Construire une maison à Bujumbura est devenu aujourd’hui un luxe que seuls peu de citoyens peuvent s’offrir. Entre la cherté de certains matériaux de construction et celle des services y relatifs, beaucoup de projets de construction se retrouvent ralentis ou purement et simplement abandonnés. Une régulation des prix, surtout pour les matériaux produits localement, s’avère d’une grande nécessité.

Les causes de cette flambée sont diversifiées, mêlant enjeux structurels et conjoncturels.
Selon les chiffres de l’Institut National de la Statistique du Burundi (INSBU), le coût des matériaux de construction des maisons à usage d’habitation a enregistré une hausse de 40,4 % en juin 2025 par rapport à l’année précédente. Cette hausse s’explique par l’augmentation généralisée des prix, qu’il s’agisse de matériaux de construction produits localement ou importés. Comme l’explique Emmanuel Ndizeye, ingénieur en génie civil, la construction d’une maison est devenue un défi que très peu de citoyens osent relever aujourd’hui. Il cite l’exemple d’une maison d’habitation simple qui se construisait à 300 millions de FBu il y a trois ans, et qui nécessite désormais 500 millions de FBu voire plus.
Les facteurs favorisant cette hausse sont nombreux et varient d’un produit à l’autre. Pour certains matériaux de construction produit localement comme les briques cuites, les prix ont connu une hausse de plus de 50 % en l’espace d’une année. Le constat est identique pour les agrégats : une benne de moellons se négocie aujourd’hui entre 230 000 et 240 000 FBu, tandis qu’une benne de sable s’achète à 110 000 FBu.
Les facteurs favorisant cette hausse sont diversifiés
Le fait que certains produits autrefois importés soient aujourd’hui fabriqués au Burundi n’a apparemment pas réduit leurs coûts. Le prix du ciment produit par la Burundi Cement Company (BUCECO) a connu une hausse quasi continue entre 2020 et 2025 marquée par des ajustements officiels et des spéculations sur le marché noir. Le ciment du type 32,5R, le plus utilisé, est passé de 24 500 FBu en 2021 à 55 000 FBu en 2026.
Les fers à béton et les tôles, bien que fabriqués au Burundi, voient également leurs tarifs grimper sans cesse. Un fer à béton de 12 mm fabriqué par Fabrimetal s’achète aujourd’hui à 75 000 FBu contre 60 000 FBu en 2024. Celui de 10 mm coûte désormais 52 000 FBu contre 43 000 FBu en 2024, et celui de 8 mm est passé de 28 000 FBu à 32 000 FBu sur la même période.
Les causes de cette flambée sont diversifiées. Les extracteurs de sable de la rivière Mugere dans la zone de Ruziba expliquent que la situation est aggravée par l’actuelle pénurie de carburant. Celle-ci pèse lourdement sur le transport des matériaux de construction depuis les sites de production. Le coût des trajets et du carburant consommé se répercute directement sur le prix final. A titre d’exemple, une course de « transville » qui coûtait 40 000 FBu il y a une année se négocie aujourd’hui à pas moins de 80 000 FBu à cause de la pénurie du carburant.
Par ailleurs, les importateurs des matériaux de construction tels que les tôles, la peinture ou l’acier font face à une rareté des devises. Ce qui les oblige à recourir au marché parallèle, renchérissant ainsi le coût de revient.
La main d’œuvre, un autre casse-tête
Au-delà des matériaux de construction, le coût de la main-d’œuvre a également bondi. Selon l’ingénieur Ndizeye, un maçon recruté sur les places communément appelées main-d’œuvre ne touche pas moins de 35 000 FBu par jour, tandis que les aides-maçons perçoivent 20 000 FBu. Aujourd’hui, pour un chantier d’une maison simple, la main-d’œuvre peut coûter jusqu’à 2 millions de FBu par semaine et rien que pour la main d’œuvre. Il y a moins de trois ans, cette même somme suffisait à couvrir les frais de main-d’œuvre de l’élévation des murs jusqu’à la charpente. Comme il l’explique, cette envolée des tarifs est intrinsèquement liée à la cherté de la vie en général.
Les conséquences sont lourdes : le nombre de particuliers lançant des chantiers a drastiquement chuté. Emmanuel Ndizeye confie qu’il pouvait autrefois diriger trois chantiers simultanément alors qu’il passe désormais des mois sans aucun client. Cette crise du bâtiment impacte aussi les loyers et nécessite une intervention de l’Etat pour réguler les prix dans le secteur et ceci dans l’intérêt de tous.




Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.