Economie

Filière thé : Quand l’arrachage s’arrête, mais que la misère persiste

Si l’administration a réussi à stopper l’arrachage massif des théiers par la répression, la racine du mal reste, elle, intacte : le manque de rentabilité. Entre le coût de la main-d’œuvre et la pénurie d’engrais, les producteurs travaillent à perte et ne parviennent plus à couvrir leurs besoins vitaux. Une tension qui fragilise l’un des piliers de l’économie burundaise.

François Gahungu : « Nous gardons espoir qu’un jour l’Etat se penchera enfin sur le sort du thé ».

 

« Depuis que l’administration a accepté de nous soutenir en sanctionnant ceux qui déracinent les théiers, la tendance a diminué. Cela fait un mois ou deux que plus aucun plant de théier n’a été arraché », confirme Audace Nshimirimana, gérant du complexe théicole de Teza. Ce calme relatif survient après une crise majeure : jusqu’au mois d’août 2025, environ 70 794 pieds de théiers, répartis sur 6 hectares, avaient été déracinés par des producteurs en colère dans les zones de Banga, Ruganza et Busangana (commune Matongo, province Butanyerera).

Pour cette autorité, le thé est une propriété de l’Etat. Les besoins de la population tels que les médicaments et les fertilisants sont financés par les devises que génère cette culture. « Quiconque est surpris en train de déraciner des théiers doit être puni comme un déstabilisateur de l’économie nationale », martèle-t-il.

Et si on s’attaquait à la racine du problème ?

Si le phénomène d’arrachage des théiers semble éradiqué, les théiculteurs, eux, sont loin d’être satisfaits. François Gahungu, qui cultive le thé depuis 1972 regrette de ne plus tirer profit de son labeur. A la question de savoir si ses décennies de travail lui ont permis de réaliser un projet de développement, sa réponse est catégorique : « Je n’ai même pas acheté un pantalon », déplore-t-il.

Selon ses explications, la théiculture est devenue un gouffre financier. « Pour chaque kilo de feuilles de thé vendu à 500 FBu, je dois verser 250 FBu au cueilleur. Il ne me reste que 250 FBu pour l’entretien et les autres frais. Au final, je travaille à perte », regrette-t-il. S’il n’a pas imité ses voisins qui ont arraché leurs plants, c’est uniquement par espoir. « Nous gardons espoir qu’un jour l’Etat se penchera enfin sur le sort du thé », dit-il. Et d’ajouter : « Vu cette pénibilité au travail, le gouvernement devrait nous accorder une hausse substantielle pour atteindre au moins 2 000 FBu le kilo », suggère-t-il.

Même son de cloche chez la prénomée Agatha pour qui le prix actuel du kilo de thé est « méprisable ». Elle explique : « 500 FBu ne me permettent pas d’acheter ni savon ni même un quart de litre d’huile. Le thé est un produit d’exportation (njabukamazi) qui développe le pays, mais le cultiver nous coûte trop cher. On passe la journée à cueillir les feuilles de thé sous la pluie pour rentrer à 20h.Ce labeur mérite d’être valorisé », dit-elle.

La pénurie de fertilisants : un facteur aggravant

La crise est accentuée par la chute drastique de la productivité. Les engrais, souvent distribués tardivement ou totalement absents impactent la qualité et la quantité des récoltes. « Nous produisons un thé de mauvaise qualité par manque d’engrais. Là où on récoltait 50 kg, on n’en tire plus que 5 kg. Le reste est jeté, car l’usine le refuse », regrette Côme Nyabenda.

Ce prix émane du Conseil des ministres du 7 mai 2025. Ce conseil des ministres a recommandé une étude du coût réel du thé et des frais de transformation afin de fixer un prix plus transparent et équitable.

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A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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