Editorial

Compte unique : transparence ou frein à l’autonomie locale ?

Dans le but de mettre fin à la mauvaise gestion, de limiter les risques de détournement et de renforcer la discipline financière, le premier ministre a décidé de transférer les fonds inactifs et ceux se trouvant sur les sous-comptes des banques et des entreprises publiques vers un compte unique du trésor public logé à la Banque de la République du Burundi (BRB). Cette décision a été annoncée à l’issue d’une réunion tenue le 23 septembre 2025 entre le Premier ministre et les responsables des entreprises à participation publique.

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef.

Si cette mesure de centralisation vise clairement une meilleure transparence et un contrôle renforcé des finances publiques, elle intervient dans un contexte particulièrement délicat, c’est-à-dire celui d’une décentralisation administrative encore balbutiante, notamment au niveau des communes nouvellement créées. Ces dernières peinent encore à se structurer et des centaines de fonctionnaires attendent toujours leur affectation.

En soi, la centralisation des fonds publics n’est pas une mauvaise chose. Elle peut en effet contribuer à une meilleure gestion des ressources, à réduire les fuites financières et à faciliter les audits. Mais dans le contexte actuel de décentralisation progressive, elle risque de ralentir voire de bloquer l’autonomie des collectivités locales.

Les communes, en particulier, pourraient être les grandes perdantes de cette réforme. En concentrant tous les fonds au niveau central, elles perdent la capacité de gérer librement leurs fonds propres. Ce qui limite leur marge d’action pour initier ou exécuter des projets de développement. Elles devront désormais attendre l’autorisation de la BRB ou du ministère en charge des finances pour chaque opération financière. Ce qui peut entraîner des retards, même pour des besoins urgents.

Cette mesure risque aussi de créer une inadéquation entre la planification nationale et les réalités locales. Chaque commune a ses priorités, ses urgences, ses spécificités. Une centralisation excessive ne permet pas toujours de répondre rapidement et efficacement aux besoins du terrain.

Dans un contexte de décentralisation, il serait plus judicieux de canaliser les ressources vers les comptes des communes elles-mêmes, désormais élargies et appelées à devenir les moteurs du développement local. Ces entités doivent pouvoir planifier et gérer leurs projets de manière autonome tout en respectant les règles de transparence et de redevabilité.

Un compromis est possible. Le compte principal unique à la BRB pourrait être maintenu, mais accompagné de comptes secondaires opérationnels ouverts dans des banques commerciales. Ces comptes seraient alimentés en fonction des besoins des entreprises publiques ou des communes, selon des plans de dépenses validés.

Par ailleurs, l’Etat doit définir clairement les responsabilités financières entre les institutions centrales, les entreprises publiques et les collectivités locales, notamment en ce qui concerne la gestion des fonds propres et des subventions. Il est également crucial de renforcer les capacités des administrations locales en gestion budgétaire, comptabilité publique et passation des marchés, pour faire en sorte que l’autonomie rime avec la rigueur.

A propos de l'auteur

Mélance Maniragaba.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.

éditorial

Prévenir plutôt que subir

Prévenir plutôt que subir

Les informations faisant état de fortes pluies susceptibles de provoquer des inondations, des glissements de terrain et d’importants dégâts circulent de plus en plus. Face à ces alertes, la première réaction ne devrait pas être la panique, mais plutôt la vigilance et la préparation. Car lorsqu’une catastrophe naturelle survient, ses conséquences peuvent être lourdes, notamment la destruction des habitations, les pertes de cultures, la coupure des routes, les déplacements de populations, la destruction des infrastructures et, dans les cas les plus dramatiques, les pertes en vies humaines.
  • Journal n° 728

  • Dossiers Pédagogiques