néfastes de cette situation, les gens continuent à les jeter dans la nature. Elle a alors décidé de les recycler pour en tirer des accessoires de mode et des sandales pour hommes et femmes. RC Retraining collecte les sachets et les bouteilles en plastique et les transforme en des objets d’art, de mode et de décoration, de petits meubles, des sandales, des sacs à dos, des sacs à main, de petits tableaux, etc.
De ce fait, elle estime que beaucoup de monde commence à être sensibiliser sur la protection de l’environnement. « Ils commencent à nous amener des sachets et des bouteilles en plastique pour que nous puissions les recycler ». Et certains d’entre eux ne les brûlent plus pour cuire les aliments chez eux. Cela après leur avoir enseigné que la fumée produite par la combustion des sachets plastiques contient des dioxines cancérigènes.
Elle appelle tous les jeunes à changer de mentalité et à éduquer l’entourage à abandonner les mauvaises pratiques auxquelles il a été habitué depuis longtemps afin de protéger leur avenir dans un environnement sain.
Aniella Niyondiko, responsable de « Aheza Iwacu », une entreprise sociale de recyclage des déchets biodégradables indique que sa société fait la gestion et la valorisation des déchets à base de collecte, de traitement et de valorisation des déchets à travers des solutions de recyclage. Ils collectent tout ce qui est déchet biodégradable et ils le transforment en du fumier composté.
Cette passionnée de la protection de l’environnement indique que transformer les déchets organiques, recycler les plastiques en articles réutilisables et dispenser des formations sur l’entrepreneuriat axées sur la protection de l’environnement est sa mission.
Pour éviter la pollution de l’environnement, son organisation est en train d’éduquer les ménages à trier les déchets. Le triage reste la principale source de la protection de l’environnement. Si tous les déchets sont mis en ensemble, ils ne font qu’augmenter l’émission des gaz à effet de serre. Ce fumier composté est vendu aux ménages pour l’entretien des jardins et aux petits agriculteurs qui font des pépinières pour promouvoir la productivité de l’agriculture biologique. Rappelons que cet événement se tiendra du 18 au 24 novembre
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