A cause d’un faible revenu mensuel, le fonctionnaire burundais est obligé de vivre du jour au jour. Pour essayer de joindre les deux bouts du mois, les crédits et les découverts éternels sont pour eux des recours inévitables. Ces mauvaises conditions de vie des fonctionnaires impactent leur rendement au travail et donc l’économie nationale en général
La vie de la plupart des fonctionnaires à Bujumbura fait figure d’une véritable débrouillardise. « Personne ne te dira avec exactitude comment il parvient à joindre les deux bouts du mois. Seul Dieu sait comment il le fait », répond un fonctionnaire. « La hausse des prix des produits de première nécessité ne fait qu’empirer la situation. Malheureusement les salaires ne suivent pas la cadence », explique Etienne Ndikuriyo, fonctionnaire de l’Etat rencontré au stade Intwari en mairie de Bujumbura.
Cette hausse des prix enfonce les employés dans un calvaire sans nom, comme l’a fait savoir Mélance Hakizimana, vice-président de la Confédération des Syndicats du Burundi (COSYBU) lors de la célébration lundi le 02 mai 2022 de la journée internationale du travail et des travailleurs en mairie de Bujumbura.

Les mauvaises conditions de vie des fonctionnaires impactent d’une façon ou d’une autre le rendement au travail et donc l’économie du pays en général.
Une gestion miraculeuse
A cause des modiques salaires, la plupart des fonctionnaires ne parviennent pas à s’offrir leur propre toit. Cela fait qu’ils soient obligés de louer une maison. Jean Claude Nyandwi, 38 ans, habitant la zone Cibitoke est un fonctionnaire. Il est père de deux enfants. Il perçoit un salaire mensuel de 300.000 FBu. Une somme qu’il est censé utiliser pour subvenir à tous les besoins de sa famille composée de cinq personnes. Au bout du compte, il remarque que les dépenses mensuelles sont de loin supérieures à son salaire mensuel. Avec beaucoup de difficultés, il essaie d’estimer ses dépenses. Il doit d’abord payer les frais de loyer de 150 mille FBu. Cela suppose qu’il lui reste 150 mille FBU à gérer pour tout un mois. Une somme qui ne pourrait même pas acheter ne fût-ce qu’un repas d’une semaine pour cette famille, peu nombreuse qu’elle soit.
S’il fait de drastiques économies, les dépenses alimentaires à elles seules s’estiment à 10.000 FBu par jour et donc à 300 mille FBu par mois. «Pour minimiser les dépenses, on consomme par jour un demi kilo de haricot qui coûte actuellement presque 750 FBu, un demi kilo de riz qui s’achète à 1300 FBu et un demi kilo de la farine de maïs qui coûte 1000 FBu. A cela s’ajoute l’huile de palme s’achète à 1000 FBu, les légumes à 500 FBu, les oignons à 200 FBu, le sel à 100 FBu, le charbon de 2000. Et cela par jour », estime-t-il.
S’il encaisse déjà, un déficit de plus de 150 mille FBu, n’oublions pas qu’il a d’autres besoins de première nécessité à couvrir. Citons entre autres les soins de santé, les frais de scolarité pour les enfants, le paiement des factures de la Regideso, sans parler des différentes obligations sociales.
Les crédits et les découverts, une alternative inévitable
Alors comment parvient-il à joindre les deux bouts du mois ? Selon notre interlocuteur, les crédits et les découverts sont inévitables pour les fonctionnaires. On prend une avance sur salaire pour essayer de boucler le mois. Comme cela ne suffit pas, le fonctionnaire est obligé de faire recours aux découverts. Le salaire mensuel sert alors au remboursement de tous les crédits contractés. Mais entretemps, la vie doit continuer avec les mêmes dépenses voire plus.« Si au moins ces crédits nous servaient à investir. Mais comment investir sur le long terme alors qu’on n’a même pas de quoi mettre sous la dent aujourd’hui ? » demande-t-il.
Dans cette lutte pour la survie, un fonctionnaire doit nouer à tout prix une amitié avec le boutiquier du quartier qui pourra lui accorder un crédit en cas de besoin, chose inévitable. Tout cela sans avoir la moindre idée d’où et quand trouver de l’argent pour rembourser. Un boutiquier contacté nous a confirmé ces endettements qui s’échelonnent à perte de vue. «A un certain moment, on a envie de leur refuser le crédit. Mais dans l’espoir d’être remboursé lorsqu’il percevra le salaire à la fin du mois, on accepte. Malheureusement, dans la plupart des cas, le remboursement pose problème», témoigne-t-il.
Un impact sur l’économie du pays
Les mauvaises conditions de vie des fonctionnaires impactent d’une façon ou d’une autre le rendement au travail et donc l’économie du pays en général. Dans une conférence de presse du 15 juin 2022, professeur Séverin Sindayikengera, Directeur Général du Bureau Burundais de Normalisation et contrôle de la qualité (BBN) a fait savoir que les modiques salaires de employés les soumettent à la tentation de corruption. « Comment envoyer sur terrain un contrôleur qui n’a pas de quoi mettre sous la dent et croire qu’il va refuser la corruption ? », demande-t-il.




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