Suite à un glissement d’une montagne survenu le 20 juin 2022 à Nyaruhongoka, commune Muhuta de la province Rumonge, la circulation sur la RN3 est devenue un véritable casse-tête. Pendant le débrayage du tronçon, les voyageurs doivent avoir soit deux mille francs burundais pour monter à bord d’un bateau, soit les jambes solides pour escalader et descendre les centaines de mètres de montagne autour de la zone d’éboulement. Cet incident a entrainé d’un côté la hausse du ticket du voyage vers le Sud du pays et d’autre part, il a créé une opportunité de business pour certains
Nous sommes mardi le 5 juillet 2022 au marché de Kinindo, plus exactement au parking des bus menant vers le Sud du pays. Il n’y a plus de bus pour Rumonge – Makamba dans ce parking depuis le glissement d’une montagne le 20 juin 2022 qui a barré la RN3 au niveau de Nyaruhongoka, commune Muhuta de la province Rumonge. Tous ces bus ont désormais un terminus unique : « Aho ryacikiye ». Voilà dorénavant la formule que lancent les rabatteurs quand on arrive au parking des bus menant vers le Sud du pays. Le prix n’est pas négociable. C’est 4000 FBu. Après une vingtaine de minutes d’attente, le bus est rempli. Le voyage commence. Les premiers kilomètres de la RN3 laissent penser à un voyage formidable. Des constructions modernes, habitations et commerces, s’observent de part et d’autre de cet axe. Cela augure un potentiel de développement économique.
Un peu loin, les illusions d’un voyage formidable commencent à s’estomper : une pancarte de l’ARB et une benne avec du sable indiquent que des travaux de réhabilitation de la route sont en cours. « C’est donc par ici que la route a été coupée ? », demande une passagère. On lui indique qu’on n’y est pas encore arrivé. C’est plutôt un pont qui a été emporté par les eaux il y a de cela une année. Une déviation y a été créée. A seulement quelques mètres, il y a des pierres le long de cette route qui sont apparemment descendues de la montagne surplombant cette route. Visiblement, cette route a subi les effets des catastrophes naturelles et à plusieurs endroits.

Suite au glissement d’une montagne survenu le 20 juin 2022, la RN3 est barré au niveau de Nyaruhongoka.
A Nyaruhongoka, s’observe l’éboulement qui barre la RN3
Après une heure de voyage, nous y voilà. À notre gauche, une haute montagne dont on ne voit pas le sommet surplombe la RN3. A droite, le lac Tanganyika longe la RN3 de seulement quelques mètres. Devant, une pancarte sur laquelle est écrit : STOP. A cet endroit, la montagne a glissé et barré la route. Ni les piétons, ni les véhicules, personne ne passe. Une file d’une dizaine de bus menant vers Bujumbura attendent les clients…Plus besoin de demander. On est enfin arrivé.
Des personnes de tout âge, des vendeurs ambulants, s’entrecroisent dans ce parking improvisé. Des portefaix aussi. Deux jeunes filles proposent de porter nos bagages pour les amener de l’autre côté de la route barrée, au parking pour le Sud du pays. « Vous préférez passer par la montagne ou dans le lac ? », nous lancent-elles. « Par la montagne », répond spontanément une passagère. « Tu vas nous donner 2000 FBu pour tes bagages. Mais nous te conseillons de prendre le bateau, c’est plus facile. Là tu vas nous donner 1000FBu jusqu’au bateau », lui disent-elles. Le temps d’y réfléchir, un monsieur complètement essoufflé arrive. Tellement il avait transpiré que ses vêtements étaient mouillés. Il nous raconte qu’il a passé plus d’une heure à monter et à descendre de cette colline. « Heureusement que je n’avais pas de bagage. Jamais je ne passerai sur cette route avant sa réhabilitation », jure-t-il.
La voie lacustre, une aventure ambiguë
En bas de la RN3, à quelques mètres, sur les rives du lac Tanganyika, beaucoup de personnes munies de bagages attendent l’arrivée des bateaux qui assurent le transport pour contourner cette zone sinistrée en cours de réhabilitation. Un bateau arrive avec une dizaine de passagers à bord. Tout le monde se précipite pour sauter dans le bateau sans même attendre que les occupants en descendent. N’ayant pas peur de se mouiller, ni de se salir, c’est le sauve qui peut. Tout le monde réclame le fameux « Umuzire » : gilet de sauvetage, une condition exigée par les militaires de la marine qui assurent l’ordre sur cette rive avant de monter dans le bateau. Ce dernier ne doit pas embarquer plus de 15 personnes pour éviter les noyades. Mais qu’en est-il du poids des bagages? «Ceux qui n’ont pas de gilets de sauvetage sont priés de descendre. Nous ne voulons pas de noyade comme cela a été le cas hier», insiste un militaire de la marine. Au fond du bateau, une maman nous explique comment un bateau qui transportait des caisses de poissons a subi un naufrage. Dieu merci, personne n’y a laissé la vie, mais les commerçants qui convoyaient ces poissons ont subi des pertes terribles. Sur ces paroles, l’angoisse se lit sur certains visages. Les moins courageux descendent un à un pour aller essayer la voie terrestre.
Les places dans ce bateau sont règlementées par le capitaine pour maintenir l’équilibre du bateau. Celui-ci suggère aux peureux de s’asseoir sur les caisses au fond du bateau pour éviter de tomber dans l’eau au cas où le bateau tanguerait. Les autres s’asseyent sur les barres horizontales du bateau. A mi-parcours, un aide-capitaine commence à collecter les frais de transport. Aujourd’hui, le prix est à 2000 FBu mais apparemment, il était à 3000 FBu les jours précédents. Pour ceux qui disposent de lourds bagages, les prix se négocient. Au loin, on peut apercevoir un bulldozer entrain de débrayer la route, de la montagne vers les rives du lac Tanganyika. Après une dizaine de minutes dans ce bateau à moteur, on arrive enfin sur l’autre rive. C’est un ouf de soulagement dans tout le bateau comme si tous les passagers s’inquiétaient.

