A Gishubi, le village de paix s’impose comme un nouveau pôle de vie qui attire paysans, fonctionnaires et commerçants, bouleversant progressivement l’habitat traditionnel des collines. Entre accès aux services de base et défis persistants liés à l’eau et à l’électricité, ce projet communal incarne à la fois les espoirs et les limites de la modernisation rurale.

Le village de paix de Gishubi est désormais perçu comme un mini-centre urbain.
A l’entrée du chef-lieu de la commune Gishubi en province Gitega, un simple regard suffit pour apercevoir l’un des symboles les plus visibles de la transformation locale, le village de paix de Gishubi. Ce village, devenu un véritable centre de vie, attire aujourd’hui des milliers d’habitants issus de toutes les catégories sociales et redessine profondément l’organisation de l’habitat dans cette commune. Le village de paix de Gishubi accueille une population variée : les paysans, les fonctionnaires, les commerçants et les petits entrepreneurs. Pour beaucoup, notamment les agriculteurs, l’installation dans ce village marque un tournant majeur. Ceux qui ont réussi à y construire une maison ont, pour la plupart, quitté leurs anciennes habitations situées sur les collines environnantes. Les collines ne sont pas totalement abandonnées, mais leur rôle a changé : elles servent désormais principalement aux travaux champêtres.
« Au départ, je vivais sur la colline de Murangara, un endroit difficilement accessible. Dès que j’ai obtenu une maison dans le village de paix de Gishubi, j’ai décidé de m’y installer définitivement. Aujourd’hui, je retourne sur ma colline d’origine uniquement pour cultiver. Toute la vie de ma famille se déroule ici, dans le village », témoigne T.B., une habitante rencontrée sur place.
Le village, joyau des fonctionnaires
Ce mode de vie est loin d’être isolé. De nombreux habitants rencontrés confirment qu’ils préfèrent parcourir de longues distances pour travailler, mais rentrer chaque soir au village. Même les fonctionnaires expriment leur attachement à ce nouveau cadre de vie. Un enseignant, qui a souhaité garder l’anonymat, explique qu’il travaille dans la localité de Mugaruro, située à environ dix kilomètres du centre de Gishubi. « Je m’y rends chaque jour à vélo. La route est difficilement praticable, mais je suis fier de rentrer vivre dans le village de Gishubi », confie-t-il.
Pour ces habitants, le village de paix offre des conditions de vie nettement meilleures que celles des collines rurales. Son aspect, proche de celui d’un centre semi-urbain, constitue un facteur déterminant. On y trouve de l’eau et de l’électricité, même si tous les ménages ne sont pas encore desservis. Les services de base comme les écoles, les structures de soins, le marché, les lieux de culte, les terrains de jeux, etc. sont accessibles. Ce qui facilite le quotidien des familles.
Selon l’administrateur de la commune Gishubi, Ir Appolinaire Baryana, le village de paix compte aujourd’hui plus de 5 000 habitants. « C’est un projet qui a probablement réussi par rapport à d’autres villages de paix à travers le pays », affirme-t-il. Toutefois, il reconnait l’existence de défis importants, notamment en matière d’accès à l’eau potable et à l’électricité. « Nous faisons face à une pénurie d’eau. Des efforts sont en cours pour augmenter la capacité d’approvisionnement. Mais nous demandons également aux services en charge de l’électricité d’accélérer l’électrification du village, car seuls quelques ménages bénéficient actuellement de l’électricité fournie par la REGIDESO », précise-t-il.
Le village de paix de Gishubi ne serait pas un sans l’implication de la population
L’administrateur de la commune Gishubi souligne également l’implication des autorités et des habitants dans la mise en place de ce projet. Le terrain sur lequel le village a été implanté appartenait initialement à un particulier qui a accepté d’être relocalisé ailleurs pour permettre la réalisation du projet. « Les natifs de Gishubi ont joué un rôle essentiel. Ce sont eux qui ont investi leurs propres moyens pour construire les maisons. Là où il y avait autrefois une forêt, ils ont fait naître une véritable agglomération », explique Ir Appolinaire Baryana. L’Etat, de son côté, a apporté une contribution significative en fournissant gratuitement des tôles pour chaque maison construite.
Aujourd’hui, le village de paix de Gishubi est entouré d’infrastructures publiques essentielles, dont la route nationale numéro 16 (RN16), qui facilite les échanges et la mobilité. Comparé à d’autres villages de paix existants dans cette commune comme à Muhuzu ou à Buraza, celui de Gishubi est souvent cité comme un modèle de réussite. En définitive, le village de paix de Gishubi illustre les efforts déployés par la commune depuis les années 2010 pour regrouper l’habitat, améliorer les conditions de vie de la population et favoriser le développement local. Malgré les défis persistants, ce projet apparait comme une expérience emblématique de transformation rurale au Burundi.




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