Cela fait plus de 10 ans que les opérateurs économiques Burundais ne font pas transiter les hydrocarbures par la voie ferroviaire et lacustre. Actuellement, les entrepôts du carburant installés à Kigoma approvisionnant le Burundi sont à sec. Cette voie qui est moins utilisée même pour le transport des autres produits est moins chère et permet le transport de grosses quantités. Son non utilisation fait que le pays enregistre une perte de 90 USD par tonne
« Je ne parviens pas à comprendre pourquoi les Burundais ne font pas transiter les hydrocarbures depuis bientôt 10 ans ainsi que des quantités importantes d’autres produits par la voie ferroviaire et maritime. Par contre, les Congolais font transiter les hydrocarbures par le lac Tanganyika », fait remarquer Julienne Bakenda Mutabihirwa, directrice de « Shegema Shipping Company », une agence de transport œuvrant au port de Kigoma, avant de signaler que même pour les petites quantités de marchandises, on peut procéder au chargement des bateaux en vrac.
Mme Julienne Bakenda Mutabihirwa rappelle que le prix par tonne des marchandises qui transitent par le lac Tanganyika est de 10 USD.
Pas mal de sources dont Jéremie Kekenwa, consul de la République du Burundi à Kigoma en Tanzanie convergent sur le fait que les voies ferroviaire et maritime sont plus avantageuses. Le fait de faire transiter les hydrocarbures par la voie ferroviaire et maritime impacterait les prix des marchandises. Ce qui avantagerait le dernier consommateur.
Malheureusement, les entrepôts des hydrocarbures de Kibirizi à Kigoma en Tanzanie où devraient transiter les hydrocarbures à destination du Burundi sont toujours à sec.

Eric Ntangaro, secrétaire exécutif de l’ATIB : « TPA a promis de diminuer les prix d’embarquement des hydrocarbures, un prix qui est de nature inférieur à celui de l’embarquement des autres marchandises ».
Pourquoi les opérateurs économiques font le recours à la voie routière ?
Depuis le port de Dar-es-Salaam où passent plus de 95% des importations et des exportations burundaises, la voie ferroviaire et maritime longue de 1 429 km se subdivise en deux tronçons.
Le premier tronçon est constitué par le rail (côté Tanzanie). Ce tronçon part du port de Dar-es-Salaam jusqu’au port de Kigoma installé sur le lac Tanganyika sur une distance de 1 251 Km.
Le deuxième tronçon est lacustre. Il relie le port de Kigoma au port de Bujumbura sur une distance de 178 km. Cela au moment où le trajet rail-route qui part de Dar-es-Salaam jusqu’à Bujumbura est long de plus de 1500 km. Pourtant, il est le plus utilisé dans le transport du carburant.
Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques (OLUCOME) estime que la voie ferroviaire et maritime n’est pas exploitée par les importateurs des hydrocarbures en raison des intérêts des grands pétroliers propriétaires de camions.
La voie ferroviaire et maritime mérite d’être convoitée
« Nous avons trainer à réemprunter la voie ferroviaire et maritime. Les Tanzaniens sont prêts à diminuer les prix de transport après négociations, surtout au niveau de Tanzania Railways Corporation (TRC) et les prix sur la manutention au port de Kigoma », indique Eric Ntangaro, secrétaire exécutif de l’Association des Transporteurs Internationaux du Burundi (ATIB).
Par ailleurs, affirme M.Ntangaro, si on transporte le carburant par camion, de Dar-es-Salaam à Bujumbura, celui-ci met au minimum trois jours. Cela au moment où le camion transporte plus au moins entre 28 et 30 tonnes.
«Si les marchandises le carburant inclus passent par la voie ferroviaire, le train met moins de 48 heures pour effectuer le trajet Dar-es-Salaam-Kigoma et puis, le bateau met entre 10 heures et 12 heures pour effectuer le trajet Kigoma-Bujumbura», explique M.Ntangaro.
Et de marteler : « Cela au moment où on transporte de grosses quantités lorsqu’on emprunte la voie ferroviaire et maritime ».
Le secrétaire exécutif de l’ATIB confirme que TRC détient 20 wagons. Chaque wagon transporte 50 mille litres d’essence ou 45 mille litres de mazout.
« Du côté des transporteurs burundais, nous détenons des bateaux capables de transporter une quantité équivalent à celle transportée par 12 wagons », signale M.Ntangaro avant d’annoncer que la flotte lacustre burundaise a une capacité de transporter 9590 tonnes avec une capacité de transporter 550m3 de carburant. Ce qui équivaut à la quantité transportée par environ 15 camions.
