Education

Le Burundi face à l’explosion des abandons scolaires

Le Burundi fait face à une vague d’abandons scolaires, avec plus de 11 000 abandons enregistrés dans la seule province de Burunga au premier trimestre de l’année scolaire 2025-2026. Entre pauvreté des ménages et grossesses précoces, le système éducatif se fragilise malgré la mise en place des cantines scolaires. Antoine Manuma, président de la FNASEEB, appelle l’Etat à prendre des mesures concrètes pour inciter la jeunesse à réintégrer le système éducatif.

Le phénomène d’abandon scolaire prend des proportions alarmantes au Burundi.

 

Le phénomène d’abandon scolaire prend des proportions alarmantes au Burundi. Dans la seule province de Burunga, les autorités scolaires font état de 11 400 abandons scolaires pour le premier trimestre de l’année scolaire 2025-2026. Ce chiffre inclut 10 847 élèves de l’école fondamentale et 47 jeunes filles ayant quitté les bancs de l’école en raison de grossesses non désirées.

Cette tendance critique se confirme également dans d’autres régions : le responsable de l’éducation dans la commune Rumonge a signalé environ 2 000 abandons scolaires pour cette même année, tandis qu’en zone Ndava de la commune Bukinanyana dans la province élargie de Bujumbura, plus de 1 040 élèves ont déjà abandonné l’école au cours de la première période.

Des racines multifactorielles

Selon Antoine Manuma, président de la FNASEEB (Fédération Nationale des Syndicats du Secteur de l’Éducation au Burundi), les causes de cette hémorragie sont multiples et complexes. Comme il l’explique, elles incluent entre autres la pauvreté croissante des ménages. La pauvreté a longtemps été ciblée comme la cause principale de ces abandons scolaires. Comme l’ont toujours rappelé les défenseurs des droits de l’enfant, il est difficile pour un élève qui a faim de rester concentré à l’école. Malheureusement, la mise en place des cantines scolaires, une initiative visant à fournir aux élèves un repas nutritif pour réduire l’insécurité alimentaire et la malnutrition tout en essayant de maintenir à l’école la majorité des élèves provenant de familles démunies, n’a pas réussi à mettre fin à ce problème.

Pour certains analystes, le programme des cantines scolaires n’est pas une solution miracle, d’autant plus que sa pérennisation n’est pas assurée. Une solution plus efficace consisterait à lutter contre la pauvreté extrême au niveau des ménages en vue d’assurer l’autosuffisance alimentaire. Au lieu de s’attaquer aux seules conséquences, il importe de maîtriser les causes profondes du problème.

Une perte de confiance en l’utilité de l’école

Comme le souligne M. Manuma, ce phénomène d’abandon scolaire est aussi accentué par le chômage des diplômés qui décourage les nouveaux apprenants. Cela crée un sentiment de perte de confiance en l’utilité de l’école pour les élèves encore scolarisés. Sur ce point, les parents jouent un rôle crucial pour encourager leurs enfants. Malheureusement, le président de la FNASEEB regrette un désengagement de certains parents vis-à-vis de l’éducation de leur progéniture.

S’ajoutent à cela les lacunes dans la mise en œuvre effective de la gratuité scolaire. L’absence d’un cadre légal contraignant, obligeant les enfants à suivre une scolarité obligatoire malgré les engagements internationaux, laisse entendre que l’instruction est devenue facultative. « cela fait que va à l’école celui qui veut », déplore-t-il.

Face à ce constat, cet éducateur estime qu’il est impératif que l’Etat prenne des mesures concrètes pour inciter la jeunesse à réintégrer le système éducatif. « C’est en renforçant les capacités intellectuelles et les compétences techniques des jeunes, notamment par la recherche, que le pays pourra accroître sa productivité et atteindre ses objectifs de développement durable », conclut-il.

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A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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