Le Burundi est un pays béni par la nature. Il regorge de ressources hydriques. Son bassin hydrographique comprend plusieurs grands lacs au Nord du pays, notamment les lacs Rweru, Rwihinda, Cohoha, Kanzigiri, pour ne citer que ceux-là. A l’Ouest, le lac Tanganyika, quatrième plus grand lac d’eau douce au monde borde le pays. Il constitue une source d’approvisionnement majeure en eau pour Bujumbura, la capitale économique. A cela s’ajoutent les nombreuses rivières et les réservoirs souterrains de la nappe phréatique qui parcourent le territoire national.

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef adjoint.
Malgré cette abondance naturelle des ressources hydriques, le paradoxe demeure criant : l’eau est partout, mais les robinets restent désespérément à sec. Des villes entières telles que Bujumbura, Muyinga, Gitega, ou encore Ngozi, subissent des coupures régulières d’eau potable. La pénurie ne concerne pas seulement les zones rurales reculées, mais touche également les centres urbains pourtant stratégiques pour le développement socio-économique.
Cette situation soulève une question essentielle : comment expliquer la carence en eau potable dans un pays si riche en ressources hydriques ? La réponse n’est pas dans la disponibilité de l’eau, mais dans sa mauvaise gestion, dans le manque d’investissement dans les infrastructures et la vétusté des équipements de la Regideso. L’eau est vitale. Elle est essentielle au fonctionnement du corps humain, à l’hygiène, à la santé et à l’économie. Et pourtant, sa rareté transforme la vie quotidienne en cauchemar pour des milliers de Burundais. Sans accès à l’eau potable, les populations sont contraintes de puiser l’eau dans des rivières insalubres, exposant leurs familles à des maladies hydriques graves comme le choléra, la dysenterie, ou encore des infections cutanées.
Les coûts de l’eau explosent : un bidon de 20 litres peut se vendre jusqu’à 1 000 FBu. Ce qui représente 5 000 FBu par jour et par ménage pour une famille moyenne, soit près de 150 000 FBu par mois, dans un pays où le salaire minimum reste très bas…
Les plaintes des citoyens sont nombreuses, mais elles résonnent souvent dans le vide. Les promesses s’enchaînent, mais les réalités ne changent pas. Certes, la Regideso fait ce qu’elle peut avec les moyens de bord.
Les partenaires internationaux qui ont suspendu leur aide directe au gouvernement burundais peuvent néanmoins redéployer leurs financements vers des ONG locales ou des projets ciblés d’accès à l’eau, comme cela se fait déjà dans d’autres secteurs (santé, éducation, assainissement). L’accès à l’eau potable est un droit fondamental, un besoin vital et un levier essentiel pour tout espoir de développement durable.
Il est urgent de rétablir les priorités, car sans eau, pas de santé, pas d’éducation, pas d’agriculture, pas de paix, pas de vie.
Investir dans l’eau, c’est investir dans la dignité humaine. Il est temps que les décideurs nationaux et les bailleurs internationaux se mobilisent concrètement. Car chaque jour sans eau potable est un jour de trop pour des millions de Burundais.



Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.