Pendant le débrayage du tronçon, les voyageurs doivent avoir soit deux mille francs burundais pour monter à bord d’un bateau, soit les jambes solides pour escalader et descendre les centaines de mètres de montagne autour de la zone d’éboulement.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres
Après le trip sur le bateau, on remonte les berges du lac pour rejoindre la route. Tout près d’un concertina marquant la limite d’une zone de réhabilitation interdite, certaines femmes profitent de ce désagrément pour investir dans la restauration des passagers. Sur des braisiers, elles rôtissent des Ndagalas et des Mikeke qui sont visiblement en abondance. Des enfants proposent des brochettes de petits poissons aux passagers. Une brochette coûte 1000 FBu. D’autres font des frites de poissons, préparent les oignons qu’ils accompagnent soit d’Uburobe, soit de frites de patate douce pour servir leurs clients qui, visiblement, commencent à s’y habituer. Le prix d’une assiette varie selon la commande. Les bancs sont là, les clients s’installent confortablement en attendant leurs commandes.
De l’autre côté, au pied de la montagne, un autre stand s’y observe. Les clients y vont pour se rafraichir. On y vend différentes sortes de boissons. A Nyaruhongoka, on vend un peu du tout. Les pains, les jus, des cacahuètes, des fruits, etc. Une fillette portefaix nous fait savoir qu’elle profite ce sinistre pour gagner un peu de sous afin de s’acheter des cahiers.

Pour ceux qui disposent de lourds bagages, les prix de transport dans le bateau se négocient.
Une grande influence sur les prix
Dans ce parking improvisé, les portefaix majoritairement enfants se proposent pour transporter les bagages soit vers les bus, soit vers les bateaux. Des bus en attente des clients qui vont vers le Sud du pays forment une longue file. Les rabatteurs appellent les clients selon la destination. Les prix varient également selon les destinations. Du lieu d’éboulements à Rumonge, le prix de transport est fixé à 5000 FBu et à dix mille FBu pour arriver à Nyanza-Lac. Cela sous-entend qu’un passager qui va à Nyanza-Lac et qui a emprunté la voie lacustre va payer au total 16 mille FBu pour y arriver et 11 mille FBu pour le trajet de Rumonge. Gare à celui qui a des bagages. Il y a moins de trois mois, les tickets de bus depuis Bujumbura étaient respectivement de 7000 FBu pour Rumonge et de 9000 FBu.
La RN3 est un poumon économique important. Elle achemine vers Bujumbura l’huile de palme et les poissons en provenance de Rumonge et vers Rumonge, les produits en provenance de Bujumbura. Cette hausse des tickets de transport entraine celle des prix des denrées alimentaires. Une vendeuse de pâte de manioc « uburobe » nous a fait savoir qu’elle exerçait ce commerce à Magara, mais qu’elle a décidé de venir à Nyaruhongoka, car c’est là où il y a plus de clients. Elle regrette cependant qu’avec les casse-tête de transport, elle n’y gagne presque rien, car elle s’approvisionne à Gitaza. Elle demande au gouvernement de trouver une solution le plus vite possible.
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