La culture du coton représente une opportunité économique, sociale et industrielle majeure encore largement sous-exploitée dans notre pays. A l’instar du café et du thé, le coton fait partie des rares cultures de rente capables de générer des devises et de créer des emplois à grande échelle. Pourtant, cette culture reste en marge du développement agricole et industriel national comme un géant endormi dont le potentiel peine à se révéler.

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef adjoint.
Actuellement, ce sont surtout les petits exploitants agricoles qui cultivent le coton, souvent dans des conditions précaires. Ils bénéficient peu ou pas d’un accompagnement structuré. Ce qui compromet à la fois les rendements et la rentabilité de cette culture. L’absence de soutien technique, l’accès limité aux intrants agricoles, notamment les insecticides essentiels à la protection des cultures et le faible prix d’achat du coton brut sur le marché sont autant d’obstacles à la motivation et à la performance des producteurs. A Cibitoke, un des principaux bastions cotonniers du pays, les plaintes des cultivateurs sont légion. Ils dénoncent des rendements insuffisants et une rémunération qui ne reflète pas les efforts investis. Des situations similaires pourraient être observées dans d’autres zones propices à la culture du coton, telles que Bubanza et Bujumbura rural.
Pourtant, le coton ne se limite pas à sa dimension agricole. Il constitue un levier stratégique pour le développement industriel local. Une structuration de la filière, de la production à la transformation, pourrait permettre la mise en place des chaînes de valeur locales : filature, tissage, confection. Cela réduirait la dépendance du pays aux importations de textiles, tout en créant des emplois supplémentaires dans l’industrie, le transport, la logistique, et le commerce. Une véritable politique d’intégration verticale du secteur pourrait ainsi transformer la fibre brute en produits finis à forte valeur ajoutée.
En outre, le développement de la filière coton offrirait des perspectives prometteuses en matière d’exportation et d’amélioration de la balance commerciale. Mais cela suppose un engagement concerté entre les acteurs publics et privés : renforcement des capacités techniques des agriculteurs, disponibilité des intrants agricoles, incitations fiscales à l’investissement, accès facilité au crédit agricole, encadrement des prix et appui à la transformation locale.
La filière souffre également d’un manque d’agronomes et de techniciens capables de former les producteurs aux bonnes pratiques agricoles. L’accès à l’information moderne, aux innovations technologiques et à un marché structuré reste très limité. Pourtant, dans plusieurs pays africains, le coton a servi comme moteur de développement de véritables pôles agro-industriels. Pourquoi pas chez nous ?
Il est temps de réveiller ce géant amnésique. Relancer la culture du coton dans une dynamique durable, inclusive et rentable pourrait transformer l’économie locale, améliorer les conditions de vie des producteurs et accroître les recettes nationales en devises.
A ce prix, à quoi se chiffrerait réellement la perte ? L’inaction coûterait bien plus que l’investissement.



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