Depuis le 14 février 2026, le président du Burundi Evariste Ndayishimiye assure la présidence tournante de l’Union africaine (UA) pour un mandat d’une année. Cette désignation place le Burundi au cœur de la diplomatie continentale et internationale. Mais au-delà du symbole, quels avantages concrets le pays peut-il tirer de cette responsabilité prestigieuse ?

Le président de la République Evariste Ndayishimiye a pris les commandes de l’Union Africaine pour un mandant d’une année. ( Photo : Ntare House )
Pour Sylvestre Ntibantunganya, ancien président du Burundi, l’enjeu est avant tout diplomatique et symbolique. « Diriger une organisation continentale comme l’Union africaine constitue une occasion de visibilité extraordinaire », précise-t-il dans une interview accordée à la RTNB. Cette visibilité s’exerce à deux niveaux. D’une part, au sein même du continent africain, où le pays président est appelé à coordonner les grandes orientations politiques. D’autre part, sur la scène internationale. Lorsque l’Union africaine prend la parole devant les grandes institutions mondiales, notamment à l’Organisation des Nations Unies (ONU) ou dans ses échanges avec des partenaires comme l’Union européenne, c’est le président en exercice qui s’exprime au nom du continent.
Ainsi, chaque intervention diplomatique devient une tribune pour le Burundi. Si des initiatives de médiation ou des stratégies de résolution des conflits portées par le président burundais aboutissent positivement, c’est l’image du Burundi qui en sortira renforcée. Une image positive peut, à terme, générer des retombées économiques indirectes : attractivité accrue, développement du tourisme, multiplication des partenariats et opportunités d’affaires.
Pour Sylvestre Ntibantunganya, tout dépendra cependant de la capacité du pays à « cultiver les facteurs indispensables » pour transformer cette visibilité en bénéfices tangibles. La présidence de l’UA n’est pas automatiquement synonyme de prospérité, elle constitue une opportunité qu’il faut savoir exploiter stratégiquement.
Une opportunité économique à structurer
L’économiste Dr Diomède Ninteretse voit également dans cette présidence « une bonne nouvelle » pour le pays. Selon lui, le Burundi a beaucoup à gagner d’une organisation dont la mission centrale est de promouvoir le développement des Etats membres. Le Burundi demeure un pays à forte vocation agricole : plus de 80 % de la population vit de l’agriculture. Les productions locales par exemple ananas, tomates, divers fruits, poissons, etc. sont abondantes et souvent accessibles à bas prix, mais elles souffrent d’un manque de transformation industrielle.
Pour l’économiste, la présidence de l’UA peut servir de levier pour attirer des investisseurs capables de développer la transformation locale de ces produits. La création des chaînes de valeur ajoutée permettrait d’augmenter les revenus des producteurs, de créer des emplois et de stimuler les exportations.
Ainsi, les entrepreneurs burundais sont appelés à se préparer. Selon Dr Ninteretse, ils devraient élaborer des plans stratégiques dans des secteurs clés tels que l’énergie, les infrastructures routières, le tourisme, etc. puis soumettre des propositions structurées au président. La présidence de l’UA peut faciliter la mise en relation entre entrepreneurs burundais et investisseurs étrangers. Cependant, les opérateurs locaux disposent souvent de moyens financiers limités. D’où l’importance d’aligner les projets nationaux sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine, feuille de route stratégique du continent. Des projets cohérents avec cette vision auraient davantage de chances d’obtenir des financements.
Entre espoir et prudence
La désignation du président burundais à la tête de l’Union africaine constitue, à première vue, un événement positif sur le plan diplomatique. Elle confère au Burundi une visibilité accrue au sein des instances continentales et traduit une reconnaissance institutionnelle dans l’espace africain. Toutefois, l’ampleur des célébrations et la portée attribuée à cet événement méritent d’être examinées avec prudence.
Plusieurs interrogations fondamentales s’imposent. « Cette position permettra-t-elle au Burundi de rétablir des relations diplomatiques pleinement normalisées avec l’Union européenne, dont les sanctions ont eu des effets très négatifs sur l’économie nationale ? Contribuera-t-elle à apaiser durablement les relations avec les pays voisins ou à influencer les dynamiques régionales en faveur du Burundi? Favorisera-t-elle l’attraction des investissements étrangers, le rééquilibrage de la balance économique, l’assainissement des finances publiques et l’amélioration du niveau de vie des citoyens ? », s’interroge Jonathan Ndikumana, ancien journaliste et qui s’intéresse à la communication politique.
Il poursuit que rien ne permet d’affirmer que la présidence de l’Union africaine produira mécaniquement de tels effets. Cette fonction demeure essentiellement institutionnelle et rotative. Elle offre une tribune d’honneur, mais elle ne constitue pas un bâton magique de transformation économique ou de repositionnement géopolitique d’un pays. Les défis structurels d’un État relèvent avant tout de ses politiques internes, de la qualité de sa gouvernance et de la cohérence de sa diplomatie.
L’expérience antérieure du Burundi à la présidence de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) de 2021 à 2022 nous invite d’ailleurs à une analyse mesurée. Cette responsabilité régionale n’a pas aidé le Burundi à améliorer sa situation économique ou à accroitre son influence diplomatique dans la région. Les déterminants du développement et du rayonnement international demeurent essentiellement internes.
Pour M. Ndikumana, l’accession à la présidence de l’U.A représente un acquis plus protocolaire que stratégique. Son impact concret sur la vie quotidienne des Burundais reste limité. L’enthousiasme affiché s’inscrit davantage dans une logique de communication politique. Le véritable enjeu demeure la capacité du pays à engager des réformes internes durables et à consolider sa crédibilité diplomatique.




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