Il notifie qu’il existe au port de Kigoma deux terminaux des hydrocarbures qui n’ont pas de connexion avec les connexions des terminaux des autres marchandises. Un bateau peut être connecté directement au terminal sans attendre ou sans embouteillage avec d’autres bateaux, selon toujours M.Ntangaro. Il indique également que les pompes des hydrocarbures de Tanzania Port Authoriy (TPA) sont en bon état.
« Cette autorité promet qu’en cas de nécessité, les hydrocarbures peuvent être embarqués directement dans les bateaux sans transiter par les entrepôts. De plus, TPA a promis de diminuer les prix d’embarquement des hydrocarbures. Ce prix est de nature inférieur à celui de l’embarquement des autres marchandises », fait savoir M.Ntangaro.
Il déplore que même si les opérateurs économiques burundais préfèrent transporter les hydrocarbures par voie terrestre, ils s’exposent aux tracasseries, au paiement des frais de péage routier qui ont doublé en Tanzanie, au paiement des frais de location des camions, aux accidents routiers, à la pollution de l’environnement…
Moins de 5 produits à destination du Burundi transitent par la voie ferroviaire et maritime
Ally Shamte, responsable de la gare ferroviaire de Kigoma informe que les produits qui passent par le rail à destination du Burundi sont notamment le ciment, le blé, les tôles…
« La quantité de ces marchandises est évaluée à 400 tonnes par mois », souligne-t-il.
M.Ally Shamte précise que TRC dispose d’une cinquantaine de trains faisant le trajet Dar-es-Salaam-Kigoma. Les trains transportant les marchandises font ce trajet 5 fois par semaine tandis que les trains qui transportent les personnes font ce trajet deux fois par semaine.
Il informe que chaque train tire 20 wagons ayant une capacité de 40 à 42 tonnes. Celui-ci peut transporter en une seule fois une quantité pouvant être transportée par 27 camions.
Et de continuer : « Les trains que nous utilisons actuellement ont une vitesse de 75 km à l’heure. Il est souhaitable que les Burundais se familiarisent avec les trains. Dans un projet tripartite entre la Tanzanie, le Burundi et la République Démocratique du Congo (RDC), on est en train de construire un chemin de fer électrifié à écartement standard (SG). Le nouveau train effectuera 160 km à l’heure et mettra 3 heures sur un trajet où le train classique met 10 heures ».
Et de regretter : « Les opérateurs économiques Burundais ne font pas confiance à TRC. Ils font souvent recours aux commissionnaires qui à leur tour, sont susceptibles de faire des magouilles. Pourtant, avec TRC, toutes les opérations se passent rapidement et officiellement, car TRC est la propriété de l’Etat Tanzanien ».
Malume Mchanga, directeur-adjoint du port du Kigoma dit que les produits à destination du Burundi qui transitent par le port de Kigoma sont évalués à environ 200 tonnes par semaine.
Il indique que ces produits passent moins de 24 heures dans les entrepôts avant d’être embarqués dans les bateaux. Cela avec la possibilité d’être conservés dans les entrepôts du port de Kigoma pendant 7 jours gratuitement sans payer les frais de storage.

Les produits à destination du Burundi qui transitent par le port de Kigoma sont évalués à environ 200 tonnes par semaine.
Des pertes énormes
Dans le forum national sur le développement qui a eu lieu au mois de novembre 2021, Capitaine Dieudonné Dukundane, directeur régional de l’environnement à l’Autorité du Lac Tanganyika et ex-Secrétaire Exécutif du Corridor Central a démontré que le pays importe plus qu’il n’exporte.
La valeur des importations était de 800 millions USD tandis que celle des exportations atteignait à peine 200 millions USD.
D’après lui, la plupart des importations arrivent par les axes routiers. Les 500 mille tonnes de marchandises que le pays achète en dehors de l’Afrique transitent par le port de Dar-es-Salaam.
« La différence entre le coût de transport par route et le coût de transport par chemin de fer du port de Dar-es-Salaam à Kigoma et par le lac Tanganyika fait qu’on enregistre une perte de 90 USD par tonne », commente-t-il.
Et de faire comprendre : « Si on ajoute aux 500 mille tonnes importées en dehors de l’Afrique, le trafic des marchandises importées de la Tanzanie, de l’Ouganda et du Kenya, la perte sèche est de près de 36 millions USD ».
Le chemin de fer Dar-es-Salaam-Kigoma long de 1 251 km a été construit en 1914 par les Allemands tandis que le port de Kigoma a été construit en 1924 par les Belges. Avec le 18ème siècle (siècle des Lumières), l’Europe a prospéré. C’est dans ce cadre que des expéditions ont été organisées par les Européens afin de chercher des débouchés pour leur production et de s’approvisionner en matières premières. D’où la construction des infrastructures de transport.
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