Le coût du charbon de bois devient de plus en plus prohibitif. Il s’est doublé et même triplé par rapport au prix de ce même produit ces derniers jours. Les usagers alertent sur cette situation. Un environnementaliste contacté indique que cela est lié à la démographie galopante qui s’observe. La demande est supérieure à l’offre. Et d’ajouter le surcoût du transport lié à la pénurie du carburant. Il demande de faire recours aux autres sources d’énergie comme alternative.

Le coût du charbon de bois devient de plus en plus prohibitif.
Dans un entretien avec les habitants de la ville de Bujumbura ce mercredi 8 avril 2026, il est ressorti que l’accès au charbon de bois n’est pas à la portée de toutes les bourses. Son coût est actuellement élevé par rapport à auparavent.
Inès Hozagara, habitant la zone Cibitoke de la commune Ntahangwa déplore cette situation. Elle indique qu’il y a presque un mois que le coût de ce produit utilisé dans la cuisson s’est multiplié par deux voire plus. Je dépensais 4 000 FBu pour acheter le charbon de bois à utiliser pendant toute une journée. Pourtant, pour le moment, il s’achète à 8000 FBu.
La même situation s’observe dans la zone Ngagara. Les habitants qui se sont entretenus avec Burundi Eco indiquent qu’ils s’approvisionnaient ces derniers jours en charbon de bois à un prix de 5 000 FBu pour boucler toute une journée. Pourtant, ils déplorent le fait qu’ils dépensent 12 000 FBu par jour actuellement.
John Mahembe, habitant la zone Kamenge abonde dans le même sens. Il s’inquiète du fait que le coût du charbon de bois est devenu cher. Un sac de ce produit s’achète à plus de 110 000 FBu contre autour de 70 000 FBu ces derniers jours.
Que disent les commerçants ?
Les commerçants du charbon de bois contactés expliquent la raison de cette situation. Ils disent qu’ils s’approvisionnent à un coût élevé à l’intérieur du pays et le coût du transport empire la situation suite au manque de carburant.
A cela s’ajoute la pression fiscale. De plus, ils indiquent que les arbres qui constituent la principale matière première pour la production du charbon de bois tendent à disparaître.
Plus de 96% de la population dépendent du charbon de bois pour la cuisson
Selon l’environnementaliste Innocent Banirwaninzigo, la crise actuelle du charbon de bois au Burundi n’est pas une simple fluctuation du marché, mais le signal d’alarme d’un système à bout de souffle. La population burundaise dépend du bois comme principale source d’énergie domestique à 96,6 %.
Selon l’étude de l’Ecole Normale Supérieure et de l’Université du Burundi de 2016, la consommation urbaine portée principalement par Bujumbura et Gitega s’élevait à plus de 104 000 tonnes par an.
Cette étude montre que le charbon de bois est consommé à 77 % par la population urbaine. Selon Banirwaninzigo, Ce chiffre est d’autant plus alarmant que le Burundi est confronté à la démographie toujours galopante. La population est passée de 8 millions d’habitants en 2008 à environ 13 millions en 2025.
Banirwaninzigo explique que cette pression humaine massive se traduit par une consommation qui outrepasse largement la capacité de régénération naturelle de nos forêts qui est de 9% de déforestation contre 7 % de régénération.
A ce rythme, le couvert forestier national de 171 625 hectares pourrait totalement disparaître d’ici 25 à 33 ans selon la même étude, emportant avec lui la biodiversité et la régulation climatique du pays, alerte Banirwaninzigo.

Innocent Banirwaninzigo, environnementaliste ꓽ «la crise actuelle du charbon de bois au Burundi n’est pas une simple fluctuation du marché, mais le signal d’alarme d’un système à bout de souffle».
La démographie galopante à l’origine de la cherté du charbon de bois
Il indique que cette croissance massive de 5 millions de personnes supplémentaires signifie autant de bouches à nourrir chaque jour. L’urbanisation galopante vers des centres comme Bujumbura, Gitega, Ngozi, etc concentre cette pression sur le charbon de bois.
Alors que la population a augmenté, les surfaces forestières n’ont pas suivi, poursuit-il. Ce qui crée une situation critique où une masse humaine de plus en plus dense dépend d’une ressource naturelle qui s’amenuise considérablement.
Ensuite, Banirwaninzigo laisse entendre qu’il faut comprendre le conflit d’usage entre l’agriculture et la forêt. Pour nourrir ces 13 millions de Burundais, le bois est systématiquement sacrifié au profit de l’agriculture de subsistance. Chaque hectare de forêt transformé en champ de haricots ou de maïs est un hectare qui cesse de produire du combustible. Cette pression foncière brise le cycle traditionnel de régénération : là où l’on pouvait autrefois laisser la terre se reposer et la forêt reprendre ses droits, le sol est aujourd’hui immédiatement cultivé. Le bois de chauffe n’est plus une ressource gérée durablement, mais devient un simple « sous-produit » de la déforestation agricole.
La pénurie du carburant empire la situation
A ce tableau s’ajoute une réalité actuelle étouffante au Burundi, argue-t-il. La rareté et la hausse du prix du carburant. Ce facteur est crucial, car il impacte directement le prix du sac de charbon à destination des villes. Le bois étant coupé de plus en plus loin des centres urbains à cause de la déforestation, le transport devient le poste de dépense principal.
Lorsque le carburant manque ou que son prix flambe à la pompe et sur le marché noir, les transporteurs répercutent immédiatement ce coût sur le consommateur final. Le citadin de Bujumbura ou de Gitega ne paie donc pas seulement la rareté du bois, mais aussi la difficulté logistique de l’acheminer, rendant l’énergie domestique quasi inaccessible pour les ménages modestes.
De surcroît, cet environnementaliste fait remarquer qu’on fait face à un déséquilibre biologique insurmontable où le rythme de croissance d’un arbre est fixe tandis que celui de la consommation humaine s’accélère. Il faut 7 à 10 ans pour qu’un eucalyptus soit exploitable, mais il ne faut que quelques heures pour le transformer en charbon. Comme la régénération n’est pas sur la même ligne que la consommation et que la replantation n’est pas systématique, l’offre s’éloigne des villes. Pour sortir de cette impasse, il est impératif de rompre notre dépendance quasi exclusive au bois.
Adoption de nouvelles sources d’énergie, une nécessité
Il demande l’adoption massive de nouvelles techniques comme les foyers améliorés et le recours aux énergies alternatives. Si on ne le fait pas ainsi, notre couvert forestier pourrait disparaître irréversiblement.
Parallèlement, il ajoute que l’Etat et ses partenaires doivent investir dans la valorisation énergétique des déchets urbains pour produire des briquettes combustibles. La transformation du problème des ordures ménagères en solution énergétique s’impose, mais aussi il devrait encourager l’utilisation des gaz à grande échelle.
En tant qu’environnementaliste, Banirwaninzingo indique qu’on doit faire comprendre que protéger la forêt, c’est avant tout moderniser notre façon de cuisiner pour garantir la sécurité énergétique des 13 millions de Burundais d’aujourd’hui et de demain. Il précise que la solution doit être à la fois thermique, agricole et logistique pour stabiliser les prix et sauver notre environnement.




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