Economie

Le remboursement du prêt-bourse reste incertain

Dans sa quête d’élargissement de l’assiette fiscale, le gouvernement du Burundi mise entre autres sur le remboursement du prêt-bourse universitaire. Ce mécanisme, réinstauré en 2017, visait à accompagner financièrement les étudiants à travers une assistance remboursable une fois insérés dans la vie active. Cela permettrait d’alléger la pression financière sur le budget national. Néanmoins, le recouvrement de cet argent est bourré d’embûches.

L’absence d’un système numérique efficace pour suivre les anciens bénéficiaires complique le recouvrement.

 

Lors du Conseil des ministres du 15 décembre 2025, le remboursement du prêt-bourse universitaire a été repéré comme une des stratégies qui contribueraient à l’élargissement de l’assiette fiscale. Le prêt-bourse est un dispositif mis en place par le décret présidentiel n°100/18 du 17 février 2017, qui a transformé les anciennes bourses d’études en un crédit sans intérêts, remboursable. Le but était de continuer à assister financièrement les étudiants sans toutefois alourdir le budget national, car ces bourses sont censées être remboursées une fois que le bénéficiaire trouve un emploi.

L’ordonnance conjointe n°610.540/360/2018 du 22 mars 2018 signée entre le ministère des Finances et celui de l’Education, est venue préciser les conditions et modalités d’octroi, de retrait, de reconduction et de remboursement du prêt-bourse. L’article 23 de cette ordonnance stipule que tout étudiant ayant bénéficié du prêt-bourse doit commencer à rembourser dès qu’il exerce un emploi ou une activité génératrice de revenus. L’article 24 impose à tout employeur, public ou privé, d’exiger une attestation de redevabilité ou de non-redevabilité vis-à-vis du prêt-bourse avant de signer un contrat avec un diplômé universitaire. Cette attestation est délivrée conjointement par les ministères en charge de l’enseignement supérieur et des finances. Le remboursement mensuel minimal est fixé à 10 % du revenu du bénéficiaire, et les modalités de pénalités en cas de non-remboursement sont définies dans le contrat signé.

La mise en œuvre reste problématique

Malgré ce cadre légal, la mise en œuvre du remboursement du prêt-bourse reste confrontée à plusieurs défis. Le principal obstacle demeure le chômage élevé chez les jeunes diplômés, qui rend difficile le respect des engagements financiers. Certains bénéficiaires estiment que si vraiment le gouvernement voulait le remboursement de ces prêts-bourses, il devrait d’abord multiplier les opportunités d’emploi ciblant prioritairement ces bénéficiaires. « Cela permettrait un contrôle rigoureux de la part du gouvernement », dit D.N., bénéficiaire du prêt-bourse et en chômage.

De plus, l’absence d’un système numérique efficace pour suivre les anciens bénéficiaires complique le recouvrement. « Comment saurait-on que j’ai eu un emploi? À moins que je sois embauché dans un service public. C’étaient juste des formalités. La preuve en est qu’il n’y a aucun mécanisme de suivi », trouve notre interlocuteur. Selon lui, une grande majorité des bénéficiaires ne remboursera pas cet argent. Effectivement, les stratégies de recouvrement annoncées par Alain Ndikumana, ministre en charge des Finances, en réponse aux questions des élus du peuple, ne concernent que les bénéficiaires qui seront embauchés dans les services publics. « Nous disposons de la liste de tous les agents de la fonction publique. Nous demanderons les listes des bénéficiaires sur une période donnée, puis nous vérifierons s’ils y figurent ou non, afin de procéder au recouvrement si nécessaire », a-t-il déclaré.

Dans un communiqué du 27 octobre 2022, le ministère en charge de l’éducation a rappelé cette condition de remboursement du prêt-bourse. Un compte y dédié a été ouvert à la Banque de la République du Burundi (BRB). Une copie du bordereau de versement doit être déposée au Bureau des Bourses d’Études et de Stages.

Comme le prévoyait ce décret, le prêt-bourse est accordé aux lauréats des humanités générales, pédagogiques et techniques ayant réussi l’Examen d’État, à condition entre autres qu’ils soient de nationalité burundaise, qu’ils détiennent le diplôme requis pour la formation visée, qu’ils n’aient jamais bénéficié d’une bourse pour un cycle équivalent, qu’ils signent un contrat définissant leurs engagements, etc.

Les étudiants inscrits aux deuxième et troisième cycles peuvent également bénéficier du prêt-bourse. Toutefois, l’accès à un prêt-bourse pour un cycle supérieur est conditionné par le remboursement intégral du prêt précédent. Ainsi, un étudiant ayant bénéficié du prêt pour le premier cycle ne peut accéder à celui du master qu’après avoir remboursé la totalité du premier prêt, et de même pour le passage du master au doctorat.

Rappelons que le système de prêt-bourse a été instauré par le gouvernement du Burundi au début des années 1980, avant d’être temporairement suspendu et réinstauré en 20217.

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A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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