Société

Bujumbura : Quand la pénurie d’eau s’installe dans le quotidien des ménages

Dans plusieurs quartiers de Bujumbura, l’accès à l’eau potable demeure une préoccupation majeure. Certains ménages ne reçoivent l’eau de la REGIDESO qu’un jour par semaine, tandis que d’autres doivent attendre plusieurs jours voire davantage. Face à cette situation, les habitants recourent au stockage de l’eau, aux robinets publics ou aux services de livraison d’eau, souvent à des coûts élevés. La REGIDESO annonce toutefois des améliorations grâce au Projet d’accès à l’eau potable et à l’assainissement (PAEPA).

La pénurie d’eau touche la grande partie des quartiers de Bujumbura. Les robinets où l’eau coule tous les jours sont rares.

 

La pénurie d’eau est devenue une réalité dans plusieurs quartiers de la ville de Bujumbura. Dans certains ménages, l’eau de la REGIDESO peut manquer pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Une situation particulièrement contraignante pour les familles, alors que l’eau est indispensable aux besoins quotidiens.

« Chez nous, dans le milieu où je réside, généralement, l’eau de la REGIDESO arrive au robinet un jour par semaine », témoigne une femme vivant à Carama, au Nord-Ouest de Bujumbura.

Pour faire face à cette situation, elle a dû multiplier les récipients destinés au stockage. « Mes récipients représentent environ 300 litres. Si je les remplis tous, ils peuvent couvrir trois à quatre jours de pénurie d’eau », explique-t-elle.

Mais cette réserve s’épuise rapidement, notamment à cause des besoins domestiques. « L’eau est surtout consommée pour les toilettes, la lessive et la vaisselle. Après cette période, les membres de la famille doivent aller chercher de l’eau à l’extérieur de la maison et faire la queue pendant plusieurs heures devant des robinets publics. C’est la période la plus stressante, jusqu’à ce que l’eau de la REGIDESO revienne dans nos robinets privés », déplore-t-elle.

La situation n’est pas propre à Carama. A Kinama, dans le quartier Ruyigi, Vestine Niyonzima fait également face à des difficultés d’approvisionnement en eau. « L’eau potable est quelque chose qui nous préoccupe. Elle est difficile à trouver. Lorsqu’elle arrive, c’est souvent au milieu de la nuit. Les personnes qui ne disposent pas de robinets à domicile sont obligées d’aller faire la queue devant les robinets publics, surtout les femmes. Imaginez cela à 2h ou 3h du matin alors que la nuit n’est pas toujours sûre », raconte cette jeune femme.

Quand l’eau devient une dépense supplémentaire

La pénurie d’eau contraint également certains ménages à acheter de l’eau ou à payer des personnes chargées de l’approvisionner. Une charge financière qui s’ajoute aux dépenses quotidiennes des familles.

« Quand il n’y a plus d’eau dans ma maison, je dépense au moins 10 000 BIF par jour pour engager une personne qui va chercher de l’eau et me l’amener », confie un habitant de Carama. Dans plusieurs quartiers, le prix d’un bidon de 20 litres d’eau est généralement d’environ 1 000 BIF. Pour les ménages qui doivent acheter plusieurs bidons d’eau par jour, la facture peut rapidement devenir importante.

Cette situation a également favorisé le développement d’une activité de livraison d’eau à domicile. Dans les rues de Bujumbura, il est fréquent d’apercevoir des taxis-vélos transportant plusieurs bidons d’eau, parfois entre six et dix à la fois. Ces livreurs répondent à la demande des ménages confrontés au manque d’eau.

Pour certains conducteurs de taxi-vélo, cette activité est même devenue plus rentable que le transport habituel des passagers pendant les périodes de pénurie d’eau. « Je peux travailler pour quatre ou cinq ménages, voire plus, par jour et livrer au moins 50 bidons. Cela représente environ 50 000 BIF de revenus », témoigne Jean Claude, un taxi-vélo rencontré à Kinama, dans le quartier Kanga.

La REGIDESO mise sur le projet PAEPA

La REGIDESO reconnait les difficultés d’approvisionnement en eau auxquelles sont confrontés les habitants de Bujumbura. Lors d’une conférence de presse tenue le 19 août 2026, son directeur général, Jean Albert Manigomba, a indiqué que des améliorations sont attendues grâce au Projet d’accès à l’eau potable et à l’assainissement (PAEPA).

Selon lui, ce projet prévoit notamment le renouvellement de certains équipements vieillissants utilisés dans le système d’approvisionnement en eau, notamment les pompes et les transformateurs. Le dispositif de traitement et de purification de l’eau provenant du lac Tanganyika doit également être amélioré. L’objectif annoncé est d’augmenter de 30 % la quantité d’eau produite à partir du lac Tanganyika. Les travaux devraient durer environ six mois.

En attendant la mise en œuvre de ces améliorations, les ménages continuent de s’adapter à une situation qui perturbe fortement leur quotidien. Pour de nombreuses familles, disposer d’une quantité suffisante d’eau reste ainsi une question d’organisation, mais aussi une dépense supplémentaire et, dans certains cas, une source d’inquiétude liée à la sécurité des personnes contraintes à chercher de l’eau pendant la nuit.

A propos de l'auteur

Gilbert Nkurunziza.

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