Alors que le cadre législatif burundais impose des sanctions sévères et des obligations de reboisement, le couvert forestier du pays continue de s’étioler sous la pression des besoins vitaux de la population. Entre dépendance au bois-énergie, expansion démographique et défis humanitaires, les autorités et la société civile tentent de proposer des alternatives durables pour sauver les forêts burundaises.

Malgré des textes clairs et des incitations fiscales mises en œuvre pour protéger les forêts burundaises, la déforestation demeure une préoccupation majeure.
« Tout déboisement est compensé par un reboisement équivalent, en qualité et en superficie, au couvert forestier initial réalisé par l’auteur du déboisement à ses frais », stipule l’article 156 du code forestier burundais. L’article 200 renforce cette protection en précisant que quiconque pratique une coupe illicite d’arbres ou de végétaux ligneux en violation des dispositions de la présente loi ou de ses textes d’application est puni d’un emprisonnement de un à six mois et d’une amende égale au double de la valeur des produits.
A cet arsenal juridique s’ajoutent des initiatives ciblant la réduction de la consommation du bois dans la construction et le chauffage. Etant donné qu’au Burundi, plus de 90 % des ménages dépendent du bois pour la cuisson et que le bois est massivement sollicité par le bâtiment, la loi budgétaire a prévu une exonération des droits et taxes sur l’importation des échafaudages métalliques, du bois brut, du gaz de cuisine et de ses contenants ainsi que des appareils de cuisson à combustible gazeux.
Un patrimoine forestier sous haute tension
Malgré des textes clairs et des incitations fiscales mises en œuvre pour protéger les forêts burundaises, la déforestation demeure une préoccupation majeure. Ce phénomène frappe les domaines privés, mais n’épargne pas les zones protégées. L’exemple le plus récent est celui du déboisement observé sur le mont Heha, un patrimoine naturel d’une importance capitale pour le pays.
Pour l’association FASHA, active dans la protection de l’environnement, cette destruction progressive met gravement en danger l’équilibre écologique, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des communautés locales. Véritable château d’eau et symbole national, le mont Heha joue un rôle essentiel dans la régulation du climat, la protection de la biodiversité et l’approvisionnement en eau des populations environnantes. Face à cette situation, l’association FASHA appelle les autorités à renforcer les mesures de protection, exhorte les populations à adopter des pratiques durables et plaide pour la mise en place urgente des programmes de reboisement et de conservation de la nature.
La démographie galopante au cœur de cette situation
Berchmans Hatungimana, Directeur Général de l’Office Burundais pour la Protection de l’Environnement (OBPE) lie directement ce phénomène à la croissance démographique. Il explique que lorsqu’une propriété foncière qui devait subvenir aux besoins de cinq personnes doit désormais en nourrir vingt, le partage des terres devient impératif, créant une pression directe sur les ressources naturelles pour le chauffage ou la construction.
Il pointe également la présence des réfugiés congolais dont les besoins importants en bois de chauffage entraînent une dégradation rapide de l’environnement dans leurs zones d’installation. Cette situation s’explique par le fait que les organisations humanitaires ne leur fournissent pas de briquettes écologiques pour la cuisson. « Nous sommes actuellement en discussion avec les autorités administratives pour qu’elles intercèdent auprès de ces organisations qu’elles puissent inclure afin d’inclure les briquettes écologiques dans l’aide humanitaire faute de quoi le pays fera face à de graves problèmes environnementaux », dit-il. Concernant le secteur de la construction, bien que l’Etat ait accordé une exonération sur les échafaudages métalliques, l’OBPE constate que les Burundais ne les ont pas encore adoptés massivement.
Vers une régulation stricte ?
Le Burundi possède l’avantage de disposer de nombreux eucalyptus capables de repousser après la coupe. Cependant, Hatungimana trouve que cet atout ne doit pas inciter à l’inaction, car les terres propices à ces arbres ne sont pas illimitées et l’explosion démographique réduit l’espace réservé aux plantations.
Pour ralentir le rythme de la déforestation, le ministère ayant l’environnement dans ses attributions a décidé d’exiger désormais une autorisation préalable pour tout abattage d’arbres, qu’il s’agisse de forêts privées ou domaniales. Comme l’explique M. Hatungimana, l’intéressé doit adresser une demande au ministère qui analyse ensuite l’impact de la coupe, qu’elle soit massive ou ponctuelle. Selon lui, s’il est difficile d’arrêter brutalement l’usage du bois, la sensibilisation continue finira par amener la population à adopter des alternatives respectueuses de la nature.




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